La multiplication des articles sur la vie privée sur Internet, de ses conséquences, de la loi Hadopi et de Facebook désignent de plus en plus le Web comme un lieu de piraterie, de vol (d’identité comme d’argent), de violence et de perte de sociabilité. Dans ce combat contre un espace au dessus des lois et des morales, Facebook agrège contre lui toutes ces attaques et en fait aujourd’hui le réseau social le plus utilisé, le plus détesté et un Big Brother en puissance. La question posée en filigrane est en fait : qu’allons nous faire d’Internet ou que va-t-il faire de nous ?
Ces derniers jours, pas moins d’une dizaine d’articles étaient consacrés aux limites de la vie privée sur Internet et de ses réseaux sociaux. Facebook dans le lot déchaîne le plus les passions. Les médias parlent de plus en plus de ce réseau social essayant de comprendre son fonctionnement et surtout son utilité. Vous l’avez entendu mille fois, Facebook ne serait qu’une vitrine où chacun exhibe sa vie privée et son gros nombre d’amis. Facebook serait également la porte d’entrée d’un Big Brother capable d’utiliser vos données personnelles à la fois pour vous envoyer de la publicité ciblée et pour créer un fichier mondial de surveillance. Les scénarios les plus pessimistes envisagent en effet une alliance possible entre Google, Facebook, Microsoft, des gouvernements créant ainsi une base de données mondiale interconnectée sans contrôle, ni contre-pouvoir. Ces craintes se confirment lorsqu’on observe l’attitude des « digitals natives » sur le web 2.0. Dénués de toute pudeur, une partie de leur vie voyage déjà et de plus en plus entre web et téléphonie mobile. 20% des adolescents américains avouent avoir déjà envoyés des photos d’eux nus ou presque via ces réseaux.
A Berlin, le nouveau réseau social AKA AKI compte déjà 100 000 membres. Comme tous les réseaux sociaux, vous y indiquez votre travail, vos activités, vos goûts, vos hobbies etc. Mais il a aussi la particularité de vous géolocaliser en temps réel, ainsi que tous les autres membres aux alentours. Sur votre téléphone, vous êtes alors capables de les identifier, de les localiser et de communiquer avec eux. En consultant leur profil, vous savez même les endroits qu’ils fréquentent, là où ils habitent ou travaillent, puisque tout est noté et archivé. Les avantages présentés sont nombreux. Vous retrouvez vos amis facilement, vous rencontrez des gens, repérez rapidement les endroits intéressants. Les inconvénients sont encore flous mais facilement identifiables. D’ailleurs, il faudra trouver un cadre juridique. Toutes les personnes inscrites sont volontaires pour transmettre ces informations jugées personnelles.
Cependant, l’exposition volontaire de sa vie privée ne justifie pas le fichage ni l’utilisation de ces données à des fins commerciales ou de surveillance. Les personnes qui s’affichent sur les réseaux sociaux ont conscience de ce qu’elles font, où elles le font et dans quelles mesures. Tout comme le port d’une mini jupe ou le bronzage topless sur la plage n’est en aucun cas un appel au viol, l’exposition de sa vie privée n’est pas une incitation au fichage ou à l’espionnage.
Le changement d’état d’esprit qui existe aujourd’hui chez les jeunes (ils ne sont en réalité pas les seuls), qui consiste à intégrer automatiquement et naturellement sa vie numérique à sa vie réelle est d’ores et déjà présent. De la même manière qu’ils consomment et qu’ils communiquent sans gêne via ces médias, ils vivent et s’exposent publiquement et numériquement. Pour d’autres, moins habitués, cette vision nouvelle et différente apparaît dangereuse car inconnue, mal maîtrisée. Mais comme toute révolution, la révolution numérique apporte son lot de changement de mentalités, de bouleversements, de dangers en particulier ceux qui concernent l’identité numérique. Si chacun fait l’effort de contrôler, de construire, son exposition sur le web, le risque de dérapage vers un Big Brother se réduira. Il faut néanmoins prendre conscience de cet effort et communiquer dans ce sens.
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On en est là.
Je me cache sous un pseudo depuis mon entrée sur le web il y a une dizaine d’année, mais au fil des ans, des forums, des sites, des blogs ou j’ai participé, laissé ma trace on peut retracer une bonne partie du fil de ma vie.
Mais il faudrait être un peu malade pour remonter tous le fil.
Il y a 3-4 ans quand j’ai vu des jeunes ouvrir des blogs sans aucun artifice en signant de leur nom et prénom en y mettant leur photo et si ce n’est leur adresse au moins leur ville j’étais littéralement attérée de tant d’inconcéquence. Et puis quoi?
