# 26 janvier 2019 - la Fête du Pardon
Comme vous le savez, je rapatrie mes archives petit à petit sous wordpress. Je redécouvre certains articles et aujourd’hui je voulais partager ce texte avec vous. Il a été publié pour la première fois le 26 janvier 2006 sur okcowboy.
La 10ème édition de la Fête du Pardon a été marquée cette année par l’entrée dans la Communauté Pacifiste de plusieurs pays dont la Chine et l’Iran.
Pour marquer son ralliement à la Communauté Pacifique, la Chine avait organisé une immense cérémonie qui fut rediffusée à travers toute la Communauté. Les thèmes de la Paix et des Droits de l’Homme furent développés à travers quatre tableaux vivants, interprétés par des artistes de cirque, des danseurs, et des musiciens, dans la tradition des cérémonies d’ouverture des Jeux Olympiques.
En France, les écoles, les administrations et les entreprises étaient naturellement fermées. Certains établissements comme les hôpitaux ont assuré un service minimum, mais les transports se sont arrêtés dès 10h dans toutes les communes. Rappelons le, la présence de chacun à la Fête du Pardon est une obligation civique.
Tôt hier matin, la population a commencé à affluer vers les points de rassemblement. Ce sont des millions de personnes qui à travers le monde ont rejoint écoles, stades, salles des fêtes, gymnases ou places publiques, pour assister à la diffusion de la cérémonie sur écrans géants.
A la fin des deux heures de représentation, le « Déjeuner du Partage » fut distribué. C’est dans une ambiance joyeuse mais néanmoins solennelle, qu’à travers le pays, des millions de personnes d’origines, de confessions, de conditions sociales différentes ont communié ensemble autour d’un repas offert par les sponsors de l’Evènement. Cet instant de partage fut « émouvant et intense » selon les propos du Président et Représentant Français de la Communauté Pacifiste, Pierre Leroy, « [...] Depuis l’instauration de la Fête du Pardon, la convoitise et la discrimination ont quasiment disparu. Chacun a pris conscience de la différence de l’autre et l’accepte. De nombreux progrès restent à faire mais nous sommes en bonne voie [...], c’est ce que nous fêtons aujourd’hui. ».
Comme chacun le sait, Pierre Leroy fut l’instigateur principal de la Fête du Pardon et le premier à proposer la création d’une Communauté Pacifiste Internationale. Eminent philosophe, conseiller Présidentiel, député, puis ministre de la Paix Sociale, Pierre Leroy est l’auteur de l’Ouvrage « Caper Emissarius1 » dont la théorie a été transposée dans la fête du Pardon, dès son arrivée au Ministère. Le livre, véritable phénomène éditorial lors de sa sortie en 2008, démontre que le désir mimétique individuel est à l’origine de la violence dans notre société. Pour l’auteur, c’est la convoitise qui indifférencie les individus et crée des tensions au sein d’un groupe. Pour évacuer cette violence, il eut l’idée d’instaurer à l’échelle nationale la Fête du Pardon, vulgairement baptisée « l’exutoire collectif » par ses détracteurs à ses débuts. Au cours des années suivantes, d’autres pays adoptèrent le concept, et la Communauté Pacifiste naquit.
C’est à 14 heures précises que la cérémonie des Représentants a commencé. Les cinquante Citoyens sélectionnés sont apparus sur la pelouse du Stade de France sous les applaudissements de la foule. Quelques minutes plus tard, c’est une dizaine d’Emissaires qui a fait son apparition, dans un silence respectueux. Comme chaque année, les Emissaires ont été tirés au sort parmi une liste d’individus condamnés par la Justice.
A 14 h 15, les Emissaires ont demandé « Pardon ». Selon la tradition, c’est d’une seule voix que la foule leur a répondu « Nous te pardonnons », signal du début de la lapidation. Celle-ci dura 15 minutes, sans qu’aucun incident majeur ne fût à déplorer.
La cérémonie s’est poursuivit dans la fête et ce jusque tard dans la nuit. Gageons que beaucoup attendent déjà avec impatience la Fête de l’année prochaine, car comme le dit cette jeune maman venue assister à l’évènement à Paris : « C’est à chaque fois l’occasion de nous vider de notre haine … et de pardonner, j’espère que je pourrais être un jour Représentante, ce serait une grande joie personnelle et un immense honneur».
