Le lancement de Falcon Heavy, la fusée Space X a redonné un coup de projecteur sur Elon Musk, l’entrepreneur fou qui a décidé de révolutionner tout ce qu’il touche. Un rapide tour sur sa page Wikipédia donne l’envergure et l’ampleur du personnage.
« Entrepreneur, magnat des affaires, ingénieur en aérospatiale, inventeur, investisseur, DG, directeur de la technologie et président de conseil d’administration », il a créé, investi ou racehté des sociétés comme Paypal, Tesla, Hyperloop, Space X out The boring company (société visant à supprimer les embouteillages, rien que ça…). Concerné par l’Intelligence Artificielle et les changements climatiques, Elon Musk est devenu un personnage cool et pop, un savant fou que tout le monde adore !

A 46 ans, Elon Musk a déjà vécu plus de vies que beaucoup d’entre nous.

A 24 ans, il fonde Zip2, « un éditeur de logiciel de publication de contenu en ligne pour les informations des entreprises ». En vrai, c’est un logiciel qui combine des bases de données (gratuite et une commerciale) pour faciliter la création de City Guide par des journaux américains type New York Times.
Pour mémoire, en 1995, Internet proposait des City Guide, des annuaires en ligne et ressemblait à ça.

Faciliter la mise en ligne de base de données était alors quelque chose de recherché et de valorisé. En 1999, Compaq paye 307 millions de dollars (dont Elon prendra 22 millions) pour améliorer le moteur de recherche Alta Vista. Un monde et des noms que les moins de 30 ans n’ont pas connu.

Que faire avec 22 millions de dollars quand on a 28 ans ?

On créée une banque en ligne nommée x.com, qui fusionne un an plus tard avec un service de transfert d’argent nommé… Paypal. A l’époque, le paiement en ligne n’est pas quelque chose de fréquent car peu sécurisé. La société commencera à cartonner en 2001, quand elle recrutera ses nouveaux utilisateurs en leur offrant de l’argent. En désaccord avec ses associés car il souhaite migrer ses serveurs de Unix vers Windows, Elon Musk quitte progressivement son poste de CEO. L’année suivante, en 2002, eBay rachète Paypal pour 1,5 milliards de dollars (dont 165 millions iront à Musk).

Que faire avec 165 millions quand on a 31 ans ?

Space X est né d’un concept de terraformation et de colonisation de Mars (comprendre une soirée avec trop d’alcool et de drogues avec des amis, la même où vous aviez pensé à ouvrir un bar avec vos thèmes sur le thème des jeux vidéo, du métal et/ou du foot, fooding, en gros, un truc que vous n’avez jamais fait). Donc Elon Musk pense aller sur Mars avec ses amis. Donc Elon doit acheter une fusée (non Elon n’est pas comme vous). Après des tractations avec des Russes, il trouve que 8 millions pour une fusée russe, c’est trop cher et qu’il devrait probablement les faire lui-même. Musk aurait en effet calculé que les matières premières d’une fusée ne coûtaient que 3% de son prix de vente et qu’avec une intégration verticalisée et une approche modulaire du software engineering (créer des logiciels par morceaux compatibles et assemblables), il diviserait le prix d’une fusée par 10 tout en conservant une marge brute de 70%.
Alors Elon Musk créée Space X et vous, vous n’avez jamais acheté de bar car c’était compliqué et que vous n’aviez pas d’argent.

Que faire quand on a 65 millions $ et Space X ?

Après l’échec de la EV1, un modèle électrique imaginé par General Motors en 2001, Elon Musk rejoint Tesla Motors en 2004 en mettant 7,5 millions de $ de sa poche afin de créer un modèle électrique et avec l’ambition de démocratiser ce mode de propulsion. Dès l’origine, l’idée est de commencer avec un modèle de luxe, bien plus cher que son coût de fabrication afin de financer le développement d’un modèle grand public. La voiture est conçue et marketée comme telle, vendue 109 000$, avec une production fortement verticalisée (80% des composants fabriqués en interne). La Tesla est puissante, un peu geek (écran géant, poignées rétractables…) et possède une grande autonomie. Elle devient un phénomène de mode et de société. Premier pari réussi.
Pour lancer un second modèle plus accessible, en 2016, Musk demande un acompte de 1000$ sur le prix final de sa Model 3 (35 000$), qu’il commercialisera fin 2017.
En 3 jours, les réservations dépassent les 280 000 unités, soit un apport direct et sans intérêt de 280 millions de dollars pour financer son entreprise, avec en plus l’assurance de vendre ses voitures.
 

Que faire quand on est blindé, avec Tesla Motors, SpaceX, des idées et des potes?

On continue d’investir en achetant SolarCity, une entreprise appartenant à ses cousins et qui fabrique des panneaux solaires. L’idée étant de combiner les forces de Tesla et de Solar City pour faire des briques solaires et des centrales solaires aux US, tout ca pour lutter contre le réchauffement climatique.

Et puis vous pouvez également vous lancer dans Hyperloop, un train qui voyage à 1000km/h dans un tube « sous vide »avec des moteurs à induction et des compresseurs afin de rallier Los Angeles et San Francisco en 40 minutes.
Ensuite, une petite société sur l’intelligence artificielle (OpenAI), une autre sur les neurotechnologies (Neuralink) mais aussi The Boring Company qui propose de faire des tunnels sous les villes pour éliminer les embouteillages mais aussi des lance-flammes. Rien que ça.

Evidemment, Elon Musk n’est pas qu’un fantasque philantrope. C’est un businessman intelligent, visionnaire, très bien entouré et avec de la chance.
Le projet Space X et Tesla est tout à fait cohérent. Il s’agit de lancer des milliers de satellites qui guideront et gareront les voitures autonomes Tesla (et les autres, contre financement of course!). Les technologies de propulsion Hyperloop, Tesla sont profondément liées, les systèmes d’IA aussi. Tout est calculé (à part peut-être les 200 lance-flammes Tesla qui ont été faits pour le buzz). Space X est arrivé au bon moment, quand la Nasa a décidé de sous-traiter une partie de ses programmes spatiaux.

Tout le monde aime Elon Musk car sa vision va dans le bon sens. Notre bon sens. En cassant les business déjà établis, en luttant contre le réchauffement climatique avec Tesla et SolarCity (moins avec Space X?), il devient populaire et branché, invité dans des séries ou des émissions TV comme South Park ou The Big Bang Theory. Son succès en fait un alter ego de Tony Stark aka Iron Man.

Il y a en tout cas, une fraîcheur dans la démarche de ce visionnaire, quelque chose d’exceptionnel, de simple mais de tellement complexe, qui fait rêver. Je suis heureux et impatient de voir ce qu’il nous réserve pour ces prochaines années. A moins qu’il ne devienne le maître du monde, notre suprême Leader… et ce serait cool…