30 octobre 2006

# La carte en canson blanc

Je vous propose aujourd’hui une prose inspirée des savoureuses minutes célibataires de Valérie Nimal. Pour celles et ceux qui ne connaissent pas, il s’agit de textes « érotiques » courts. Elles sont lues une fois par semaine sur une émission de Radio. Je vous invite à les lire.


Comme tous les soirs en rentrant du travail, j’ouvre ma boîte aux lettres. Quelques factures et des publicités.
Chez moi, je pose mon courrier sur le petit meuble près de l’entrée, puis me dirige vers le dressing, où je troque mon chemisier, ma jupe stricte et mes escarpins, contre une tenue d’intérieur plus confortable.
Dans le salon, je m’affale sur le canapé et allonge mes jambes sur la table basse. Un morceau de Canson qui dépasse de la pile de courrier attire alors mon attention. Le tirant précautionneusement, je lis sur le papier cotonneux une écriture masculine : « J’aime vos allers et venues. J’aime vous voir vivre, j’aime votre quotidien tranquille. J’aime encore plus ces moments où vous croyant seule vous offrez votre corps à ma vue ».
Mes joues s’enflamment et mon cœur s’emballe. On m’observe. J’éteins toutes les lumières de mon appartement. Prudemment, je m’avance près de la baie vitrée pour tenter de localiser celui qui m’épie. Il n’y a que le salon qui offre un vis-à-vis et trois logements partagent avec moi une vue sur la cour intérieure. J’élimine d’emblée l’appartement de l’immeuble d’en face situé à l’étage inférieur. Impossible de me voir. A mon niveau, une famille s’active à la préparation du repas. Au niveau supérieur, je trouve des rideaux entrouverts sur un appartement plongé dans le noir. Si aucun mouvement ne trahit la présence d’un occupant, j’ai le sentiment que l’on me regarde.
Je froisse la carte, et d’un geste nerveux tire les rideaux.
Petit à petit, mon cœur reprend son rythme normal, et je redonne cours à ma soirée. Du moins, je tente. L’image d’un homme tapi dans le noir, guettant le moindre de mes passages près d’une fenêtre, s’immisce dans chacune de mes pensées.
L’idée m’a poursuivit toute la journée du lendemain, et le surlendemain encore. Ces deux soirs là, c’est avec une certaine appréhension que j’ai ouvert ma boîte aux lettres. Sans que celle-ci ne révèle autre surprise que des prospectus.
Le troisième jour, la boîte aux lettres vide suscita en moi de la frustration. J’avais apprivoisé l’idée d’être observée. Dans mon esprit, mon voisin voyeur s’était mué en admirateur secret, en veilleur bien intentionné, sans que cette pensée ne me laisse indifférente.
Ce soir là, j’ai éteint toutes les lumières, sauf la petite lampe près du canapé. Dans mon salon, lentement, je me suis dévêtue.
Le lendemain, dans mon courrier, sur un morceau de Canson blanc, j’ai lu :  » …

Quels sont ces mots qui cloturent l’histoire? A vous de me les proposer…


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