Ce n’est une nouvelle pour personne, Avatar cartonne en France. Tout le monde s’accorde à louer les qualités graphiques et la révolution de la 3D qu’apporte le film de James Cameron. Certains cependant regrettent la légèreté du scénario, son manque de profondeur, de surprise. Selon moi, il en est tout autre car ce scénario fait appel à une trame très intéressante, la fable du Messie blanc.

La fable du Messie blanc est assez simple et a été utilisée la première fois dans un western américain de 1969, « Un homme nommé cheval » (« A man called horse »). La thème est le suivant. Un jeune homme blanc est envoyé à la rencontre d’un peuple étranger, aux coutumes différentes. Il peut s’agir d’Indiens, de Japonais ou d’extra-terrestres. Au premier abord hostile et rustre, il découvre peu à peu les coutumes indigènes, nobles et spirituelles, proches de la Nature. Il s’éprend par la suite de la plus belle fille du peuple. Tout va bien jusqu’au jour, où les colonisateurs blancs, les amis de l’Etranger, décident de venir envahir les sauvages, avec des armes à feu ou des technologies avancées. Notre héros, se rebelle, devient le Messie et prend le contrôle des tribus, les réunissant et les faisant triompher face à son ancien camp.

Des étrangers très sympas

Danse avec les loupsCe scénario est très répandu. « Danse avec loups », « Le dernier Samourai » en sont des exemples, « Pocahontas » ou « Les Aventures de Zak et Crysta dans la forêt tropicale de FernGully » également.
« Avatar » sublime ce scénario. Un jeune Marine blanc, travaillant pour une compagnie pétrolière futuriste, est envoyé à l’autre bout de l’univers pour infiltrer un peuple cosmopolite parfait. Les Navis (le peuple extraterrestre colonisé) sont parfaits, ethniquement africains, asiatiques, irakiens et physiquement grands, musclés, minces et nus. En parfaite symbiose avec la nature, ils communiquent par fibre optique avec les animaux et les arbres. Notre Marine apprend en quelques semaines toutes les coutumes locales, devient le plus fort, couche avec la belle indigène et prend le contrôle du dragon rouge pour éliminer les Terriens, très méchants et armés de missiles.

Tout le monde est content

Ce scénario est parfait pour un film grand public. Les scénaristes n’ont pas à expliquer longtemps l’intrigue aux studios. Le public adhère entièrement car il est intellectuellement et éthiquement acceptable. Il est idéalement en phase avec la tendance actuelle basée sur l’écologie, l’environnement, donc politiquement correct.

JesusIci apparaît le complexe du Messie blanc. Le stéréotype du peuple blanc, technocratique et rationnel attaque le peuple colonisé, victime, spirituel et athlétique. Mais ce dernier a tout de même besoin d’un Messie blanc pour mener la croisade de la Libération. Nous admirons alors à la fois le peuple illettré qui se bat pour sauvegarder sa culture et le peuple impérialiste, nous-mêmes, capable de régler le conflit qu’il a lui-même créé. Il n’y a plus de gentil, ni de méchant, juste un Messie blanc qui terrasse le monstre qu’il l’a créé. La situation finale ne change pas puisque la puissance l’emporte toujours sur la spiritualité mais il reste un accès de bravoure qui contente notre conscience.

Ceci est finalement une fable qui arrange tout le monde, une évasion du réel qui mélange bienveillance, condescendance et politiquement correct. Un scénario hollywoodien parfait, qui satisfait tout le monde et surtout les intérêts d’un blockbuster.