Suite à la sortie du sondage réalisé par l’Ifop et le cevipof commandé par le ministère de l’intérieur*. Les journaux ont aujourd’hui commenté les résultats. Les mêmes parties ont intéressés les médias, une bonne occasion de parler de déclinologie, terme à la mode ces derniers temps avec la précarité.

Je reprends ici des extraits de Libé et du Figaro pour montrer la différence de traitement de l’information (ne prenez pas peur à vue de la longueur de l’article ça se lit vite).

Le Figaro : « En premier lieu des inquiétudes des Français, leur avenir. Ils estiment vivre « très difficilement » avec les revenus du foyer. Mais ils pensent que leurs enfants seront encore moins bien lotis : ils sont 76% à juger que les jeunes d’aujourd’hui auront moins de chances de réussir dans la société que la génération précédente. En cause, le chômage, qui est de loin la principale cause de préoccupation, avant les inégalités, la hausse des prix, le déficit public et la dette de l’Etat. »

Libération : « Ces idées sombres se retrouvent d’abord dans les données personnelles des personnes interrogées. 54 % d’entre elles affirment s’en sortir «difficilement» avec les revenus de leur foyer (12 % «très difficilement»). Quand elles se projettent vers l’avenir, le désabusement semble à son comble : pour 76 % d’entre elles, les jeunes auront «moins de chances de réussir que leurs parents». »

Commentaire : Libération est beaucoup plus alarmiste que le Figaro. 3 chiffres contre 1 pour insister sur la difficulté de la condition des ménages, plus un jugement de valeur : « désabusement à son comble ».
Dans la suite du paragraphe, le Figaro complète les chiffres en disant que 54% des français pensent que la flexibilité est une arme contre le chômage, première cause de pessimisme. Chiffre éludé par Libé.

Le Figaro : « Pour autant, les Français ne comptent pas sur les politiques pour résoudre leurs problèmes. 69% d’entre eux n’ont confiance ni dans la droite ni dans la gauche pour gouverner le pays et 56% ne montrent que peu ou pas d’intérêt pour la politique. 37% des Français ne se reconnaissent ni dans la droite ni dans la gauche. »

Libération : « La désaffection frappe de plein fouet : 69 % des personnes interrogées affirment qu’elles ne font «confiance ni dans la droite ni dans la gauche pour gouverner le pays». Ce rejet transparaît aussi dans les réponses des sondés sur leur «auto-positonnement» politique : 37 % ne se situent ni à droite ni à gauche, 24 % à gauche et 17 % à droite. »

Commentaire : si on considère qu’une personne sur deux s’intéresse peu ou pas à la politique, le 69% de manque de confiance dans les politiques est à relativiser. A vue de nez seulement, 20% des personnes qui s’intéressent à la politique ne font pas confiance aux hommes politiques. Ca a du sens non ?
Enfin, concernant les chiffres de Libé : 24%+ 17%+37% = 74%. Il y a quand même 26% de personnes qui sont partis avant d’avoir répondu à cette question. On a bien compris que Libé montrait que la tendance était à gauche.

Le Figaro : « A la question de savoir quel candidat a le plus de chance d’être élu en 2007, le ministre de l’Intérieur arrive en pole position avec 46% des sondés, suivi de peu par Ségolène Royal avec 45% des voix, puis de Lionel Jospin. François Hollande arrive en 6ème position des intentions de vote. »

Libération : « Les plus appréciés sont Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal. Pour autant, le président de l’UMP et la députée des Deux-Sèvres ne font pas l’unanimité. Les Français assurent à 54 % qu’il «n’est pas probable» qu’ils votent pour le premier. Ils sont 55 % à dire la même chose pour la seconde. »

Commentaire : là c’est Libé qui donne moins de chiffres. Et les données ne sont pas retranscrites de la même façon : chance d’élection pour Figaro, sympathie pour Libé…
Le Figaro donne les chiffres de ce qui voteront « en faveur de » quand Libé donne « les chiffres de ceux qui ne voteront pas pour ». Libé renforce donc le sentiment négatif exprimé plus haut.

Au global des deux articles, on trouve Le Figaro plus léger sur les chiffres, mais avec une retranscription plus factuelle de l’étude. D’un autre côté, Libération est plus généreux sur la donnée chiffrée et sur le subjectif (« le désabusement semble à son comble », « s’inquiète pascal Perineau »…), avec notamment les commentaires personnels du Directeur du Cevipof.

Il serait intéressant de connaître le libellé et l’ordre exact des questions, car si les chiffres sont les mêmes, à la lecture des articles, telle ou telle donnée n’est pas utilisée pour illustrer le même propos.
Preuve est faite si besoin était qu’on peut tout faire dire aux chiffres…

* «Baromètre politique français» Cevipof-ministère de l’Intérieur, réalisé par téléphone du 20 mars au 3 avril, auprès de 5 600 personnes. Les données sont disponibles auprès du Centre de données socio-politiques de Sciences Po.


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