Businessman

Il paraît qu’un phénomène de démission massif apparaît au sein de la caste « jeunes cadres dynamiques» dans les grandes entreprises françaises. Le turn-over serait de plus en plus important, probablement parce qu’ils ne sont pas satisfaits. Par quoi d’ailleurs ? Comment expliquer que ces jeunes, trentenaires, pour la plupart bien rémunérés, bien éduqués et bien portants, désertent les open space de nos entreprises préférées ?

Le cadre est une espèce rare, pas en voie de disparition mais rare. Même si vous êtes ingénieur en histoire de l’art, vous devez réaliser que vous faites partie d’une minorité ayant eu accès à l’enseignement supérieur, sur l’ensemble de votre génération. Vous êtes donc un oiseau rare, « l’Elite ! » comme vous serinaient certains professeurs en école, convaincus que vous deviendrez tous super riches, des chefs pleins de super pouvoirs, des carrières vertigineusement super ascendantes, tout ca grâce à un diplôme (un bout de papier, une ligne sur un CV) qu’on vous donnerait à la fin de vos études.

D’un côté, vous vous étiez imaginés pleins de responsabilités, avec un bon salaire, dans un beau bureau. Finalement, vous êtes dix comme vous, dans le même open-space avec vos objectifs annuels et vos 60 heures hebdomadaires. Vous faites votre job et l’entreprise n’est pas reconnaissante. C’est normal car elle vous a embauché pour ca. Vous vous considérez exploités, vous n’avez pas de temps pour appeler votre assurance, pour aller chez le médecin et le jour où vous partez à 17h30 ? Vous « prenez votre après-midi ».

Vous aspiriez à autre chose…??

De l’autre côté, votre entreprise arrive à la croisée entre « exploitation (épuisement ?) du capital humain », « satisfaction de l’actionnaire » et « croissance maîtrisée ». La crise ? L´effondrement du marché du crédit, une croissance molle, une population occidentale épuisée par les crédits revolving et autre prêt personnel ? Allons, soyons résonnables, les maux sont ailleurs ! Plus personne n’est là pour fournir des biens et des services mais pour améliorer un ratio, un chiffre, un pourcentage qui sera reporté en Comité d’Administration, en Budget, en tout cas dans une réunion de gens importants… Vous n’êtes qu’un +1 dans la case « Effectif ». L’entreprise devient folle.

Vous vous croyiez forts, capables de faire des heures et des heures pour votre job ou votre chef, pour construire une carrière, quitte à faire des sacrifices sur votre vie personnelle et sociale. Vous touchez un bon salaire, vous apprenez beaucoup, vous faites votre expérience mais au final, vous n’avez toujours pas posté cette maudite lettre dans votre sac, vous avez loupé quatre fois ce film au ciné et votre taux horaire vous déprime.

Vous appartenez à une génération qui aspire au bien-être, aux voyages, aux expériences, aux RTT, aux découvertes, aux balades et aux vacances. Vous êtes payés pour travailler mais il vous faut plus que ça. Il vous faut de la reconnaissance. Vous êtes une génération sans repère, infidèle à votre entreprise car elle vous sera infidèle, une génération soumise au stress, accro aux Blackberry, des consommateurs avertis et insatiables.

L’entreprise ne s’adapte pas et elle ne le fera pas.

Si ca continue, vous irez voir ailleurs, c’est sûr ! Mais probablement dans une boîte qui fera la même chose.

Nous ne sommes plus à un paradoxe près…

Join the conversation! 3 Comments

  1. Et a 28 ans (pour certains), vous etes deja Responsable d’Equipe / Chef de Projet / Leader …, vous gagnez 50k€ sans compter les avantages bonus-voitures-telephone-pc portable de fonction, vous arrivez et repartez a l’heure que vous voulez, vous changez de poste tous les 2-3 ans avec + de 10% d’augmentation… mais ca ne vous suffit pas car vous voulez toujours de la reconnaissance.

    Et eventuellement (pour certains encore), vous allez tomber dans une boite ou il y aura une petite stagiaire / apprentie / VIE qui se donne a fond pour son boulot et qui du fond de son bureau placard se demene pour vous la donner, cette reconnaissance…

    Faut pas se leurrer. Je suis d’accord sur le fond de l’article mais… qui aujourdhui, dans les jeunes cadres, est pret a sacrifier sa carriere pour preserver sa vie perso? Qui est pret a 26 ans (et sans contraintes familiales) a dire « je suis pas ambitieux, ca me derange pas de ne jamais toucher 50k€ dans ma vie, ce qui compte c’est la famille »…
    La societe est ce qu’elle est. Soit on joue les requins pour toucher sa part du gateau jusqu’a ce qu’on tombe la ou l’on se sente bien. Soit on recupere quelques miettes, on se fout totalement du regard de la societe, plafonner a 40k€ nous est egal, par contre on a une vie sociale et familiale debordante.
    Je pense que l’equilibre se resume ainsi:
    - 25 -35 ans: carriere > famille
    - 35 – 45 ans: famille > carriere
    - 45 – 65 ans: famille = carriere

    Une autre alternative: monter sa propre boite. La reconnaissance viendra de soi meme… et c’est deja pas mal.

  2. @Mathea -
    Difficile de généraliser et de commenter des choix de vie. Je pense aussi que notre génération ne perçoit pas les choses de la même façon que celle de nos parents.

  3. Le but n’est pas de sacrifier sa vie pour son taf ou inversement, ni de renoncer entre vie personelle et promotion professionnelle.
    La question qui se pose aujourd’hui est entre les deux. Dans des métiers de cadres, qui sont aujourd’hui générateurs de stress, à quel moment le choix de vie doit-il s’opérer et est-il légitime de se poser cette question?

    Les modèles de vie sont à créer…
    Quel sera le vôtre?

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Société

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