Nos amis les jeunes ont passé cette semaine les épreuves du bac, avec comme mise en bouche la philosophie.

L’enseignement de la philosophie dans le secondaire est une spécificité française qui pour une fois n’est pas dénuée de bon sens. Si la plupart de nos lycéens ne comprennent pas l’intérêt d’une telle matière, c’est pourtant une belle opportunité qui s’offre à eux. Car comme le disait mon professeur : « ici, il ne s’agit pas de parler de philosophie, mais bien de philosopher ». C’est-à-dire, oublier la paraphrase des illustres penseurs pour se concentrer sur une pensée personnelle. Pour arriver à cette pensée personnelle, l’élève devra confronter des points de vue différents pour se constituer une opinion propre : thèse / antithèse / synthèse (ou toute variante de plan).
Remettre en question ses certitudes et envisager une antithèse permet de se construire un esprit critique.
Il ne faut donc pas envisager la philosophie comme une matière littéraire. Elle trouve un champ d’application dans tous les domaines, même dans la vie de tous les jours.
Pourtant une majorité de lycéens pense que la philosophie est une matière inutile, et que pour l’appréhender (et surtout obtenir une bonne note) ils devront se contenter de restituer ce qui leur a été enseigné.
Au lycée, je ne comprenais pas pourquoi certains de mes camarades s’acharnaient à apprendre des dizaines de citations par cœur. Pour moi, la citation n’a pas valeur d’exemple. Etayer son propos à l’aide d’exemples concrets est bien plus pertinent. Philosopher, c’est aussi essayer de comprendre et porter un regard objectif sur le monde qui nous entoure. Les sujets du bac 2006 me semblent réellement empreints de cet esprit :

N’avons-nous de devoirs qu’envers autrui ?
Faut-il préférer le bonheur à la vérité ?
Cela a-t-il un sens de vouloir échapper au temps ?

Peut-on juger objectivement la valeur d’une culture ?
Une culture peut-elle être porteuse de valeurs universelles ?

L’expérience peut-elle démontrer quelque chose ?

Les trois premiers sujets sont tournés vers l’Individu, son rapport à l’autre et sa place dans la société. Ils nous amènent à nous interroger sur nos modes de vie actuels et à les mettre en opposition à des modèles dépassés ou contestés (je renvoie les plus curieux vers les notions de postmodernité, hypermodernité* et profil hypertendu).

Les deux sujets suivants, trouvent un écho dans l’actualité et la géopolitique des dernières années. Avec une confrontation violente des dogmes religieux et culturels partout dans le monde, les exemples d’illustration ne manquent pas (chrétiens intégristes vs islamistes intégristes). Une réflexion personnelle intelligente doit amener à devoir sur la tolérance.

Le dernier sujet s’il n’est pas uniquement abordés sous l’angle scientifique, permet de constater que les jugements sur la base de cas particuliers sont néfastes (racisme lié aux actes d’une minorité d’immigrés par exemple).

On constate donc que la philosophie est plus que jamais d’actualité et que la pensée philosophique devrait être un prérequis à l’énoncé de toute vérité.

En conclusion, si je n’ai ici ni le temps, ni la place de développer plus longuement, je pense que l’enseignement de la philosophie est une chance. Certes la plupart des élèves ne sont pas suffisamment mûrs pour l’appréhender sous cet angle, mais faire de la philosophie tôt, c’est l’opportunité de partir armé pour la suite d’un solide esprit critique mais aussi d’ouverture d’esprit.

* merci à Jérémy qui m’a fait découvrir ces concepts

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