FP. Le Citoyen - 26 janvier 2019
1bouc émissaire, en latin
# Porno - La Suite de Trainspotting - Irvine Welsh
Plus de 10 ans après le carton du film inspiré du roman Trainspotting, Irvine Welsh redonne vie aux personnages de Renton, Begbie, Spud et Sick Boy. La bande d’Edimbourg se reforme pour donner corps à un projet « intéressant » : « Et si on faisait Le film porno du siècle ? ».
Trainspotting m’avait fait forte impression en 1997. Je l’ai revu juste avant d’écrire cette note et le film m’a paru fade. Il faut dire qu’entre temps sont passés Fight Club et Requiem for a Dream…deux mastodontes contestataires sur la société de consommation et la prise de stupéfiants.
Il n’en demeure pas moins que parmi les bouquins empilés sur les tables du Virgin, « Porno » réunissait toutes les caractéristiques pour finir sur ma table de chevet : Une jaquette d’inspiration Pop Art à la Warhol, le mot PORNO jeté froidement sur la couverture et le racoleur bandeau « la suite de Trainspotting ».
10 ans se sont écoulés depuis que Marc Renton s’est exilé à Amsterdam avec l’argent d’une combine … et la part de ses potes. Begbie a passé tout son temps en prison, Spud continué à « vivre » une existence de junkie, tandis que Sick Boy faisait le mac et bossait pour la mafia locale. Il y a 10 ans, Nikki n’avait que 15 ans et n’était pas cette magnifique jeune femme obsédée par la peur de voir sa beauté se faner.
10 ans après Trainspotting, Sick Boy revient à Leith, tombe fou amoureux de Nikki et décide de produire le meilleur porno de tous les temps. Autour de ce projet, les anciens amis se retrouvent avec plus ou moins de plaisir, les souvenirs et les rancœurs réssurgissent.
Porno c’est le récit d’une classe prolétaire qui s’ennuie et qui stagne. Pour les hommes, c’est bière, pub, foot, chômage. Pour les femmes, c’est mioches, poussette, rêves brisés et claques dans la gueule. Sauf pour nos héros qui tentent de s’extirper de leur condition à travers la réalisation d’un film X.
Pour certains c’est l’occasion d’atteindre la reconnaissance de leur talent, pour d’autre une manière de laisser son empreinte, un moyen de faire de l’argent, de réaliser ses fantasmes.
Le porno comme moyen de réalisation voilà qui paraît surprenant. Mais n’est ce pas un moindre mal quand on sait que 10 ans auparavant, nos héros prolos n’échappaient à la réalité qu’à renfort d’héro et de cocktails chimiques ?
Le porno apparaît ici aussi comme le paroxysme d’une société consumériste : l’industrie du cul devient quasi aussi lucrative que celle de la drogue, les risques et l’investissement en moins. Avec une caméra DV et quelques boniments à une starlette en herbe, même un « chav » peut se retrouver sur la croisette.
Le porno est définitivement entré dans la culture de masse par la grande porte avec la démocratisation d’Internet, une façade glamour dressée par la pub et le porno-chic. Les grands médias se sont emparés du phénomène à grands coups de reportages alarmistes sur ses côtés les plus sombres (misogynie de l’industrie, esclaves du sexe, affiliation aux réseaux proxénètes…). Les gamins, nourris au porn, vont directement à l’éjac fac’ aux pratiques hard sans passer par la case « innocence /découverte & fantasme ».
Le roman de Welsh aborde le sujet avec distance et montre à travers le discours brut de ses personnages comment le porno s’est insidieusement immiscé dans leur quotidien.
Pour Nikki, le seul narrateur féminin du livre, être une star du X devient d’ailleurs le seul moyen d’ancrer son corps dans le réel face aux images de perfection des corps véhiculés par la pub et les magazines. Pour Sick Boy et Renton, le porno est un business facile dans lequel leur sens inné de la magouille peut s’exprimer librement.
