Chuck Close Scarlett Johansson

Il y a quelques jours, Chuck Close faisait parler de lui pour avoir photographié des stars sans maquillage. Mais j’avais déjà entendu ce nom quelque part. Ou plutôt déjà vu certaines de ces œuvres. Ambassadeur de l’hyperréalisme, du photoréalisme, ses « essais » en pixellisation en font un artiste complet et fascinant.

Chuck Close Scarlett JohanssonNon négociable

Pour le 20ème anniversaire de Vanity Fair ce mois-ci, on a demandé à Chuck Close de photographier 20 stars de la télévision ou du cinéma. Fidèle à ses principes, il leur a imposé 5 conditions non négociables mais qu’elles ont toutes acceptées. Il fallait donc:
1/ Arriver seul ou avec un ami proche
2/ Être disponible pendant 3 heures
3/ Être « responsable » de son look (pas de coiffeur, maquilleur ou styliste professionnel)
4/ Se satisfaire d’un café, de sandwiches ou de salades. Rien d’autre ne serait servi.
5/ Se rendre au studio par ses propres moyens.

Parmi les 20 stars, Kate Winslet, Julia Roberts, Brad Pitt, Oprah Winfrey, George Clooney, Scarlett Johansson, Sean Penn, Steven Spielberg, Dustin Hoffman ou Bruce Willis ont joué le jeu.

On ne ment pas en gros plan

Chuck Close Brad PittToutes ces conditions ne visaient qu’une chose, obtenir un grand portrait, le plus naturel possible.
Surtout que la photo était prise avec un appareil Polaroid au format 20×24 pouces, un format très rare dont seuls 6 exemplaires ont été fabriqués. Un prototype se trouve au Musée d’Harvard des Instruments Scientifiques et les autres peuvent se louer dans des studios à LA, Paris ou en Rep. Tchèque. Du coup, les films et les liquides de développement sont extrêmement rares, que le coût d’une photo approche les 200$ (hors appareil et studio).

Avec ce format donc, rien n’échappe à l’appareil et les moindres défauts, imperfections sont automatiquement amplifiées ou plutôt magnifiés. Etrangement, rien ne choque dans ces portraits. Ces célébrités, vues des centaines de fois, nous semblent familiers désormais et n’ont plus grand-chose à cacher et ces photos ne sont finalement que des confirmations d’une humanité et d’une modestie déjà assumées.

On notera au passage que Scarlett n’a pas toujours porté des sweats moches

 

Chuck Close Oprah Winfrey Chuck Close Kate Winslet

 Peinture ou photo?

Cette série de portraits n’est qu’une parmi tant d’autres.
Depuis toujours Charles Thomas « Chuck » Close s’est évertué à se peindre lui-même ou ses amis, souvent avec un souci du réalisme pointu, sur des toiles de très grandes tailles. Aujourd’hui âgé de 74 ans, il a passé sa carrière à explorer différentes techniques de peintures, d’encres ou d’aérographes.

Chuck_Close Mark Chuck_Close Lucas

Ses œuvres les plus célèbres, exposées au MoMA (Museum of Modern Art) à New York (Mark en haut et Lucas en bas), sont des portraits reproduits à partir de photos. Il utilise alors une technique connue depuis la Renaissance. A l’aide d’une grille, il découpe le visage en petites cases qu’il reproduit une à une.
Un de ses plus beaux tableaux est d’ailleurs le Big Self Portrait (1967-1968). Incroyable.

Chuck Close Big Self portrait

En 1988, il se retrouve paralysé à cause d’un problème d’artère spinale (dans la moelle épinière) et doit donc peindre sur une chaise roulante. Dès lors, il se fera aider mais ne renoncera pas à peindre ou photographier.

Dans les années 2000, il se mettra même dans des créations numériques, jamais très éloignées de son travail manuel (autoportrait ci-dessous).

Chcuk Close selfieUne force ou un handicap?

Le plus amusant ou étonnant, dans l’histoire de Chuck Close, c’est que depuis toujours il est atteint de prosopagnosie, une maladie qui rend l’identification des visages impossible. Malgré ou à cause de tous les portraits qu’il a peints, il ne s’est rendu compte de ce problème que 20 ans plus tard, quand il réalisa qu’il ne peignait que des visages…*
Une preuve que nos handicaps sont très relatifs et que le talent peut s’exprimer sous des formes très différentes.

* « I was not conscious of making a decision to paint portraits because I have difficulty recognizing faces. That occurred to me twenty years after the fact when I looked at why I was still painting portraits, why that still had urgency for me. I began to realize that it has sustained me for so long because I have difficulty in recognizing faces. »