Il y a quelques temps j’avais participé à la campagne de buzz pour le lancement de Borat. Alors bien sûr, je me devais d’aller voir ce film et de donner mon avis.

J’ai lu pas mal de critiques à droite et à gauche : les spectateurs ont soit adoré, soit détesté (mais l’excès est le propre de notre société…). Personnellement j’ai un avis partagé, mais j’y reviendrai plus tard.

Première surprise dans la salle de cinéma, ce sont des familles qui sont venues voir le film. Ni les propos, ni la forme ne sont pourtant destinés à un public jeune ou trop âgé : cela peut expliquer certaines réactions vives.
Deuxième constat, peu de gens venaient voir le film en connaissant les conditions de réalisation du film : mélange de fiction et de vraies-fausses interviews. Ne pas le savoir ne permet pas d’apprécier la finesse (si si !) de certaines scènes.
Enfin, Sacha Baron Cohen est un illustre inconnu pour le grand public français, et on lui reproche souvent sont antisémitisme (quoi que des antisémites juifs ça doit exister).
Bref, il me semble que malgré la promotion assez importante faite autour du film, les spectateurs ne s’attendaient pas à ce genre, créant chez eux une certaine frustration. Loué pour être drôle, Borat n’est pas pour autant une comédie familiale.
Ca me rappelle, dans un autre registre, le Projet Blair Witch. Ce film avait bénéficié d’un teasing et d’un buzz énorme aux US avant sa sortie (construction d’une légende, rumeur de disparition d’étudiant relayée dans les campus…). Les américains qui étaient allé voir le film pensaient initialement qu’il s’agissait réellement du documentaire réalisé par les étudiants disparus. Le film a battu des records d’entrées en faisant un des films les plus rentables de l’histoire du cinéma.
Le film est arrivé en France avec l’étiquette « blockbuster » mais dépouillé de son univers. Les spectateurs n’ont pas adhéré dans l’ensemble.
Borat, c’est un peu pareil, si on n’a pas vu Sacha Baron Cohen en promo, si on ne connaît pas Ali G, si on ne connaît pas les coulisses de ses interviews, si on ne connaît pas les polémiques qui ont suivi la sortie US, on perd beaucoup de l’intérêt du film.

Parlons de mon sentiment personnel. Mitigé comme je l’ai dit plus haut. Cela est principalement du au fait que les séquences porteuses de sens sont trop rares et trop courtes. Coupures due à un refus du droit à l’image de certains protagonistes ? Ce vide est comblé  par de trop nombreuses séquences fiction notamment dès le début du voyage à travers les US (l’introduction est quant à elle un régal). Certains reprochent le côté un peu pipi-caca du film…je laisse ce point à l’appréciation de chacun.

Les séquences interviews ou de critique sont elles, excellentes.
Sacha baron Cohen parvient parfaitement à illustrer certains mécanismes :
– La méconnaissance entraîne la peur qui engendre la discrimination, le racisme etc… Cette thématique se retrouve dans les scènes du lâcher de juifs, des hébergeurs juifs … la rencontre avec la prostituée black…
– La nécessité d’un socle culturel commun pour communiquer efficacement : quand Borat tente d’apprendre l’humour américain, de comprendre le féminisme, ou les bonnes manières, les filtres et les différences culturelles sont trop importantes pour qu’ils se comprennent. Les tentatives de rapprochement ne provoquent ni débats, ni querelles. La communication est simplement rompue.
– Le gain : Borat est confronté à des commerçants qui ne relèvent aucunement ses atrocités du moment qu’ils peuvent vendre leur produit ou service.
– L’anti-américanisme : je pense qu’on aurait obtenu le même résultat dans de nombreux pays. Certes Borat pousse la caricature au plus haut point, mais parfois je ne suis pas sûr que le français moyen qui débarque en Chine ou en Afrique ne commette pas des « erreurs » tout aussi grossières…

Ces derniers points en font un film appréciable et « fin » malgré les apparences.

Au final, si mon impression « à chaud » n’était pas très favorable, je pense que Borat mérite le coup d’oeil. Mais il faut y aller en sachant au minimum à quoi s’attendre.

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  1. […] Baron Cohen créait l’évènement en propulsant au sommet du box office le personnage de Borat. Le monde découvrait alors un comique dont les seules limites sont celles que le public est […]

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