Alors que la drogue était une façon de s’extirper d’une réalité pour les héros de Trainspotting, le porno est devenu le moyen de raccrocher les wagons à une société qui ne jure que par la réussite et la réalisation de soit. Selon Welsh, c’est ce qui caractérise l’évolution entre la société thatchérienne et la société Blayriste.
Danny Boyle devrait vraisemblablement adapter le roman avec le même casting que Trainspotting. Si c’est le cas, il est évident que l’on peut s’attendre à un succès porté par le premier opus et le côté racoleur du titre, un peu facile. L’ouvrage papier, lui se dévore. L’intrigue se construit au fur et à mesure des pages, et on se plait à détester / prendre en pitié les personnages. On les voit se débattre avec leur condition, on jubile lors du dénouement. On repose le livre et vient le temps de la réflexion. Mine de rien, à travers l’argot et les pensées embuées de ses personnages, Welsh est très fort pour livrer une réflexion sur la société actuelle.
Porno - Irvine Welsh
Editions Au Diable Vauvert
# GQ est-il LE magazine masculin par excellence?

Hier sortait le numéro 1 de l’édition française de GQ ; un événement pour les connaisseurs. C’est en effet une institution outre-atlantique : depuis plus de 50 ans le magazine est une référence pour les hommes de bon goût. Aussi, le mensuel arrive avec une réputation mais surtout un gros challenge à relever, s’imposer comme LE magazine masculin.GC se revendique « Beau. Masculin. Intelligent ». Qu’en est-il ?
Beau ?
OUI : Couverture et papier glacés épais sont du plus bel effet. Certaines photographies sont très belles, dans la veine de Première. Les publicités de grandes marques renforcent l’aspect qualitatif et luxueux. La mise en page est relativement classique mais en harmonie avec la typographie sobre, en adéquation avec l’esprit du magazine.
NON : certaines infographies destinées à moderniser la mise en page sont en décalage avec la charte graphique. De manière générale, il y a un manque d’homogénéité dans la forme. Dommage.
Masculin ?
OUI : Mode homme, high-tech et voitures sont bien présents. Sur les sujets Mode et de Style, le magazine a choisi le mode didactique, particulièrement approprié pour parler aux hommes. Il est indéniable que sur le sujet de l’élégance et du savoir-être le magazine est fidèle à ce qu’il doit être : une référence, classieuse et intemporelle.
NON : 70% des sujets sont généralistes, pas forcément masculins. Le magazine n’est pas aussi masculin que les magazines féminins sont…féminins (heu, c’est clair ?).


Couvertures de 1980 et 2002 : la classe, toujours la classe…
Intelligent ?
OUI : GQ ne joue pas dans la cour de FHM ou Max. Ici, pas de « comment avoir des abdos en béton en 5 jours », pas de photos de la blonde aux gros nichons qui a gagné la dernière Télé réalité, ni de rétrospective du mois sous forme de zapping télé. GQ prend notamment un pari avec un sujet sur les Talibans, ou une interview de Bayrou par Beigbeder.NON : en fait si ! Mais attention par la suite à ne pas confondre intelligence et élitisme. Le lecteur n’aime pas être pris pour un con.
Et sinon ?
POUR : avec un peu de chance le magazine trouvera son public et on arrêtera enfin de voir des gens porter la cravate avec une chemise à carreaux (voire plus de carreaux du tout…). La concentration de publicités pour homme permettra aux moins inspirés de trouver des idées. Bref, pour tout ce qui touche la mode (comprendre élégance et classicisme) le magazine est au rendez-vous.
CONTRE : trop de pub tue la pub. 152 pages sur 322 : la lettre au père Noêl de Patrick Bateman! Du coup, on cherche un peu les articles entre les pages de pub. Je vous conseille de mettre un marque-page au sommaire (page 30 !) afin de ne pas perdre trop de temps.On peut également reprocher au magazine d’être un peu loin de l’actualité ( cf. le sujet sur la moustache… « so 2007 »).
En conclusion ?
Il faudra attendre quelques numéros pour que je puisse me faire une opinion définitive. Cependant, je sens que GQ va donner un grand coup de pied dans la fourmilière des magazines masculins installés qui se font bouffer sans se rendre compte par les mag Internet (une première réaction déjà chez l’Optimum qui présente sa nouvelle formule en mars).
