American Trash

« Putain, on devrait toujours avoir une caméra sur soi! »

 

Etude de couverture pour American Psycho par Romain
Qui m’aurait dit que je finirais avec mon meilleur ami chez Bret Easton Ellis, en plein cœur de Manhattan à 6H43 du matin, la tête ultra-vaseuse, les yeux écarquillés, entouré de modèles libidineux, de superstars lumineuses, de dingues violents, travestis, déguisés, maquillés, refais, surfaits, super faits. Personne. En fait car ce genre de choses est tellement, totalement, imprévisible qu’on regrette de ne pas avoir pu les prévoir… « Putain si j’avais un appareil photo ou une caméra…je ferais un court-métrage de folie…Andy Warhol serait fier de moi. Putain, je suis vraiment trop con … » Aujourd’hui j’ai un téléphone multifonctions, je ne m’en sépare jamais sauf pour aller nager.

American psycho : PARFAITEMENT CULTE

« Vous croyez que le bonheur c’est de gagner des millions, de rouler en Porsche, de vous bourrer le pif de souille et de partouzer avec des filles de l’est aux jambes interminables? Vous croyez que le bonheur , c’est ça ? Hé bien oui, vous avez raison, le bonheur , c’est ça ! »

Bret Easton Ellis
Ce mot d’esprit très second degré de mon meilleur ami Julien Pace pourrait être un bon début d’introduction pour American Psycho de Bret Easton Ellis qui est, sans doute le roman américain le plus « superficiel, trash et controversé » du 21 ème siècle. Même s’il date des 90‘s, il transpire les années 80 et la « yuppie attitude » façon Donald Trump. En dehors de vivre « très haut de gamme » et de côtoyer essentiellement des gens riches et beaux, Patrick Bateman, businessman de la City devient la nuit venue, un dangereux serial killer qui s’en prend aussi bien à des jeunes femmes sexy, qu’à des clochards puants ou encore à ses collègues « golden boys » pleins aux as.
Il tue, viole, tronçonne, salit les femmes, les homosexuels et les gens modestes qu’il croise sur son chemin et qu’il éxècre au plus profond de lui même .

En fait Patrick est un jeune homme parfaitement anormal qui cache sous une préciosité maladive tous les traits d’un dangereux psychopathe, obsédé, ultra-violent, parfaitement schyzo, totalement psycho. Il découpe ses victimes au hachoir, les viole, les violente, les humilie …bref c’est une parfaite ordure. Le livre décrit ses meurtres bien en détail, sa folie aussi.

Alors pourquoi aime-t-on Patrick Bateman ?

Je pense qu’Ellis a su présenter son personnage de manière si juste et « humaine » malgré son ultra-violence qu’on en arrive au fil des pages à souffrir pour lui lorsqu’il est prêt de se faire « attraper » par la police ou ses collègues. On finit par détester les victimes, qui pourraient faire plonger notre « héros ».

AMERICAN PSYCHO un roman aussi trash , sanglant et déjanté que le jeu « One chanbara X ».

Putain comment Ellis a t-il fait qu’on en vienne à soutenir son salopard de personnage, son horrible Bateman, son anti-héros serial-killer ultra-trash ?

Putain ! comment a t-il fait ? C’est moi qui craque ? Non, je ne suis pas le seul à « aimer Bateman » et à ne pas souhaiter par ailleurs la mort de tous mes prochains (c’est de la fiction mais je la soutiens quand même! Suis-je un pervers ? Un serial-killer refoulé ? Non! )
Je crois qu’il s’agit d’une immense prouesse littéraire, un don de l’écriture sensible, de la description sincère, qui font qu’Ellis rend ce personnage ultra-attachant: Oui, lui ce yuppie qui écoute les Talking Heads sur du matériel hi-fi ultra coûteux tout en se passant 5 ou 6 crêmes sur le visage….pendant que 2 jeunes femmes se vident de leur sang dans le jacuzzi.

Les femmes de American Psycho sont de véritables Suicide Girls

Cet enfant riche est malheureux car il a tout et s’ennuie..s’ennuie tellement qu’il ne peut se contenter de la fiction et doit assouvir ses fantasmes « gorno » et « gores » tout courts.
A priori « disgusting », « shocking » mais non…..On aime ! On lit , on suit …comme des petits cochons, des marquis de Sade, des trash boys et minettes.
Ellis nous scotche, nous plaque à terre, nous assomme, nous attache, nous ligotte.

Bref l’écriture est top, l’histoire outrageusement accrocheuse pour peu qu’on soit un minimum «voyeur». Patrick Bateman est attachant (et tâchant) malgré sa folie meurtrière indéfendable. Son univers superficiel est suffisamment riche et plat à la fois pour qu’on lui accorde de intérêt (et se demander pourquoi), le name dropping impressionnant, la chute aussi .

TRASH PSYCHOLOGIQUE et GRAPHIQUE

Ce roman est indispensable à tout amateur de sensations fortes aussi bien psychologiques (la folie meurtrière découlant de la solitude et de l’ennui profond) que graphiques (des litres d’hémoglobine coulent dans les pages, des bouts de membres se retrouvent dans les frigidaires, des yuppies forniquent dans des hôtels hors de prix ).
Très « sexe , meurtres & rock’n roll », American Psycho est le roman culte par excellence d’une Amérique toujours pas remise du « Last Exit to Brooklyn » de Hubert Selby Junior et qui découvre son fils spirituel « deux fois plus trash ».

J’ai lu « American Psycho », 19 fois et je n’ai toujours pas compris d’où venait la grâce inexplicable dans une histoire aussi violente. De l’écriture, sans doute : Ellis décrit les cartes bancaires de Patrick Bateman, comme Proust décrit les madeleines de son enfance, avec grâce et beauté. J’ai voulu lui dire lors de la fête qu’il donnait chez lui, mais je n’ai pas pu, il n’était pas là.

« American Psycho » est paru aux éditions « point » et 10/18

écrit par Romain Novarina

Pour aller plus loin

- A écouter en lisant American Psycho :
« 1977 » des Talking Heads
« Suicide » de Suicide
« Downward Spiral » de Nine Inch Nails
«La Folie » des Stranglers

- À lire aussi absolument du même auteur :
# Moins que zéro (1985)
# Les Lois de l’attraction (1987)
# American Psycho (1991)
# Zombies (1996)
# Glamorama (1999)
# Lunar Park (2005)

- A ne pas voir :
American Psycho (1 et 2) , les film honteusement mauvais malgré la présence de Willem Dafoe et Cloé Sévigny dans le premier opus.

AMERICAN PSYCHO

- A voir dans le même genre « serialkiller bien barré » :
« MANIAC » William Lustig 1980

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