Espoir de l'annee2Hier soir, c’était la troisième diffusion de l’émission de Karine Lemarchand sur M6, Espoir de l’Année, qui mettaient aux prises, après les bouchers et les coiffeurs, les pâtissiers. Je ne sais pas très bien à quel registre l’émission appartient (Masterchef ? télé réalité, télé crochet de boucher?) mais il se trouve que je trouve le concept non pas intéressant mais valorisant. Ne doit-on voir dans Espoir de l’année qu’un concours parmi tant d’autres ou la possibilité qu’un travail manuel soit un jour reconnu en France?

pas de crime, pas de sexe, une ou deux larmes

A l’origine, Espoir de l’année est une émission diffusée le mardi soir sur M6 à 20h50. Il s’agit d’un concours national pour des personnes entre 16 et 25 ans, regroupant des métiers manuels ou artisanaux, c’est-à-dire des bouchers, des coiffeurs et des pâtissiers. Les prochaines émissions devraient concerner les esthéticiennes et les fleuristes.
Après une sélection, les candidats sont jugés sur des épreuves techniques par deux sommités du monde concerné. Les cinq derniers candidats sont filmés puis impitoyablement éliminés jusqu’à ce qu’il n’en reste qu’un.
La mécanique du jeu est là, il n’y a rien à gagner sinon un trophée, plutôt moche soit dit en passant.

Concernant l’audimat, l’émission fait un flop avec 2,3 millions de téléspectateurs quand Les Experts Miami en font 8 sur Tf1. Sur France2, il y avait 4 millions devant le téléfilm Fracture (?!).
Il faut dire également que le programme de M6 n’est pas passionnant : pas de crime, pas de sexe, une ou deux larmes, pas de soleil, uniquement des gens qui travaillent. On peut alors comprendre qu’après une journée passée dans sa voiture, au bureau ou à l’usine, on n’ait pas forcément envie de regarder un coiffeur qui fait une couleur ou un boucher qui ficelle son rôti.

des emplois destinés à des élèves en échec scolaire

Boucher espoir de l'annéeAlors quel est l’intérêt de regarder cette émission alors qu’il y a Horacio Caine qui enlève ses lunettes à Miami sur TF1 en même temps ? Et bien, le seul intérêt dans ce programme est de voir des vraies gens qui aiment leur métier, un vrai métier, qui, horreur, est un métier manuel et qui ne demande pas BAC+5.
Dans Espoir de l’Année, les candidats n’ont rien à gagner sinon le plaisir de participer et celui de faire partager aux autres un métier qu’ils affectionnent et qui est souvent dévalorisé.
On le sait, en France, les emplois manuels sont souvent destinés aux élèves en échec scolaire, à ceux qui ne veulent pas faire d’études et ca ne choque personne. On considère aujourd’hui que tout le monde devrait avoir son Bac pour rentrer dans la vie active, un diplôme qui n’a aucune valeur professionnelle mais qui resterait indispensable pour accéder à la vie active. Une formation qui se révèle improductive, tant sur le plan personnel que personnel.

On vante en ce moment beaucoup (trop ?) l’Allemagne pour son industrie et sa capacité à exporter des produits manufacturés mais on n’oublie souvent ce que cela implique : des entreprises, des usines évidemment mais surtout des métiers à valeur ajoutée, des métiers, qui ne peuvent pas être délocalisés en Chine, parce qu’ils requièrent un savoir-faire, une technique et de la créativité. L’apprentissage, pour les métiers manuels, est en Allemagne valorisé et reconnu. Personne n’est dénigré parce qu’il est régleur de presse, expert en machines à commandes numériques ou soudeur, bien au contraire. En France, cela n’est jamais clairement exprimé mais la considération se donne plus facilement à un jeune de Terminal S qu’à un CAP de mécanique. Il me semble que nous avons oublié qu’il existait une complémentarité entre la personne qui conçoit et la personne qui fabrique, bien que les deux aient à apprendre l’une de l’autre.

Un plaisir un peu « Jean-Pierre Pernault »

Pour en revenir à Espoir de l’Année, je pense que l’émission n’a pas d’autre ambition que celle d’un concours de cuisine ou d’esthéticienne mais elle a au moins le mérite d’exposer positivement des jeunes qui n’ont « pas fait d’études » mais dont les valeurs demeurent travail, rigueur et créativité. Quant à moi, je ne prends aucun plaisir à les voir découper des carcasses ou faire des mille-feuilles mais énormément lorsqu’il s’agit d’aimer et de respecter leur métier. Un plaisir un peu « Jean-Pierre Pernault » certes mais qui me rappelle qu’une coupe de cheveu peut avoir plus de sens qu’une stock-option.

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  1. Ce soir, on est au vernissage d’une copine, donc pas de TV.
    Je n’ai toujours pas réussi à regarder 10 minutes de cette émission et comme The ManagUer est fan d’Horacio, c’est souvent difficile de zapper.

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Société

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