Banksy NY accent

banksy pochoir ratCela doit faire plus de dix ans que je suis ce graffeur à travers son blog, ses pochoirs, ses rats et ses performances et j’ai toujours été surpris par son imagination. Mais Banksy est dans une quête de démocratisation, de simplification de l’art de rue, pleine d’humour et de recul, qui, additionnée à son talent en font un artiste d’exception. Son nouveau « coup » en plein cœur de Central Park à New-York en est la preuve.

 

Ses débuts

Slave Labour 2Pour ceux qui ne sont pas familiers avec le graffiti ou l’art contemporain en général, Banksy est un artiste anonyme qui a commencé à peindre les murs il y a une vingtaine d’années à Londres. Il mélange la technique de pochoir et de bombe pour peindre rapidement des formes complexes. Ses rats puis ses singes sont célèbres et s’observent partout dans la capitale. Au fur et à mesure, il va se diversifier et faire passer un message contestataire sur des sujets aussi larges que la vidéosurveillance, la police, les émeutes, la cause animale, la guerre, le capitalisme.
Banksy est un provocateur et un vandale qui sait utiliser l’art, l’humour, le détournement pour embellir sa cause. Son but est de choquer, provoquer une réaction immédiate pour qu’un simple dessin soit efficace.

Ses coups d’éclat

Il les réalise en affichant ses propres tableaux dans les musées londoniens. Il n’est pas question pour lui de dégrader les tableaux mais d’afficher les siens, des œuvres classiques détournées. Des œuvres qui peuvent rester des journées sans être détectées.
Détourner les codes, faire rentrer la rue au musée étaient déjà le credo de Banksy.

Banksy Palestine

En 2005, il internationalise sa cause et s’envole pour la Palestine, où il décide de peindre le mur qui sépare Israël de la Palestine. Parfois il ne s’agit que d’une échelle graffée par un enfant ou d’un simple pochoir d’une petite fille qui s’envole en ballon, d’autres ce sont des trous sur des paysages paradisiaques. A sa façon, il fait réfléchir. Une expérience qu’il n’a pas oublié puisqu’il a lui-même rapporté une conversation avec un habitant qui lui disait « Vous embellissez le mur avec ce que vous faites ». Banksy le remercie mais l’habitant lui répond : « on ne veut pas que ce mur soit beau, on ne veut pas de ce mur… ».

En 2006, pour protester contre Guantanamo, il décide de placer une poupée gonflable en forme de prisonnier en tenue orange avec un sac sur la tête dans l’une des attractions du parc Disneyland. La performance sera largement médiatisée et remarquée.

La place du street art dans les villes

Même si Banksy est une star mondiale du graffiti, que certaines de ses œuvres se vendent aux enchères, il se bat toujours pour que l’art ait sa place dans l’espace public.
A Paris par exemple, le graffiti s’invite dans les musées avec l’exposition de Miss Tic à la Galerie W ou s’expose dans des galeries éphémères comme Tour Paris 13. De bonnes initiatives qui ne plaisent pas forcément à tout le monde mais qui cachent un peu la réalité des choses.
Dans le 11ème arrondissement par exemple, le tag est l’œuvre de vandales narcissiques qui ruinent la collectivité en nettoyage. Cette « délinquance en col blanc » est désormais recherchée par les policiers.
En France, pays des contradictions, le street art est à géométrie variable et on oublie que les noms connus d’aujourd’hui se sont imposés sur des surfaces qui ne voulaient pas d’eux hier. On oublie que la place laissée dans la rue au graff est famélique, que beaucoup trouve ça joli (qui n’aime pas les trompe-l’œil ?) mais uniquement sur le mur du voisin.
A Londres, les graffs de Banksy constituent des véritables lieux touristiques, protégés par des plexiglas et que les habitants considèrent comme des « héritages ».

Banksy remet les choses à leur place

En s’installant pendant un mois à New-York, le Londonien a fait parler de lui très rapidement.
Il y a quelques jours, il a mis en vente ses œuvres  comme marchand ambulant en plein milieu de Central Park à des prix tout à fait normaux (60$). Des centaines de personnes sont passés devant ses œuvres (pourtant « connues ») et n’y ont pas jeté un œil. Une femme a même négocié 50% de réduction si elle en prenait deux ou trois.

Banksy rappelle ainsi que l’Art est une chose abstraite, qui n’a de valeur que celle qu’on veut bien lui donner. En réalisant et en postant lui-même ce genre de vidéos, Banksy remet l’Art et le Street-art à sa place : la valeur est subjective et les graffs s’admirent sur des murs.

A New-York comme Singapour, le graff est considéré comme du vandalisme, une dégradation du bien privé intolérable. Cela n’empêche pas Banksy, chaque jour, de présenter ses nouvelles œuvres apparaissent, devant lesquelles des milliers de personnes se rendent (notamment ces tours jumelles décorées d’un chrysanthème). L’engouement est tel, que désormais des vigiles ont été placées devant pour éviter qu’elles soient abimées… Imaginez le tableau : des vigiles protègent une « œuvre d’art » considérée comme un acte de vandalisme

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Au cas où vous ne seriez pas sensible, un audioguide est prévu par l’artiste. Il suffit d’appeler un numéro gratuit, de sélectionner son œuvre et Banksy vous expliquera.
Puisque l’Art est dans la Rue mais que la Rue n’en veut pas, la solution est de faire de la Rue un Musée, où il aura toute sa place. Génial !