Vous n’avez probablement jamais entendu parler de lui et cependant il s’agit du photographe le plus cher au monde. Parmi les 10 photos les mieux vendues aux enchères, trois ont été prises par Andreas Gursky. Quel genre de photos, pourtant reproductibles à l’infini, peuvent coûter 3 voire 4 millions d’euros ? Certaines choses sont là, magnifiques, devant nous, figées mais seuls quelques artistes savent nous les montrer. Gursky en fait partie.

Constructions inhumaines

Andreas Gursky a 58 ans et il est Allemand.
Ses photos sont mondialement connues, particulièrement 99 Cent II et Rhein II, puisqu’elles se sont vendues à 3,3 et 4,2 millions de dollars.

Gursky 99cent_pop99 cent II est un mur, un très grand format, une image longue de 3,37m pour 2,07m de haut qui montre des rayons de supermarchés, vides mais remplis de produits colorés et identiques.

Gursky Rhein II
Quant à Rhein II,  c’est une photo de 1999 de 190cmx360cm montée dans un cadre de 210x380cm qui représente le Rhin, entre deux champs verts et sous un ciel gris.
Ces grands formats sont techniquement parfaits. Prises en plusieurs fois, préparées à l’avance, ces photographies font l’objet d’un imposant travail en studio. Les prises de vue sont différentes, elles sont ensuite reconstituées et rassemblées en post-production.

Produit de l’école allemande

EssenPour comprendre l’œuvre d’Andreas Gursky, il faut revenir à la fin de la Seconde Guerre Mondiale.
Un courant artistique photographique né à Düsseldorf, basé sur la personne humaine et la reconstruction. Il s’appuie sur l’idée qu’une nature humaine universelle existe et immortalise naturellement des travailleurs manuels et des constructions architecturales, agricoles ou industrielles.
Henri Cartier Bresson ou Robert Doisneau prennent part au mouvement, qui devient international.
Ces photos universalistes et en noir et blanc, sont progressivement détournées à des fins de propagande politique, ce qui dénature le courant.
Deux écoles naissent de cette cassure.
DusseldorfL’école d’Essen prône « la photographie d’auteur », une interprétation imagée et personnelle, voire abstraite de la réalité.
A l’inverse, l’école de Dusseldorf adopte une vision documentaire de la photographie et milite pour une complète objectivité.
La photographie allemande se veut minutieuse, préparée et protocolaire et il n’est pas surprenant de  retrouver alors des photos d’architecture, d’usine, en noir blanc, cadrées serré et à la lumière impeccablement identique.
Dans tous les cas, ces deux écoles s’opposent à la photographie française où « l’instant décisif », la spontanéité sont mis en valeur.

Parfait, fascinant, froid

Gurski est directement inspiré de l’école de Dusseldorf.
Même s’il photographie la réalité de manière frontale, il s’en éloigne en immortalisant des foules et en les rendant immobiles.
Ses photos sont des compositions gigantesques qui provoquent la fascination. Le point de vue est froid, objectif, inhumain.
L’Homme est miniaturisé face à ses propres créations, qui en deviennent inhumaines.

Chicago, Board of Trade II 1999 by Andreas Gursky born 1955

Gursky f1_boxenstoppLes photos sont retouchées sur ordinateur. Elles sont reconstituées. Gursky ne s’en cache pas. Il revendique créer des compositions qui pourraient exister. Il saisit des réalités que l’œil ne saurait voir, des images mentales et des concepts qui touchent pourtant la Réalité.

Gursky

Parce que l’image semble réelle, qu’elle nous parle, qu’elle est froide et parfaite et qu’elle nous touche, sa photo a du sens.
Andreas Gurski est selon moi un véritable artiste et je ne sais pas si ses photos valent des millions d’euro. Elles s’inscrivent en tout cas, dans l’ère du temps, dans la globalisation de l’art, sa dure réalité et la multiplication des techniques, des supports.
Gurski c’est froid, c’est beau, c’est fascinant… et c’est cher.

Gursky Bahrein