PS : J’ai quelques réflexions sur le sujet en réserve, mais je les garde pour une discussion dans les commentaires. Par ailleurs, je mets un carton jaune à mes camarades blogueurs qui parlent du sujet sans le traiter…ah opportunisme quand tu nous tiens !
# Raphaël, derniers jours
Raphaël est jeune, marié, père de 3 enfants, alcoolique depuis son plus jeune âge, illettré et sans travail. Il vit dans un de ces bidonvilles que l’on trouve en périphérie des grandes agglomérations américaines. Aussi, quand on lui propose 30 000$ pour tourner dans un snuff movie*, il trouve l’opportunité de sortir sa famille de sa condition, au prix de sa vie…

« Raphaël, derniers jours » est un roman fort. En premier lieu parce qu’il s’ouvre sur trois chapitres intenses (« son entretien d’embauche » et la « description du poste » sur la cruauté, la perversion et la cupidité. Ce qui contraste énormément avec la suite du récit. Ensuite parce que les personnages sont ceux que l’on ne voit d’ordinaire pas : les exclus. En racontant les trois derniers jours de l’un d’entre eux, c’est toute une communauté qui nous est présentée, dans toute son humanité et sa dignité .Simplement, sans effets dramatiques, ni injection de bons sentiments, l’auteur dévoile le quotidien des plus démunis : promiscuité, hygiène, alcool, éducation, le quotidien sans eau ni électricité… Mais aussi la capacité à trouver un certain bonheur dans des moments simples : le partage d’un repas, être avec les siens… Là où ces passages prêtent à réflexion, c’est qu’à aucun moment, l’auteur n’appelle la pitié du lecteur. Oui, leur vie est dure, mais ils acceptent leur sort, résignés et sans amertume envers les « gens de la ville ».
C’est aussi une histoire d’abnégation et de sacrifice. Donneriez-vous votre vie, au terme d’une heure de torture, dans l’hypothèse d’offrir une meilleure vie aux votres ? Ce n’est pas innocemment que l’on trouve le héros à quelques heures de sa mort, agenouillé dans une église devant un crucifix, à comparer le sort du Christ au sien…
Enfin, il y a dans cet ouvrage une réflexion sur la condition humaine qui m’a interpellé. Mourir au terme d’une heure de torture pour 30 000$ semble incompréhensible pour la plupart d’entre nous, parce que l’on sait qu’une telle somme ne peut changer notre vie. Certes pour le héros c’est une fortune, mais c’est surtout une revanche sur le destin. Il n’a pu choisir sa vie, mais il s’offre le luxe de choisir sa mort : quand et comment il va mourir. Une ironie quand on sait que les gens riches paient pour retarder la mort et diminuer leurs souffrances…
“Raphaël, derniers jours” de Gregory Mac Donald est un de mes livres préférés de l’été. A lire aux éditions 10/18
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# 4 bouquins : le questionnaire
Les chaînes sont très appréciées des blogueurs. Il y en a des bonnes, des moins bonnes, mais surtout pour tous les goûts. D’ailleurs, il faudra que je pense à sortir la mienne, un bon petit questionnaire au troisième degré…
Bref, celle-ci me vient de Céline aka VPS, revenue depuis peu dans la blogosphère. On y parle bouquins et c’est sensé m’ « aider à mettre un peu de moi-même dans mon blog » (des fois on ferait mieux de se taire…). Je vais donc essayer (j’ai dit essayer) de ne pas me dérober comme je l’ai fait pour la précédente chaîne :
4 LIVRES DE MON ENFANCE
- L’étranger de Camus : une révélation trouvée dans un carton chez mes parents. Je l’ai lu assez jeune, puis plusieurs fois depuis. J’y trouve un écho à ce que certains appellent « mon insensibilité ».
- Ca (It) de Stephen King : Je devais être en classe de 6ème quand ces deux énormes tomes me sont tombés sous la main. Ce livre est sans doute le premier de la longue série d’œuvres fantastiques, d’horreur ou dérangeantes que j’ai lues ou vues.
