Martin Parr trash
19 juin 2007

# Le trash

Préambule : Vous pourrez atteindre la plupart des oeuvres citées (musiques, films, livres) à travers cette liste et ainsi avoir accès aux jaquettes, résumés, extraits sans passer par de nombreux liens hyper-textes.

Décalage

« J’ai toujours été attiré par les marges, le dark, le glauque, le parallèle, les sous-terrains, les abîmes, les barrés, écorchés vifs, poètes maudits, artistes incompris…..Bref un amour profond de l’humain, particulièrement celui qui souffre, et un sous-intérêt pour le quotidien, la normalité, les normes. Je suis, en fait, profondément humain, c’est ça.

Sans me perdre dans des considérations de bas étage, je dirai que le beau, la lisse, le propre et « le traditionnel » m’intéressent beaucoup moins ou alors amplifiés, exagérés, outranciers.

De manière générale, j’aime l’originalité, l’indépendance d’esprit et le décalage: la contre-culture m’a toujours beaucoup plus botté que l’apprentissage, non moins important, de la culture « traditionnelle » : traditionnel, je hais ce mot.

À la veille de mon bac je dévorais Hunter Thomson au lieu de relire Balzac. Aujourd’hui je lis Marc Behm en écoutant Mount Shasta, je n’ai pas changé, je ne changerai jamais de crèmerie : le décalage fait ma vie. »

Les Origines du trash

Les Romains étaient super trash quand ils ont clouté le pauvre Jésus sur la croix…et Judas était un trash boy. Des siècles plus tard une scène monstrueuse de SAW 3 (interdit aux moins de 18 ans et ça se comprend) nous montre un pauvre détenu hurlant à la mort en arrachant ses mains crucifiées; à côté de cela Céline Dion passe en boucle sur MTV, Marylin Manson joue les fleurs bleues (cf son dernier album)…C’est sûr, le Trash visuel et psychologique a toujours existé.

Culture trash ?

Pas plus qu’une école de l’underground ou de la contre-culture je pense qu’il n’y a pas de « Culture Trash » mais plutôt des individus, des œuvres et un public qui se rassemblent autour d’un même état d’esprit sous des formes très variées et sans « cahier des charges ». Liberté rime avec Trash.

Trash et Violence

Il semble que la violence graphique ou mentale soit le point commun aux différentes formes que peuvent prendre les œuvres « trash » : gores, hardcores, ou psychologiquement insoutenables, elles réveillent nos peurs, touchent à notre sensibilité profonde et violentent notre esprit.
Expérience positive ou non, elles ne laissent jamais indifférent comme la vue d’un tableau de Beacon ou une installation de Paul Mc Carthy. Dans un autre traitement certaines photos de Martin Parr sont trash, parce que réelles et crues. Les œuvres de Jeff Koons, sont trash-comiques.

Le trash à travers les âges

50’s/60’s : Avec « Junky », William Burroughs sort un des premiers livres trash sur la drogue dure et ses méfaits ; des milliers de jeunes ne passeront pas à la seringue grâce à ce « real diary » d’une violence inouïe. Suivront d’autres chefs d’œuvres comme le « Naked Lunch » . Je pense que tout amateur de trash ne peut qu’idolâtrer William Burroughs, ce génie du « cut writting » qu’on verra apparaître dans le « Drugstore Cowboy » de Gus Vant Sant.

Trash paul morrissey

60’s/70’S : En top of mind « Trash » c’est littéralement « la poubelle » mais c’est aussi un film culte de Paul Morrissey de la Factory d’Andy Warhol. La trilogie de Morrissey (Heat, Flesh, Trash) est immanquable car délicieusement graphique et totalement barrée. Il faut la regarder (les dialogues ne sont pas essentiels) en écoutant le « Banana Album » du Velvet Underground et ses morceaux inaudibles comme « European son » ou franchement glaçant comme « Héroïne » : Cet album fait figure selon moi de disque trash par excellence ; on vit à travers les textes à fleur de peau de Lou Reed une période ultra-dark et décadente du New-York pré 70’s ou overdoses et suicides en tout genre faisaient bon ménage sur fond de luxure (….)

