Akira Wallpaper

Hasard du calendrier ou coïncidence, l’adaptation cinématographique du projet AKIRA serait de nouveau sur les tablettes hollywoodiennes. Méconnu du grand public occidental, Akira est un monument de la culture manga des années 80-90, une référence de la science-fiction et de l’univers cyberpunk. Voir le mythe adapté au cinéma devrait être une bonne nouvelle. Pourtant, les fans dont je fais partie ne semblent pas se réjouir de cette annonce…

Akira WallpaperUn manga culte

Akira est un manga qui a débarqué en France chez Glénat en 1990. 14 épisodes dans un Tokyo futuriste, où, après une troisième guerre mondiale, de jeunes désœuvrés, dopés aux amphétamines sont au cœur d’une intrigue politico-militaire. Dans cette ville corrompue et dévastée par une l’explosion d’une bombe atomique d’origine inconnue, les jeux Olympiques se préparent.
De nombreux thèmes sont abordés dans Akira, comme les manipulations génétiques, la politique, le nationalisme, la jeunesse abandonnée, l’Histoire, la reconstruction, et qui en font une œuvre littéraire puissante.
Les dessins très fouillés et l’esthétisme du manga ont contribué à son succès : la moto de Kaneda est aussi culte que celle de Tron, néo-Tokyo est splendidement ruiné, ravagé par des explosions dont les Japonais ont le secret (ou la phobie).

Un contexte peu propice

tetsuo & kaneda

Le Japon est actuellement touché par les catastrophes qu’elle redoute le plus, l’accident nucléaire et les tsunamis, deux thèmes d’ailleurs très présents dans Akira. Au même titre qu’en 2001, il avait fallu retoucher Spiderman pour qu’il ne s’accroche plus aux Twin Tover, de nombreux reports ont actuellement lieu au japon.
« Au-delà » de Clint Eastwood, qui s’ouvre avec le Tsunami de 2004 a été déprogrammé.
« Disaster Report 4 », jeu de survie urbaine sur fond de tremblement de terre à Tokyo a été reporté, tout comme « Yakusa of the end » et « Motorstom Apocalypse ». Le premier jeu vous plongeait dans un quartier de Tokyo envahi par les zombies et le second était une course dans une ville ravagée par les catastrophes naturelles…
Avec une telle série de reports, peut-on réellement infliger aux Japonais, l’annonce d’un projet de film Akira, œuvre japonaise, tournée par des Américains et qui se déroulerait dans un New-York post apocalypse ?
D’ailleurs, est-il vraiment possible de se réapproprier une œuvre d’une autre culture, sans en dénaturer la substantifique moelle ?
Si les Chtis, les Visiteurs, Le dîner de cons pouvaient supporter l’adaptation (et encore), c’est parce que les ressorts comiques peuvent être universels. Quand il s’agit d’Histoire ou de lieux symboliques, très codifiés, il devient difficile de les transposer ailleurs.
Ainsi « New York 1997 », qui date de 1981, transforme Manhattan en île-prison, en proie à des gangs, sur laquelle le président des Etats-Unis se crashe. Le film, certes moins pointu qu’un manga de 14 volumes, aborde néanmoins des thématiques complètement différentes comme le sauvetage du Président, l’univers carcéral, propres aux Etats-Unis et qui pourraient difficilement se transposer à Paris ou à Londres.

Le casting

kanedaImaginons désormais que des scénaristes parviennent à rendre l’histoire crédible, il reste désormais le casting. Qui pour interpréter Kaneda et Tetsuo ?
Les noms de Justin Timberlake, Joaquim Phoenix, Robert Pattinson, Chris Pine, Garrett Heldlund ou Andrew Garfield circulent… Mis à part leurs âges déjà avancés (les personnages du manga ont une quinzaine d’années), je leur laisse à tous le bénéfice du doute.

Akira le film, voilà qui aurait de quoi réjouir une immense communauté de fans. Cependant, il convient toujours de faire attention lorsqu’on touche au patrimoine culturel d’un autre pays: quand celui-ci est déjà touché par les catastrophes, il est bon ton de ne pas en créer de nouvelles.
En attendant, je vous invite à faire comme moi et à vous (re)plonger dans Akira, ce génial manga qui n’a pas pris une ride.