Je suis le premier à dénoncer l’emploi abusif du terme geek. Mais cette fois, l’heure est grave et c’est bien tout un pan de la communauté, celle du jeu vidéo, des comics, du jeu de rôle qui est « malade ». Malade du sexisme.
Si le sujet peut paraitre léger voire ridicule au premier abord, un article publié récemment par une femme a suscité des réactions qui m’ont réellement effaré. En tant qu’homme et « geek », je me sentais obligé de relayer son édifiant constat.cat-computer

On the internet, nobody knows you’re a cat

On pourrait croire que les geeks sont une communauté soudée par leurs passions communes, que la discrimination dont ils sont parfois vi


Joystick sexisme geek
ctimes IRL (surtout les nerds) en ferait des exemples de solidarité et de tolérance. On pourrait croire que derrière un ordinateur, seules vos compétences comptent, que votre physique, votre sexe, votre âge et même votre nationalité n’ont plus aucune importance.
On pourrait croire. Mais la réalité est toute autre et bien triste.

« Connasse mal-baisée »

L’histoire commence de façon assez anodine
En août 2012, un article est écrit sur cafaitgenre.org par Mar_Lard, sur une critique de Tomb Raider dans Joystick, un magazine de jeu vidéo. Elle ne critique pas le jeu vidéo mais la « preview », le traitement qui en a été fait par le journaliste. Il y a un parti pris clairement « féministe » ou en tout cas « anti-misogynie ordinaire » sur la banalisation, la minimisation du viol ou la projection d’un fantasme violent à travers une critique de jeu vidéo. Mais la communauté « gamer » n’a pas apprécié la critique et le déchaînement de violence envers l’auteure a été simplement stupéfiant.
8 mois après, Mar_Lard publie un deuxième article « Sexisme chez les geeks : Pourquoi notre communauté est malade, et comment y remédier » qui fait suite.

L’article est long mais soulève de nombreuses questions.

L’industrie du jeu vidéo est sexiste

Même si la moitié des joueurs sont des joueuses, le milieu demeure majoritairement masculin, dans la production, la réalisation du jeu vidéo. Pour ceux qui jouent en ligne, le constat est le même, beaucoup de joueurs. Dans les jeux eux-mêmes, beaucoup de scénarios cantonnent les femmes à des rôles de faire-valoir (Zelda, Mario) ou à des personnages plus petits, moins forts (beat’m all, VS Fighting).
On ne change pas le passé et personne n’est responsable de son héritage culturel mais les femmes ont désormais le droit d’aspirer à moins de machisme aussi bien avec leurs collègues que dans leurs salons (professionnels ou pas).

BRITAIN LARA CROFT

Le sexisme dans la presse jeu vidéo

Comme dans le monde automobile, la presse spécialisée s’appuie très souvent sur des clichés sexistes pour vendre, communiquer ou attirer le client.
Les salons ont toujours leurs lots de babes costumées, les articles s’épanchent largement sur les courbes sculpturales de personnages féminins, les publicités dénudent les jeunes filles pour vendre des cartes graphiques. Quoi de plus normal? Comme le dit Mar_Lard, « la presse Jeu Vidéo s’accroche désespérément à son cœur de cible, l’ado masculin hétérosexuel travaillé par ses hormones ». Preuve que ca ne marche pas, elle n’existe presque plus.

 

Dans la communauté

Les blagues sexistes et misogynes feraient partie de « la culture Jeu vidéo ». Les filles qui jouent en ligne (MMORPG, FPS, etc) feraient souvent l’objet de propositions obscènes ou de remarques désobligeantes. Derrière un écran, les jeunes mâles auraient tendance à se lâcher un peu, au détriment de la retenue, la courtoisie et du respect.
Si votre pseudonyme est clairement féminin, vous comprendrez le sens du mot harcèlement. Si en plus, vous jouez bien, certains psychopathes ne manqueront pas de vous insulter voire de vous menacer (attention c’est violent).

menace sexiste geekSur les forums, les réactions sont assez semblables (« Tits or GTFO »). En clair, les femmes s’aventurant sur des prés carrés masculins et désinhibés, doivent s’attendre à en subir les assauts sexistes.

Le phénomène est peut-être marginal mais il existe. Peut-on tolérer que votre soeur, votre fille ou vous-même puisse recevoir ce genre d’insultes après une partie de jeu vidéo?

Fake Geek GurlLa fake Geek girl

Une fan de comics, de mangas, de jeux vidéo, de Star Wars, de jeux, c’est louche. C’est une « fake Geek girl », une fausse geek. Sa passion n’est pas réelle et véritable, elle est vulgairement incomplète et probablement empruntée ou due à un homme dont elle n’arrivera jamais à la hauteur.

Le monde tristement masculin des geeks ne tolèreraient pas les femmes, même celles qui ont réussi à rentrer et s’intéresser.

Les intimidations

Les rares femmes (Anita Sarkeesian par exemple) qui ont osé s’attaquer au machisme ambiant dans la communauté geek ont payé le prix fort. Des déferlements de haine, des insultes personnelles, des menaces, des intimidations massives et permanentes via les réseaux sociaux, les forums, des blogs dédiés, des pages Wikipédia ont laissé la place à des campagnes de déni, de diversion, de décrédibilisation.
Ce qui est choquant, c’est qu’une opinion divergente dans un secteur du divertissement puisse cristalliser autant de haine et de violence.
yoxyn insulte31

Aimez-vous les uns les autres, bordel de m…!

La communauté Geek n’est pas une exception. Comme beaucoup d’autres domaines, le sexisme ordinaire s’exprime largement et on ne peut que l’admettre et le déplorer. Mais le problème doit pouvoir être soulevé, les discussions être houleuses, mouvementées et passionnées mais les déchaînements de violence, les intimidations, le harcèlement sont indignes et intolérables.
Alors dès qu’on parle de féminisme, tout le monde a un avis. A ceux qui parlent d’amalgame, de généralisation, de paranoïa exacerbée, de « propos pas si choquants », de culture, d’humour potache, de combats plus importants… Oui peut-être. Mais chacun mène les combats qu’il souhaite et on peut parfois s’indigner du racisme ordinaire, de l’homophobie ordinaire sans pour autant tomber dans le politiquement correct.
Dans ce genre de débat, il est important que chacun prenne du recul, de laisser la liberté de parole et d’opinion et surtout de se dire que tout n’est pas acceptable.
Je ne suis pas d’accord avec tous les propos de Mar_Lard mais son analyse est valable et mérite selon moi de trouver un écho positif.