Ceci n’est pas une note d’actualité. D’ailleurs elle arrive volontairement après le battage médiatique des derniers jours pour que l’on ne me soupçonne pas de racoler des visiteurs sur Google (ce que je fais par ailleurs, mais j’espère de manière plus discrète :) ).
Je ne débattrai pas ici de la culpabilité présumée ou de l’innocence de Jérôme K., ni même des diverses théories de complots de la SocGen ou encore moins de la possibilité que tout ceci ne soit en fait qu’un « trick » de notre Président pour détourner l’attention de la presse et pouvoir se marier tranquilement.

En dehors de la récupération faite par Internet du sujet d’actualité (voir la note de Raphaël sur le sujet et la traque numérique de ed-production), je pense qu’il y a une vraie sympathie générale et une fascination pour le personnage de Jérôme (appelons le simplement par son prénom, c’est plus affectueux et amical). Je pense qu’il porte en lui une véritable symbolique et que le phénomène d’identification est très fort.

En effet, Jérôme pourrait très bien être mon pote ou le votre. Nous pourrions très bien avoir fait les mêmes études. Nous aurions pu durant notre scolarité partager nos rêves de carrière, les « je vais monter ma boîte et me faire plein de tune » ou  les « je me vois bien top manager dans un grand groupe ». Le genre de phrases que tous les étudiants avec les dents un peu plus longues que la moyenne formulent un jour ou l’autre*.
Mais nous savons  tous que le chemin de la réussite est parsemé d’embûches et surtout plus long qu’on ne le pensait. Jérôme, l’a compris très vite et a commencé naturellement au bas de l’échelle. Il lui fallut attendre quelques années à faire du « back office » avant d’atteindre la position tant convoitée de « trader ». Donner enfin corps à son rêve, toucher du doigt la réussite.
Cette réussite qu’il savourait enfin dans ces moments où accoudé au bar, il répondait d’un air faussement détaché à ces femmes qui lui adressaient enfin la parole : « Moi ? Je suis trader pour la SG. […] Oui, c’est vrai que je gagne bien ma vie, mais d’un autre côté ce n’est rien par rapport à ce que je fais gagner à ma boîte… »
Jérôme savait pourtant qu’il n’était qu’un cadre anonyme de son entreprise, et que dans l’armée des traders, il ne faisait pas partie de l’élite : il n’était qu’un soldat en première ligne. Pire, il savait que vraisemblablement il ne progresserait jamais d’avantage à la vue des rapports de ses supérieurs.

« Moyen », « Sans envergure »

Alors, quand il dépassait les plafonds sur les sommes engagées, Jérôme savait pertinemment qu’il faisait une connerie. A plusieurs reprises, on l’a même vraisemblablement mis en garde, officieusement sermonné, mais sans plus car les résultats étaient là. Peut-être même qu’un jour on l’a félicité en « off », à demi mot. Jérôme, pourtant conscient des risques, devait penser que c’était le seul moyen de pouvoir jouer un jour dans la cour des grands.

Mais un jour, c’est le drame … Et Jérôme, cible toute désignée s’est retrouvé bien seul tout à coup, face à une Direction plus qu’hostile et une armée de journalistes qui a vu en lui une belle source de revenus…

Bien sûr, le paragraphe précédent ne repose sur aucun fait avéré, aucune vérité. Tout ceci n’est que fiction.
Pourtant, l’histoire de Jérôme Kerviel nous ramène à nous poser la question de la place de l’Individu dans l’entreprise :
-    les frustrations que l’on peut avoir dans son travail et la façon dont chacun réagit : démotivation, « workaholisme », déprime ou ici transgression des règles & procédures…
-    la quête de la reconnaissance de sa hiérarchie ou de sa société et la façon dont celle-ci est témoignée par l’entreprise : rémunération, management (un simple « bravo » ou « merci » font parfois beaucoup d’effet)
-    le droit à l’erreur

-    et de plus en plus le sentiment de n’être qu’un matricule parmi d’autres dans sa société (phénomène sur lequel se penche nombre d’entreprises pour en faire un lieu de vie
agréable et humanisé).

Je pense qu’inconsciemment, et toute proportion gardée, beaucoup reconnaissent qu’ils ne sont pas à l’abri de commettre une erreur professionnelle, et au-delà de cela comprennent les raisons qui peuvent amener à ce genre d’erreur. Enfin, il y a cette crainte sous-jacente que l’individu est impuissant face au Système qu’est l’entreprise. Alors le cas Kerviel est une sorte d’ironie : oui un homme seul peut terrasser le « monstre ».


* si tu t’apprêtes à laisser un commentaire parce que cette dernière phrase te révolte, je te prie de le faire avec une minimum de politesse (et avec une syntaxe correcte bien entendu).