- Ravages de Barjavel / 1984 de Georges Orwell. Deux dystopies qui m’ont surtout marquées par la capacité d’anticipation de leurs auteurs.
- Visa Junior : cette encyclopédie pour enfants m’a été offerte par mes parents à Noël (pas l’année dernière…). Avec ses nombreuses illustrations, elle fut la compagne fidèle de quelques années et elle contribua à me donner une culture générale respectable à ce jeune âge qui était le mien.
4 ECRIVAINS QUE JE LIRAI ET RELIRAI ENCORE
- Camus : qui mieux que lui sait parler de l’Homme ?
- S.King : même si je suis souvent déçu par la fin des ouvrages, King a un don pour identifier nos peurs, nous mettre face à elles…et martyriser ses personnages.
- Bret Easton Ellis : sa vision sans concession de notre société me terrifie et me fascine.
- Arthur Martin : Un style percutant, épuré, efficace. Je lis toute les semaines son mode d’emploi pour mon lave-linge.
4 AUTEURS QUE JE N’ACHETERAI PLUS OU N’EMPRUNTERAI JAMAIS PLUS
Aucun, je lis tout ce qui me tombe sous la main.
4 BOUQUINS QUE J’EMPORTERAIS SUR UNE ILE DESERTE
- Dilbert de Scott Adams : pour me rappeler les paradoxes et les absurdités de la vie active, pour me rappeler la signification du mot « paradigme »
- Poker Cadillac de François Montmirel : pour devenir un cador au poker et me donner une motivation de rentrer chez moi.
- Guerre et paix de Tolstoï : avec ses 1572 pages il me donnera de quoi m’occuper.
- Désir d’Avenir de Ségolène : pour allumer le barbecue.
LES 4 PREMIERS LIVRES DE MA LISTE “A LIRE”
Il y a des gens qui font ce genre de listes ?!
LA DERNIERE PHRASE D’UN DE MES LIVRES PREFERES
« Lorsque le programme est de nouveau sélectionné, le lave-linge affiche les paramètres modifiés. »
J’aimerais que les prochaines victimes (qui vont bien galérer) à répondre soient : Greg (il lisait des bouquins de marketing à 4ans), Fred de Mai (incontournable quand on parle de mots), Cédric Godart (dont les émissions sur PureFM me manquent) et Vicky (qui poursuivra ainsi son intégration rapide dans la blogosphère). Ne me dites pas merci
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# La carte en canson blanc
Je vous propose aujourd’hui une prose inspirée des savoureuses minutes célibataires de Valérie Nimal. Pour celles et ceux qui ne connaissent pas, il s’agit de textes “érotiques” courts. Elles sont lues une fois par semaine sur une émission de Radio. Je vous invite à les lire.
Comme tous les soirs en rentrant du travail, j’ouvre ma boîte aux lettres. Quelques factures et des publicités.
Chez moi, je pose mon courrier sur le petit meuble près de l’entrée, puis me dirige vers le dressing, où je troque mon chemisier, ma jupe stricte et mes escarpins, contre une tenue d’intérieur plus confortable.
Dans le salon, je m’affale sur le canapé et allonge mes jambes sur la table basse. Un morceau de Canson qui dépasse de la pile de courrier attire alors mon attention. Le tirant précautionneusement, je lis sur le papier cotonneux une écriture masculine : « J’aime vos allers et venues. J’aime vous voir vivre, j’aime votre quotidien tranquille. J’aime encore plus ces moments où vous croyant seule vous offrez votre corps à ma vue ».
Mes joues s’enflamment et mon cœur s’emballe. On m’observe. J’éteins toutes les lumières de mon appartement. Prudemment, je m’avance près de la baie vitrée pour tenter de localiser celui qui m’épie. Il n’y a que le salon qui offre un vis-à-vis et trois logements partagent avec moi une vue sur la cour intérieure. J’élimine d’emblée l’appartement de l’immeuble d’en face situé à l’étage inférieur. Impossible de me voir. A mon niveau, une famille s’active à la préparation du repas. Au niveau supérieur, je trouve des rideaux entrouverts sur un appartement plongé dans le noir. Si aucun mouvement ne trahit la présence d’un occupant, j’ai le sentiment que l’on me regarde.
