The house at the End of the WorldA priori tout sépare ces deux artistes. L’un est internationalement connu pour ses photos, ses films, ses clips et ses stars, l’autre est artistiquement reconnu dans son milieu pour ses expos, ses prix. Le premier photographie comme il peint, le second sculpte comme il dessine. Pourtant, c’est le même combat contre une société consumériste, excessive et décadente qu’ils livrent, chacun à leur manière mais leurs œuvres sont saisissantes.

Est-il encore utile de présenter David LaChapelle ? Ses photos, actuellement visibles à la Monnaie de Paris pour une excellente rétrospective, ont déjà fait le tour du monde. Celles-ci, malgré le glamour qui s’en dégagent, dénoncent aussi bien le culte de la personnalité que la guerre, les excès de la société de consommation et le capitalisme. Beaucoup de clichés représentent la destruction, la fin du monde (séries Deluge et Destruction & Desaster) ou des représentations religieuses (la série Jesus was my homeboy ou Kanye West en Jesus). Etrangement et dans un style complètement différent, Kris Kuksi est dans la même démarche. Son œuvre, basée sur la sculpture détaille et cisèle un monde imaginaire, une société décadente, religieuse et guerrière. Les tanks-églises, le pêché originel, le palais de l’hédonisme, la maison du fascisme, toutes les œuvres sont fascinantes et évocatrices. L’un comme l’autre, David LaChapelle et Kris Kuksi parviennent à faire passer leurs messages et ce, de façon quasi instantanée. Pour cela, ils ont choisi de réaliser d’immenses fresques ultra détaillées dans lesquelles chaque posture, chaque objet a une signification, le but étant dans un premier temps d’interpeller et dans un second d’expliquer.

The tower of Babel

Trash glamour

Deluge

David LaChapelle, né en 1963, a su très tôt qu’il deviendrait photographe. Après des études d’arts visuels, Andy Warhol et le pop art deviennent pour lui des sources d’inspiration très puissantes. Son style se caractérise plus par sa technique (couleurs vivaces obtenues grâce à des filtres couleurs, décors bariolés et mises en scène très soignées) que par le trucage numérique, qui intervient peu au final. Il se distingue en photographiant les plus grandes stars (Bowie, Paris Hilton, Britney Spears, Naomi Campbell…) mais aussi en critiquant le modèle américain et capitaliste, capable d’engendrer le star system, la société de tous les excès, des gens beaux et grotesques, de la pub à outrance, de la Beauté, du Glamour.

Tank église

Church tankThe Plague paradeKris Kuksi, né en 1973, est un artiste qui s’est développé dans la solitude, la rigueur et l’isolement d’un univers rural. Alors qu’il grandit seul avec sa mère, un père absent et un beau-père alcoolique, le gamin s’invente ses propres mondes imaginaires avec leurs règles, leurs histoires, leurs guerres, leurs fins et leurs destructions. Cette imagination fertile s’accompagne d’une fascination pour toutes les sociétés alternatives, celles opposées à l’American Way of Life et à sa culture pop, qu’il juge décadente. Il choisit donc de sculpter des scènes dans lesquelles la Mort et les Hommes sont omniprésents, cohabitant dans des villages ou des temples, puisqu’ils sont indissociables. En considérant que l’humanité, dans sa frivolité et sa fragilité, se laisse trop souvent guider par l’avidité et le matérialisme, ses œuvres aident à s’élever vers un nouveau niveau de conscience. Et comme pour parvenir à ce niveau de maturité, il faut du temps, Kuksi a représenté ce temps en insistant sur la finesse, la précision de la sculpture, au même titre que LaChapelle insiste sur la mise en scène de ses tableaux.

Styles, personnalités, reconnaissances, arts, tout sépare ces deux artistes qui ont choisi de lutter ensemble contre la décadence de la société occidentale.

David LaChapelle jusqu’au 31 mai à la Monnaie de Paris