Bien sûr les premiers « Stooges » (Fun house, Raw Power) et des morceaux comme « Dirt » sont parfaitement immanquables pour leurs trash lyriques et les cris d’Iggy Pop. On n’a jamais fait mieux.

70/80’s : 1977 l’année de la naissance du punk selon les médias: complètement faux* (rf les Stooges). En fait c’est ma date de naissance et celle du Centre Pompidou que des architectes conservateurs ont trouvé « trash ».
Cette période voit naître dans les mains d’un jeune réalisateur nommé Wes Craven le film trash graphique et psychologique par excellence : « La Dernière maison sur la gauche **».

Le film trash commercial des années 80 porte bien son nom : il s’intitule « Street Trash » : entre série z et gore-comique (mais impressionnant pour l’époque).

Un peu plus tard Lucio Fulci nous livre un « gialo » trash : L étrangleur de New York, (« Lo Squartatore di New York) qui dans un esprit plus sombre que « Street trash » nous fait découvrir un New York vraiment « dirt » loin des stéréotypes « yupies and coke » de cette époque-là.

Je retiendrai personnellement « Maniac » (1980) de William Lustig comme le film trash culte des eighties avec un acteur mythique car complètement cinglé, nommé Joe Spinnel.

Pour moi la BO trash du début des années 80 est signée « SUICIDE » (album éponyme), un de mes disques préférés de tous les temps mélangeant synthés acides, voix d’outre-tombe, riffs entêtants et lyrics beaux à pleurer. Alan Vega sort un album mythique, sombre et mélancolique, acide et compact.

Des photographes comme Richard Kern ou Larry Clark (avant de devenir réalisateur) font dans le trash-sex, cela préfigure le porno-chic de Terry Richardson.

90’s : Pour moi le film trash des années 90 est « Trainspotting » : j’entends le peuple se soulever, les cris « Trainspotting ! T’es fou ! Ça n’a rien de trash ! ». Je signe et persiste que cette œuvre majeure et visionnaire sur un pays peuplé d’une génération perdue de camés, post-beatniks façon héroïne est sacrément trash : le petit bébé mort…ça vous revient ?
Dans un tout autre genre je vous conseille « Funny Games » de Michael Haneke qui est un bijou de violence psychologique.

La BD trash

Toujours dans le « psycho » l’immense œuvre de bandes dessinées de Charles Burns, « Black Hole » est incontournable car « métaphore » d’un monde d’adolescents perdus dans la drogue et la maladie.

La b.o trash des 90’s : « Pills, thrills and Bellyaches » des Happy Mondays ou toute la folie douce du « Madchester ». Je pense souvent à l’intro du morceau « Kinky Afro »: « Boy, i’m 30, I only went with you mummy cause she’s dirty ». Culte

Aujourd’hui

Plus que jamais, le Trash fait partie des tendances incontournables de la société dans la mode, la musique et le cinéma.
Dans la mode, un retour depuis 5 ans environ en France, aux « sapes rock’n roll et par extension trash/punk » inspire les créateur du monde entier.
Les groupes comme « Enter Shikari » ou « Shy Child » remettent leurs habits de « métalos » et sortent les beat box : après la new rave des Klaxons (qui n’est qu’une resucée des Happy Mondays) débarque le « Hard électro ». Pas mal.
Le cinéma trash grand public fonctionne : Saw, Hostel, Turistas, Wolf Creek etc… font des chiffres d’affaire faramineux.
Le vrai cinéma « trash » atteint des niveaux de violence inouïs : des films comme « August Underground » de Fred Vogel (tourné façon snuff movie ), « Aftermath » de Nacho Cerda (merci Darkplanneur) sont autant d’œuvres ultra-trash qui repoussent les limites du supportables puisque mélangeant de manière outrancière réalisme et violence métaphysique. Ça fait mal. Bon appétit.

De manière générale, le trash est plus que jamais d’actualité…il suffit de regarder le journal télévisé.


* Les Sex Pistols, malgré les efforts de leur génial manager restent à mes yeux un groupe faussement trash marqueté jusqu’à la bibine « brandée ».
**j’y fais référence dans l’épisode 1 de « You pay you die »

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