30 juillet 2010

# Girl Power : M.I.A. / UFFIE

M.I.A.-Maya Album-CoverL’une a 23 ans, l’autre à peine 33, l’une est américaine et vit à Paris alors que l’autre est anglaise d’origine sri-lankaise. Les deux secouent la sphère musicale en y insufflant un vent de fraicheur.
Je veux parler respectivement d’Anna-Catherine Hartley alias Uffie (du petit nom que lui donnait son père quand elle était petite) et de Mathangi « Maya » Arulpragasam alias M.I.A.

M.I.A. : Born Free

Attardons nous d’abord sur l’aînée qui sévit depuis 6 ans déjà avec deux albums particulièrement bien accueillis par la critique : Arular en 2005 et Kala en 2007. Mais c’est en 2009 que le talent de la jeune femme va exploser aux yeux du grand public grâce au titre « Paper Planes », pourtant issu de Kala mais choisi pour figurer dans la bande originale du multi-oscarisé film de Danny Boyle : Slumdog Millionaire.

Ce succès mérité, M.I.A. le doit a un son atypique, métissage musical aux confins du hip-hop, de l’électro, des musiques tribales, du funk. Chaque morceau est un condensé de son vécu et un engagement au niveau des textes. L’activisme de son père pour l’indépendance tamoul y est pour beaucoup, obligeant la famille à d’incessants déplacements entre l’Inde et le  Sri-Lanka  avant de se réfugier à Londres. Là, elle découvre l’art et se révèle d’une créativité hors norme dans tous les domaines artistiques qu’elle touche : stylisme, peinture et bien sûr la musique. Peu importe le support, Maya dépeint de manière tranchante les ambigüités du monde dans lequel on vit, sa violence : couleurs flashy, bombes sur les palmiers. Maya était devenu M.I.A. (Missing In Action).

mia pictureEn 2010 elle revient avec MAYA, annoncé comme plus sage et plus pop ; c’était mal connaître la belle qui, en guise de hors d’œuvre met en ligne le clip d’un de ses nouveaux morceaux : « Born Free », réalisé par Romain Gavras, illustration ultra violente d’un des principaux maux de notre société : le racisme. MAYA est sans doute l’album le plus homogène de M.I.A. mais qu’on ne s’y trompe pas, il n’est pas pour autant facile d’accès. M.I.A. reste imprévisible, le ragga est moins présent, cela au profit de l’électronique et des bidouillages en tout genre (percussions énormes, crépitements, sons stridents, bruit de perceuse). Le premier single de l’album « XXXO » est bien le plus pop de l’album mais ne le reflète pas pour autant. Il reste que la chanson est réussie et que sa rythmique devrait vous propulser sur le dancefloor. Ailleurs on retrouve des rouleaux compresseurs quasi militaires et souvent inquiétants : « Born Free », « Meds and Feds », « Steppin Up », une plongée électronique dans un verre de « Teqkilla », un reggae tecknoîde « It Takes A Muscle », des ballades fascinantes« It Iz What It Iz », « Space », une chanson à reprendre en chœur « Tell Me Why » et une synthèse du savoir-faire de M.I.A. sur le prodigieux « Story To Be Told ».

La musique de M.I.A. est sans concession, entière, jamais lisse et toujours évocatrice. Elle peut irriter parfois mais interpelle toujours… passionnant !

Uffie: Sex Dreams And Denim Jeans

uffie-sex-dreams-and-denim-jeans coverUffie a passé la majeure partie de son enfance à Hong Kong avant de débarquer à Paris à 2004 où elle rencontre DJ Feadz qui lui propose de poser sa voix sur certains de ses titres. Signé par Ed Banger dès 2006, elle se fait rapidement remarquer en mélangeant électro et phrasé hip hop à travers vocoders. Elle participe à différents projets du label de Pedro Winter : chant sur le premier album de Justice (« The Party »), featuring avec Mr Oizo qui est également son producteur

Uffie picture« Pop The Glock » sorti dès 2006 et qui ouvre son premier album : Sex Dreams And Denim Jeans est devenu en quatre ans un véritable classique. Suivront les single First Love / Brand New Car, deux chansons également présentes sur ce disque et Hot Chick / In Charge. Mais en 2009, alors que la sortie de l’album ne cesse d’être repousser, Uffie dévoile une nouvelle composition : MC’s Can Kiss plus nerveuse et que beaucoup considérait alors comme annonciatrice du son dancefloor que l’on trouverait sur Sex Dreams And Denim Jeans… Encore raté, derrière des paroles malicieuses et résumées dans le titre même de l’album, Uffie surprend sur sa capacité à décliner la formule musicale qui la caractérise et qui a fait ses preuves sur « Pop The Glock ». Ainsi hormis les titres indiqués ci-dessus, « Art It Uff » est magnifiquement empreinte de claviers vintage, « Add SUV » avec Pharell est un modèle d’hip hop électronique alors que la ballade electropop « Our Song » n’aurait pas dépareillée sur certains disques de Madonna (Music) ; « Illusion Of Love » est régressive à souhait là où « Neuneu » et ses cuivres et autres claviers est carrément jouissive, tout comme la remuante « Hong Kong Garden ». « Ricky » termine sur des nappes entremêlées un disque espiègle et plus subtile qu’il n’y paraît.

Une artiste confirmée, une artiste plus que prometteuse et deux disques à écouter sans modération cet été.

En écoute:

M.I.A – BORN FREE VIDEO OFFICIAL (real and explicit version)

Uffie:  ADD SUV (Feat Pharell Williams)