Aujourd’hui, début d’une nouvelle chronique consacrée au heavy metal:

L’approche qui sera faite ici du metal ne sera pas simplement une description statique de la musique. Certes je présenterai un historique du genre, mais je m’intéresserai plus à lever le voile sur le mot générique « heavy metal » et à donner mon point de vue sur ce genre, en faisant une tentative d’analyse sociologique.

Depuis longtemps fan de metal, ancien membre d’un groupe de metal je tenais à m’exprimer sur ce sujet qui suscite curiosité et crainte, tant les préjugés et le mystère sont présents dans l’univers du metal. Tentative de démystification d’un genre.

De 1960 à nos jours : Historique du Heavy Metal

Le Heavy Metal, plus connu sous le nom de hard rock (terme qui n’existe d’ailleurs qu’en France) est apparu dans la deuxième partie des années 60.

A cette époque les guitares et  les amplis deviennent plus puissants, la saturation s’accentue ouvrant la porte à de nouveaux sons. A cela s’ajoute une certaine volonté de dépoussiérer le rock, devenu trop conventionnel pour certains. Les musiciens deviennent plus aventureux et vont mélanger des styles différents, notamment le rock n’ roll et le blues pour les bases du heavy metal.

On trouvera principalement deux courants fondateurs du heavy metal prenant chacun racine de part et d’autre de l’atlantique.

D’un côté l’Angleterre, de l’autre les Etats-Unis.

En Angleterre, les bases sont posées par des groupes comme les KINKS, les WHO et les YARDBIRDS, même si certains experts identifient les prémices du heavy metal dans certains morceaux des Beatles (dans Helter Skelter notamment, ou « chaos total » en français).

Les Yardbirds sont les premiers à faire le pont entre le blues et le rock. On trouvera successivement dans cette formation des guitaristes de légende comme  Eric Clapton, Jimmy Page ou Jeff Beck.

Jimmy Page sera l’instigateur du premier vrai groupe de heavy metal, LED ZEPPELIN en 1968, groupe reprenant le mélange rock et blues, introduisant par ailleurs des sonorités folkloriques sur fond ésotérique.

On retrouve Eric Clapton dans le trio CREAM, dans un rock plus dur encore. D’autres bulldozers du heavy metal apparaissent en 70, comme DEEP PURPLE et BLACK SABBATH. Tous deux ont des styles différents mais contribuent très largement à édicter les lois du heavy metal.

DEEP PURPLE joue sur l’antagonisme de la puissance des guitares rock et du classicisme du clavier. Simple mais efficace, on retrouve cet antagonisme de nos jours (puissance de la guitare et des percussions et chants mélodiques).

BLACK SABBATH est résolument un père fondateur de l’esthétique heavy metal, notamment  grâce à (ou à cause de) l’imagerie rituelle et des textes sataniques.

Outre atlantique, la diversité règne. Jimmy Hendrix, s’il n’est pas assimilé heavy metal, reste une référence dans son approche avant-gardiste et expérimentale de la guitare. Il reste l’idole absolue de tous les « guitar heroes » et son empreinte se retrouve dans tous les solos de « metalleux ».

Dans les grandes formations significatives américaines, on retrouve les MC5 et les STOOGES de Iggy Pop, ainsi que les GRAND FUNK RAILROAD.

On trouve chez MC5 la volonté de remettre en question un système établi, ceux-ci allant même jusqu’à se lier à un parti politique (White Panther, en réaction au mouvement hippy).

Chez les STOOGES (ou « crétins ») on bâtit ou consolide la devise « sex, drug and rock n’ roll », avec des textes inspirés par le sexe, l’absurde. Iggy Pop est fortement inspiré par Jim Morrison des DOORS, notamment dans ses prestations scéniques.

Le heavy metal devient populaire par la nouveauté introduite par ce son lourd, les revendications des groupes dans une période politiquement et socialement riche.

Il y a aussi le charisme des binômes chanteur/guitariste, musiciens aux personnalités fortes, pouvant exercer un pouvoir de fascination fort sur le public : robert Plant et Jimmy page chez LED ZEPPELIN, Ozzy Osbourne/Tony Iommi chez BLACK SABBATH…

Les textes sont au début plutôt réfléchis dans la branche britannique du mouvement, mais du côté américain et avec les années 70, les inspirations seront plus superficielles : vie des groupes, fêtes, excès, alcool, sexe et drogue…

Alors que la seconde partie des années 60 vit naître les fondations musicales du metal, les années 70 contribuèrent à la construction de l’univers visuel du heavy metal.

On trouve d’abord JUDAS PRIEST, avec un look bikers fait de cuir et de métal qui renforce le coté « bad boys » de la musique.

C’est ensuite les KISS qui imprégnèrent de leur style vestimentaire les esprits.             Impressionnés comme de nombreux fans par les NEW YORK DOLLS (des ROLLING STONES en plus débridés et décadents), les KISS décident de frapper un grand coup et de se maquiller, de se déguiser entièrement, dans un style de super héros « dark ». Le succès est énorme ainsi que leur nombre de fans (appelés la Kiss Army). On trouve encore aujourd’hui des produits de merchandising à leur effigie.

Les groupes se succèdent jusqu’au début des années 80, voyant apparaître pêle-mêle des groupes cultes comme QUEEN, VAN HALEN et surtout IRON MAIDEN.

IRON MAIDEN, formé en 1979, joue un heavy metal dur et lyrique, avec un concept visuel fort. Les emprunts théâtraux sont nombreux. Le groupe a même une mascotte qu’il utilise de façon récurrente sur les pochettes d’albums et sur les supports visuels.

Il est à noter que la suprématie anglo saxone est totale. Seule exception dans ce tableau, le groupe allemand SCORPIONS, fondé en 1971. Culminant dans les années 80 avec deux ballades reprises sur les ondes du monde entier, le reste de la discographie est assez confidentiel.

Seul groupe notable en France, TRUST, groupe engagé politiquement, mais sans impact dans le monde.

Les années 80 modifie sensiblement le son initial de heavy metal et lui donne sa couleur actuelle.

En Angleterre, c’est d’abord VENOM qui assène un coup de masse en proposant un metal violent et brutal, à tendance satanique. Ce sont les premiers pas vers le trash metal, encore appelé speed metal à cette époque (le speed metal regroupant tous les genres brutaux et très rapides, avant l’éclatement en genre qui existe actuellement).

Dans ce domaine, c’est une bande de jeunes californiens qui va devenir LE maître absolu du heavy metal : METALLICA.

Après deux premiers albums très remarqués (« Kill’em Al l », « Ride the Lightning »), la légende se forge avec « Master of Puppets » et le « Black Album ».

Le groupe est un des plus gros vendeurs de disques de l’histoire, se permettant des fantaisies interdites aux autres groupes de heavy metal : jouer sur la place Rouge à Moscou, ou enregistrer un album live avec un orchestre symphonique.

Autre groupe phare de la fin des années 80 et début 90, GUNS AND ROSES devient rapidement l’image même du groupe de heavy metal. L’inspiration AEROSMITH est largement  palpable, et surtout le duo chanteur/guitariste Axl Rose/Slash est charismatique. Leurs chansons sont encore cultes aujourd’hui et connues en dehors du cercle relativement fermé des amateurs de heavy.

Depuis les années 90, il est difficile de dresser un historique linéaire. On assiste à une hybridation du genre qui impose de décomposer le heavy en sous-classes

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