12 mars 2006

En déplacement

Avez-vous déjà mangé seul au restaurant ? Personnellement, c’est une des choses qui me déplaît le plus. Quand je suis contraint d’en arriver là, j’essaye de mettre cette situation à profit pour observer.

De la table au fond de la salle on a une vue imprenable sur les personnes en présence. Quelques commerciaux, encore en costume cravate à 21h dînent seuls eux aussi. Rompus à l’exercice, certains descendent de leur chambre d’hôtel avec un livre, faisant fi de la politesse, privilégiant leur confort personnel. D’autres, veulent expédier ce moment difficile le plus vite possible. Ils demandent à avoir tous leurs plats en même temps.

Des séminaristes prolongent leur journée professionnelle : « Je n’ai jamais pu m’habituer aux nouvelles versions de Windows […] avant, au moins je pouvais créer et lire des fichier binaires sans problème…Mais que voulez-vous, maintenant il faut de l’argent et acheter des logiciels pour le faire… ». Intéressant.

Quelques couples dînent en silence. Le restaurant d’un hôtel est toujours le territoire des hommes d’affaires, les amoureux se font discrets.

Imposer implicitement le silence est la revanche des hommes d’affaires. Il faut dire qu’ils ont payé le prix fort dans le train qui les a conduit à leur destination. Installés tranquillement à leur place de 1ère classe de TGV, portable sur les genoux, les hommes d’affaires préparent leur réunion, visionnent un film, lisent « les Echos »…jusqu’à Marne La Vallée. Là, le calvaire commence.

Des dizaines de petits Tigrous, Winnie l’Ourson, déboulent accompagnés de parents épuisés. Les gamins surexcités peuvent enfin jouer avec les produits dérivés achetés dans les boutiques d’Eurodisney. Certains grimpent sur les sièges, narguant leurs voisins de derrières, tandis que d’autres font la course dans les allées.

A peine, 5 minutes après la fermeture des portes, les costumes-cravate poussent un énorme soupir collectif…la fin du trajet sera longue.

C’est à ce moment précis que je sors mes boules Quies, sous le regard envieux de mon plus proche voisin, et ferme les yeux pour m’endormir, un sourire au coin des lèvres.