Il n’y a pas tellement plus de personnes qui vont sur leur blog qu’ils ne rencontrent de copain copines avec lesquels ils partageront quasiment les même infos.
Comme dans la vie réèlle on ne va pas non plus raconter ses problèmes les plus graves et les plus intimes par contre pourquoi ne pas faire du topless sur la toile si on le fait sur des plages bondées tous les étés?
J’avoue que si je vais surveiller de près mes enfants et leur début de vie social sur le net (pas encore commencé pour le moment) je ne sais encore pas vraiment quels sont les limites absolues à poser.
Est-ce que les jeunes sortent toujours dans les bars pour rencontrer de vrais gens ou cela est-il dépassé?
Les rares fois ou j’y suis allée j’étais déjà accompagné et je n’avais pas l’intention de faire de nouvelles rencontres
ça ne m’a pas empêcher de faire des rencontres
@Frank – Comme le dit Cleanette, je n’ai jamais vraiment rencontré des gens dans les bars et ce n’est pas faute d’être sorti.
Aki Aka se propose justement de vous faire rencontrer des gens dans les endroits où vous sortez. Vous allez par exemple dans un bar et vous recevez un sms vous indiquant la présence de 3 membres du réseau, avec les hobbies qu’ils ont indiqué sur leur profil.
Quant à Facebook, ce n’est pas un substitut pas à la vie sociale mais un complément selon moi.
Sujet passionnant. Tu l’as dit, la clé de la « réussite » de la gestion de sa vie sociale est en effet de contrôler soi-même les infos qu’on fait passer.
Je suis souvent agacée quand les gens qui connaissent mal ces outils les vilipendent à coups de « c’est dangereux ! un futur employeur peut retrouver ces données ! attention à ce que tu fais, on est surveillé blablabla ». Oui tout cela est en partie vrai. Mais je sais aussi que je suis responsable de ce que j’accepte de dévoiler. Donc cela ne me pose pas de problème qu’autrui y ait accès.
En revanche, je suis souvent effarée de voir que mes collègues balancent tous leurs états d’âme sur facebook, même ceux concernant leur vie pro, alors que clairement toute la boite est connectée dessus. Bizarre, c’est comme un dédoublement de personnalité, comme si leur autre numérique vivait sa vie de façon indépendante
On oublie également souvent que ces outils sont un formidable outil de promotion personnelle.
Les Facebook, LinkedIn, Viadéo, Ziki, Aka Aki, MySpace et autres blogs sont une formidable opportunités de mettre en avant des expériences, expertises professionnelles ou au contraires de dézoomer du niveau professionnel pour promouvoir des passions, un réseau personnel ou professionnel (cooptation).
Bien sûr, cela suppose une véritable « stratégie » de l’identité numérique dès que l’on décide d’exister sur la toile.
J’ai commencé à bloguer anonymement mais j’ai vite réalisé que bloguer sous mon patronyme m’apporterait beaucoup plus, ne serait-ce qu’en crédibilité.
Pour moi, une identité se gère comme une marque : il faut systématiquement se demander si nos publications ( de textes, de photos) ou celles des autres portent atteinte ou non à notre image de marque ou si au contraire elle la valorise.
Un exercice que chacun devrait faire est de taper son nom dans google et de se poser la question pour chacun des résultats qui apparaissent : est ce que je souhaite vraiment voir apparaître cette information? Si non, que dois-je faire pour remplacer ce résultat par un autre qui me convient mieux?
Je dis les bars mais remplacez par n’importe lequel endroit où se tiennent des gens. POur moi, tous ces gadgets contribuent à la dépersonnalisation de notre société.
@Frank – Je serais curieux de savoir en quoi ca dépersonnalise la société?
Il ne me semble pas avoir croisé quelqu’un qui ait refusé une soirée parce qu’il était sur Facebook, au contraire. Beaucoup sont tellement contents de mettre les photos en ligne, de commenter le lendemain, qu’ils doivent apprécier.
Qui, aujourd’hui fait des rencontres, en dehors de son cercle d’amis ou de ses connaissances professionnelles?
Ça dépersonnalise parce qu’il y a cet écran entre les personnes, parce que que tu vois d’abord, ce sont des photos et des informations soigneusement distillées. Rien ne remplacera, à mon avis, le regard d’une personne, son language corporel, son accent, son ton de voix. Autant d’indices qui permettent de décoder les gens même s’ils ne nous partagent pas d’information.
Cela dit, je comprends ce que tu dis: nous sommes actuellement en train d’échanger , nous qui aurions peu ou pas de chances de le faire avant la popularisation des nouveaux médias sociaux.