Je froisse la carte, et d’un geste nerveux tire les rideaux.
Petit à petit, mon cœur reprend son rythme normal, et je redonne cours à ma soirée. Du moins, je tente. L’image d’un homme tapi dans le noir, guettant le moindre de mes passages près d’une fenêtre, s’immisce dans chacune de mes pensées.
L’idée m’a poursuivit toute la journée du lendemain, et le surlendemain encore. Ces deux soirs là, c’est avec une certaine appréhension que j’ai ouvert ma boîte aux lettres. Sans que celle-ci ne révèle autre surprise que des prospectus.
Le troisième jour, la boîte aux lettres vide suscita en moi de la frustration. J’avais apprivoisé l’idée d’être observée. Dans mon esprit, mon voisin voyeur s’était mué en admirateur secret, en veilleur bien intentionné, sans que cette pensée ne me laisse indifférente.
Ce soir là, j’ai éteint toutes les lumières, sauf la petite lampe près du canapé. Dans mon salon, lentement, je me suis dévêtue.
Le lendemain, dans mon courrier, sur un morceau de Canson blanc, j’ai lu : ” …
Quels sont ces mots qui cloturent l’histoire? A vous de me les proposer…
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# redif de l’été: la jeune fille 2/2
Deuxième et dernière partie de la nouvelle. Vos propositions de titre sont toujours les bienvenues.
Julie a rejoint ses amies. A l’entrée de la boîte, les jeunes filles contournent la file d’attente et embrassent le portier qui leur réserve un chaleureux accueil. La présence de jolies jeunes filles est toujours appréciée dans l’établissement.
Les jeunes filles fendent la foule, portées par les basses de la musique électronique. Elles cherchent le regard des hommes en feignant l’indifférence et avancent vers un coin exposé.
Sur la piste, Julie se sent femme. Ses petites contrariétés quotidiennes s’envolent : les profs et leurs devoirs, les histoires de gamines, les garçons désespérément immatures, les querelles de ses parents. Un groupe de jeunes hommes entourent les reines d’un soir, les taquinent un peu. Elles, alternent rires et dédain, perpétuant ainsi les rites de séduction féminins. Elles acceptent finalement une invitation à leur table. Eux, ont 18 ou 19 ans. Ils ne sont pas vraiment beaux garçons, mais une fois de plus cette situation permet aux jeunes filles de boire à l’œil et de ne pas dépenser l’argent qu’elles n’ont pas. Julie rit, Julie s’amuse, Julie boit, Julie danse. Sur la piste, les stroboscopes et l’alcool ralentissent les mouvements des danseurs soulignant leurs visages flous et distordus. Le cœur de Julie prend le rythme syncopé des basses trop fortes. Sortir et emplir ses poumons d’air frais. Retrouver ses esprits. Le regard de Julie balaye la foule à la recherche de ses amies. Le décor accompagne mollement son mouvement de tête, comme affecté d’inertie. Elle se raccroche à deux garçons qui lui proposent de sortir.
Julie se retrouve dans la voiture d’un des deux jeunes. “Trop froid dehors” lui avaient-ils glissé. A l’arrière du véhicule, la tête calée dans ses mains, Julie tente de réunir ses pensées. L’un des jeunes tente de l’embrasser. Elle évite et proteste mollement. Se tournant vers lui, elle voit ses lèvres bouger mais ne comprend pas les mots marmonnés par l’adolescent. Il revient à l’assaut, encouragé par son acolyte. Julie voudrait partir, mais ses gestes sont trop lents, ses pensées trop embrouillées. Elle est prise en étau entre les deux garçons. Leurs visages souriants se sont fermés. Leurs mains trop pressantes se sont glissées sous le tissu de ses vêtements. Elle se débat. Vainement. Ils sont plus forts. Julie ouvre la bouche. Une main étouffe le cri naissant. La peur rend la lucidité à Julie, mais paralyse son corps. Julie comprend. Elle aimerait tant être avec maman.
FloW
Vos commentaires et critiques sont les bienvenus.





