Echouer, perdre, se planter, rater, foirer. Pour tous ceux qui se sont déjà lancé dans un projet, une entreprise,  l’échec est une étape obligatoire. Si aux US, ce n’est qu’une parmi tant d’autres, en France, c’est souvent la dernière. Pourquoi la culture est-elle si différente entre chez eux et chez nous ? Y a-t-il un moyen de changer les choses ?

Une vérité ignorée

steve jobsVoilà un sujet qui me tient à cœur depuis des années et je n’ai jamais compris pourquoi la France était si différente. Et puis il y a quelques semaines, on reparlait de Steve Jobs, ce brillant visionnaire, de ses succès, de sa personnalité hors norme. En 1984, alors qu’il n’a que 28 ans, il est interviewé par la télévision française.

« Il semble qu’en Europe la recherche soit d’un bon niveau. Mais les faiblesses viennent des applications concrètes, une étape qui est en elle-même une source d’innovation. Cela, je pense, vient d’un manque de sociétés prêtes à risquer pour entreprendre. Ce que nous appelons le « développement », c’est rarement les entreprises qui le font, c’est plus les petites ou les moyennes entreprises.
Alors, ce qu’il faut, c’est beaucoup de petites entreprises avec des étudiants doués, des capitaux à risque, plus efficaces entre les mains du secteur privé, et aussi des champions que l’on prenne pour modèles en disant : « L’innovation, c’est ça ! ».
« Mais il y quelque chose de plus subtil, c’est le facteur culturel. En Europe, l’échec, c’est très grave. Si, en sortant de l’université, vous loupez votre coup, cela vous suit toute votre vie. Alors qu’en Amérique, à Silicon Valley, on passe son temps à échouer ! Quand on se casse la figure, on se relève et on recommence. »

Ah ouais, ca fait déjà 30 ans qu’on le sait et rien n’a changé en fait… Quelle claque !

strategie echec
En 2001, dans « La stratégie de l’échec », génial film de et avec Dominique Farrugia, celui-ci donnait toutes les clés dans une vidéo d’1h pour échouer, proclamant que « l’échec est une philosophie ». Il avait raison.

Valoriser les erreurs et les comprendre

En France, les échecs ne sont pas valorisés. Seuls les incompétents, les fainéants, les imbéciles échouent par manque de préparation ou de chance.
Encourager l’échec, c’est donc valoriser la médicorité, le manque de travail, ce qui inadmissible.

Mais en France, on confond souvent l’erreur et l’échec, ignorant que des erreurs maîtrisées et corrigées ne mènent pas forcément à l’échec mais à la réussite.
Ce qui manque généralement, c’est l’analyse de ses erreurs, prendre le temps de la compréhension, de la correction et d’éviter de les refaire.
Tous ceux qui ont déjà essayé de créer une entreprise, ou plus simplement de dessiner, d’écrire, d’imaginer des choses nouvelles, savent que le processus créatif est basé sur l’itération. Iterare en latin signifie cheminer.
Itérer, c’est donc faire un pas, essayer, reculer si on s’est trompé, trouver son chemin, pas à pas. Personne n’est capable de faire bon du premier coup. Plus on s’attaque à des choses complexes, plus les erreurs sont nombreuses. Si vous ne vous êtes pas trompé, c’est ça qui est suspect.
Il faut ne faut donc pas confondre l’échec, qui est le résultat d’erreurs non maitrisées.

« Ou tu sors ou je te sors ! »

recommencerJ’ai l’impression qu’en France, c’est moins les gens qui sanctionnent l’échec, que la société toute entière. Rien n’est prévu pour une deuxième chance.
Innover, monter un projet, une société, saisir sa chance, nécessitent souvent de se mettre en marge d’une organisation, d’un travail salarié. Du coup, avec un marché de l’emploi morose et des organismes d’Etat rigides (Pole emploi, Assurance Maladie), rien ne vous incite dans un premier temps à sortir du système et tout vous empêchera d’y revenir. Tous ceux qui ont un jour changé de pays, de régime professionnel ont compris quelle galère cela pouvait être.
Pour les entrepreneurs qui recherchent un emploi salarié, leur profil effraie les boîtes, qui leur collent automatiquement l’étiquette de loup solitaire, qui repartira forcément à l’aventure dès qu’il le pourra.
Sur tous ces aspects, je n’ai aucune idée de comment faire évoluer les mentalités.

Atychiphobie

Il faudra du temps à mon avis pour que la France soigne son atychiphobie, sa peur de l’échec. 30 ans se sont déjà écoulés depuis le discours de Steve Jobs et rien n’a changé.
Accepter, comprendre et corriger ses erreurs n’est pas l’éloge de la médiocrité ni la valorisation de la nullité, c’est tout le contraire. C’est un signe d’intelligence, une faculté à assimiler qu’en répétant 10 fois la même chose, on ne peut pas obtenir des résultats différents.

D’ailleurs, que faites-vous pour encourager les gens à essayer?
Comment réagissez-vous lorsqu’on vous parle d’une nouvelle idée, d’un projet?
Si vous changez d’état d’esprit, vous avez des chances de changer les autres 🙂

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  1. Tout à fait d’accord avec toi à la différence qu’il me semble que le problème est bien plus global et commence dès l’enfance. Le système éducatif français ne me semble pas non plus aller dans le bon sens contrairement au système américain. Il me semble que pour les américains, il faut participer, essayer, encourager. Ils ont la foi. Souvent, je trouve ça trop confit de bons sentiments, mais il faut bien avouer que cela en amène quand même plus à faire des miracles. A force d’essayer, c’est rare de ne pas réussir à faire quelque chose de correct 😉
    En France on est vite catalogué, et effectivement quelque soit le niveau ce n’est pas évident d’avoir une seconde chance, on traine ses casseroles longtemps alors que ça semble si facile aux US.

  2. Ohh comme je me reconnais dans cet article ! Bravo je ne l’aurais pas mieux dit 😉

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Société

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