Tu demandes qui aujourd’hui rencontre des gens en-dehors de son cercle d’amis ou de son cercle professionnel? Eh bien, le problème n’est pas nouveau. Il est vieux comme le monde en fait. La vraie question est: comment s’ouvrir au monde? Il y a plusieurs solutions, dont la lecture, les voyages, la fréquentation de lieux divers, les clubs soiaux, l’engagement dans des groupes sociaux, et aussi Internet. internet ajoute à l’eventail de moyens dont nous disposons pour rejoindre les gens mais, il restera toujours un moyen parmi d’autres. Il restera surtout le moyen le plus factice d’établir un premier contact.
@Frank -
Je suis d’accord avec toi. Internet est un outil.
Un outil qui arrange cependant beaucoup tous ceux qui sans cet artefact n’aurait pas les moyens de communiquer avec d’autres (géographie, timidité etc…).
@Florian: lorsque j’étais adolescent, j’étais très timide. Je le serais probablement encore si Internet avait été inventé à cette époque. J’ai donc dû apprendre à sortir de ma coquille et à entrer en contact avec des gens en chair et en os.
Expérience différente:
Les seules personnes reçus à la maison ses dernières années on été rencontré via internet. Il y en a peu malheureusement et je pense que c’est surtout pour cause de notre isolement géographique(trou perdu du haute marne). J’ai des contacts similaires avec des personnes sur toute la France. Ce sont des relations de qualité, que nous nous n’avons pas réussi à reproduire avec des personnes rencontrés au boulot ou dans nos activités de loisirs.
@cleanette: pourriez-vous me définir cequ’est une relation de qualité lorsque les gens ne se rencontrent jamais? Cela dit, je suis d’accird qu’Internet permet une ouverture sur le monde, notamment pour les personnes isolées
Une relation passe d’abord par l’échange, la communication. Suivant le moyen de communication: tchat, msn, groupe de discussion, simple blog, les affinités mettrons plus ou moins de temps à se dévoiler mais ont y arrive quand même. Moi tout comme mon mari n’avons jamais été déçu des rencontres que nous avons pu faire avec ceux avec qui nous avions de bonnes relations via le net. Et je suis bien contente d’avoir au moins ce biai pour échanger sur les sujets qui me plaisent, ou me préoccupent et qui sont de toute évidence un peu trop « particulier » pour la majorité de mes connaissances « live » avec qui nous ne pouvons avoir que des discussions générales et superficielles.
@Cleanette. Tant mieux si vos cyber-relations sont satisfaisantes. Moi-même je vous trouve très intéressante, du moins je trouve intéressantes les idées que vous émettez et l’image que vous projettez. Et effectivement, seul Internet peut permettre à deux inconnus, l’un de l’Ouataouais au Canada, l’autre de la Haute-Marne en France d’échanger sur des phénomèenes sociaux.
Le seul énoncé que je trouve triste dans votre dernier post, c’est l’énoncé final: « pour la majorité de mes connaissances “live” avec qui nous ne pouvons avoir que des discussions générales et superficielles. »
Il me semble que notre vie perd une quelque chose de fondamental si nous ne pouvons plus attendre d’échanges intéressants avec les gens « en chair et en os » qui nous entourent.
@Frank –
Il m’est déjà arrivé de regretter suite à un commentaire pertinent sur un autre post de ne pas trouver de lien associer à votre nom pour vous retrouver et poursuivre la conversation.
Croyez bien que c’est avec beaucoup d’amertume que je me heurte à cette impossibilité de partager avec mes contacts humains « en chair et en os » mes sujets de conversations préférés. Le problème c’est que je suis très souvent en décalage avec eux.
Sans doute en partie parce que contrairement à la plus part je m’informe beaucoup via le net et ce depuis de nombreuses années mais même avant ça j’arrivais à être en décalage . Du coups je me heurte à leur incompréhension totale, lorsque je leur parle du plaisir et de l’intérêt d’allaiter, des danger de la surmédicalisation de l’accouchement, de l’interêt d’adopter des méthode d’éducation non-violente quand en France la majorité en est encore à « la fessée qui n’a jamais fait de mal à personne », des jeux vidéos que la majorité des adultes de ma connaissance ne pratique pas, je n’ai pas non plus du coups l’occasion d’évoquer avec eux la loi Hadopi, pas plus que je ne peux échanger sur l’interêt des différentes plateforme de blog, des derniers sites communautaires à la mode, au mieux il n’y a que sur les sites pratiques que je pourrais échanger avec eux.
@ cleanette : je comprends votre point de vue et je reconnaît que vous êtes une utilisatrice intelligente du Net. Mes craintes portent plutôt sur les adolescents ou ceux qui n’ont pas le discernement voulu pour faire une utilisation intelligente des cyber-ressources