13 janvier 2014

# Le cinéma a un problème

Régulièrement on nous dit que le cinéma est en crise. On ne sait plus trop si la fréquentation est en baisse ou en hausse, si les films sont bons ou pas, si le téléchargement tue ou si le secteur possède un mal plus profond. Pourtant, on sait déjà depuis quelques semaines, que seuls 10% des films français sont rentables. Et il y a fort à parier que vous n’en ayez vu que quelques-uns à peine….

Les arbres, la forêt…

Voici la liste des films rentables en 2013, je vous la mets, il y en a 17.
La Vie d’Adèle, Les Profs, 9 mois ferme, Les Garçons et Guillaume, à table !, Amitiés sincères, Paulette, Paris à tout prix, Les Beaux Jours, Mon âme par toi guérie, Jeune et Jolie, L’Apprenti Père Noël et le flocon magique, Only God Forgives, L’Inconnu du lac, La Cage dorée, Sous le figuier, Syngué Sabour, Les Gamins.

En clair, ce sont les 17 films qui ont rapporté plus d’argent qu’ils n’en ont coûté. Sur 169.
Personnellement, dans la liste j’ai dû entendre parler de huit films et j’en ai vu trois dont deux en DVD.

5877€ la place

albert-camus-le-premier-homme-romanApparemment, 2013 n’est pas une exception. C’est un mode de fonctionnement normal puisqu’en 2012, 14% seulement étaient rentables.
Parmi les œuvres les moins rentables, on trouve les films suivants, des petites productions :
Harissa Mon amour, Le Voile brule, Ab Irato, sous l’empire de la colère, Désordres.
Leur coût total de ces 5 films a été de 2,78 millions pour… 473 spectateurs, sur l’année!
Pour être rentable, ces spectateurs auraient dû payer leur place 5877€ en moyenne.
Le plus gros naufrage a été Le Premier Homme, qui a coûté 10,3 millions d’euros pour 36 000 spectateurs (rentabilité de 0,02 : 98€ perdus pour 100€ investis).
Au total, c’est près de 400 millions d’euro qui ont été « perdus » (ou plutôt qui sont passés d’une poche à une autre).

On s’occupe de tout

Assises cinemaPour remédier à ce problème, « Les assises pour la diversité du cinéma » ont eu lieu le 8 janvier 2014.

Je vous laisse consulter les documents sur la page du CNC. Après cette lecture, vous pourrez peut-être visionner les 4h30 de table ronde qui ont eu lieu l’année dernière sur le même sujet.

Je n’ai pas lu entièrement les 188 pages du rapport mais j’ai comme le sentiment que, basée sur une expertise pointue voire technocratique, il risque de rester sur un coin de bureau, sans effet, comme les 10 rapports précédents.
Et même si l’ensemble de la filière était profondément impliqué dans cette problématique et que des solutions concrètes et efficaces étaient proposées, il me semble que leurs applications prendraient tellement de temps qu’elles seraient déjà obsolètes…

Pas perdu pour tout le monde

Evidemment, je n’ai pas de solution toute faite pour sauver le cinéma ? D’ailleurs, est-il en train de mourir ? Le cinéma étant un art et une industrie, on peut peut-être légitimement penser qu’elle ne doit pas obligatoirement être rentable, même s’il s’agit de l’argent public.
Cet argent n’est pas « perdu », il alimente de nombreuses corporations (au sens propre) différentes, des artistes, des techniciens, des décorateurs, etc…
On peut également penser qu’il s’agit d’un service public, d’une exception culturelle, d’un rayonnement international, d’un volontarisme politique. On peut.

Volcan dany boon

Mais malgré tout, on peut également s’interroger sur ce ratio de rentabilité 10-90, qui prouve que vous êtes quasiment certain de perdre de l’argent en investissant dans le cinéma mais que les sociétés de production continuent de le faire. On peut être dubitatif sur les cachets des stars françaises, sensées garantir le succès (et donc la rentabilité) d’un film. On peut douter de l’amour qu’elles portent au cinéma, de leur passion pour les belles histoires et le 7ème art en général.

Le cinéma français a un problème, c’est certain.
En attendant, s’il compte sur moi pour débourser 11€ pour financer des projets aussi innovants que Angélique ou La Belle et la Bête, qu’il meure !

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  1. Puisque qu’on parle d’art et d’industrie , je serais curieux de connaitre le ratio de films, séries, et musique que tu as téléchargé illégalement en 2013…

    Ben 😉

  2. @ Benjamin: Effectivement, j’ai un ratio qui n’est pas très bon mais comme j’ai Canal+, je sponsorise aussi le cinéma.

    Le téléchargement est un faux problème. La fréquentation des cinémas n’est pas mauvaise. Le problème c’est pourquoi des films qui font plus de 2 millions d’entrées comme Boule et Bill ou qui dépassent le million comme Jappeloup, 20 ans d’écart ou Möbius ont des rentabilités de 0,4…?

  3. Effectivement ce n’est pas le problème Anthony, juste un petit poke en réponse à l’ironie avec laquelle tu évoques l’exception culturelle. Mais y-a-t-il véritablement un problème? Pour un économiste ou un actionnaire probablement. Pour un amateur de cinéma (quel qu’il soit) je ne pense pas…

  4. Excellent sujet. Je ne connaissais pas ce gros problème de rentabilité pour la majorité des films. Est-ce à dire que les producteurs s’apparente souvent d’avantage à des mécènes? j’ai peine à croire que cela ne leur fasse que perdre de l’argent. Là ou tu m’inquiètes c’est lorsque tu parles d’argent public? Est-ce que des fonds publics servent vraiment à faire vivre l’industrie du cinéma français?
    (Je ne parle pas de quelques courts-métrage d’artistes débutant éventuellement subventionnés)
    Pour ma part je considère que le problème majeur du cinéma, ce sont d’abords les tarifs des salles modernes aux écrans trop grand qui font mal aux yeux, au 3D très inconfortable aux porteurs de lunette et qui fait mal à la tête, au son trop fort qui fait mal aux oreilles, tous cela à des prix indécents pour supporter tant d’inconfort.
    Rendez-moi mes petites salles intimes à 5€ la séance et je consulterais à nouveau les programmes ciné et je n’aurais pas peur d’être déçue. Aujourd’hui cela coute si cher qu’on préfère ne pas y aller plutôt que de devoir payer pour qqchose qui risque de ne pas nous plaire.

  5. @ Cleanette: C’est effectivement ce que j’affirme. Que les subventions publics financent 90% du cinéma français.
    Que les acteurs, les distributeurs, les cinémas gagnent beaucoup d’argent sur des projets non rentables. Que chacun se sert grassement sachant que les subventions publiques sont inépuisables…

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Société

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