Cyberpunk
9 juillet 2008

# Le cyberpunk est mort

CyberpunkJ’évoquais dans un billet le steampunk, le cousin du cyberpunk. J’avais envie d’approfondir  ce courant qui est majoritaire aussi bien dans le cinéma que dans la bande dessinée et même la musique. Comme évoqué, le cyberpunk est un mouvement basé sur l’omniprésence des réseaux informatiques, la disparition des limites homme/machine et sur le courant politico-culturel contestataire punk. Wilson Gibson est le pionner de la cyberculture grâce à son livre Le Neuromancien (1984), d’autres auteurs comme Philip K. Dick (Blade Runner, Minority Report), Georges Orwell (1984) contribueront à lancer le mouvement. Le Neuromancien est une dystopie, parfaite opposition à l’utopie, un récit de fiction se déroulant dans une société imaginaire, dans laquelle la drogue et la violence sont omniprésentes. Le héros est un pirate informatique, capable de se connecter au cyberespace, une matrice virtuelle de données et de programmes, en se branchant directement à un ordinateur. Ils ne sont pas nombreux à posséder ce don et sont donc très recherchés. Ca vous rappelle quelque chose ?

Apocalypse now
Les œuvres cyberpunk ont souvent mis en relief les défauts de la société. Elles décrivent de façon apocalyptique les problèmes de surpopulation de pollution, de criminalité, du gouffre entre une minorité de très riches et une majorité de très pauvres. Les thématiques se déclinent sur les thèmes de la politique (tyrannie fasciste ou communiste), méga corporatisme, post-apocalypse, clonage, le tout informatique et les sous-genres se spécialisent dans chacun d’entre eux. Avec la suppression des interfaces homme / machine, le cyberpunk voit dans la libre circulation de l’information une voie de progrès, une force de libération. Le héros utilise la technologie pour se retourner contre la machine elle-même. En ce sens, la technologie intégrée à l’homme est un espoir, un moyen d’améliorer son existence, une porte pour un futur. Ici se trouve la confrontation avec le mouvement punk qui revendique « No future » quand le cyberpunk affirme « Future is now ».

Hacktivisme
Le (anti)héros cyberpunk transcende pratiquement toujours la dichotomie homme-machine dans son usage des technologies du virtuel.  Avec une attitude résolument punk, il résiste au déterminisme face aux multinationales et autres matrices, au pouvoir quasi-divin. Hacker de génie, il se retrouve souvent seul, utilisant ses dons ou son pouvoir pour devenir l’épine dans la colonne vertébrale du système. Sur la symbolique de David et Goliath, il prône la désobéissance civile, libère l’information et par conséquent, les populations. L’hacktivisme, s’est créé sur cette base idéologique, faisant porter sur le hacker une mission de libération, les regroupant aux seins de communauté, certains travaillant à combler les failles (les White Hats), d’autres à les exploiter (les Black Hats). Il n’y a pas de manichéisme dans l’hacktivisme, car ceux qui réparent les failles le font parfois au profit de… multinationales !

Stalker un jeu cyberpunk

Sur tous les supports, les cyberpunk se développent bien. Esthétiquement il laisse une grande liberté d’expression et supporte les variations futuristes (Matrix) comme post apocalyptiques (Mad Max).

Les mangas Akira, Ghost in the Shell, les films Blade Runner, ExistenZ, les livres de Philip K Dick et de William Gibson sont de bonnes références pour illustrer le genre. Musicalement, l’indus, la Drum & Bass, la Goa ne sont pas littéralement cyberpunk mais elles sont régulièrement associées au genre pour leurs côtés futuristes et sombres.

Le cyberpunk est mort
Paradoxalement, en donnant naissance à de nouveaux concepts technologiques, les auteurs cyberpunk ont atteint l’apogée du mouvement dans les années 1980 avant la démocratisation d’Internet et des réseaux informatiques. Les années 2000 n’ont été qu’une prolongation du mouvement avec l’emploi des nanotechnologies et de la génétique. Les textes de fiction de l’époque ont, d’une certaine manière, façonné l’imaginaire de notre société et inspiré les innovations actuelles (écrans tactiles, bras bioniques…) par un processus de médiation culturelle.

Ils ont anticipé l’avenir imminent, non seulement l’avenir esthétique, mais l’avenir technique, politique et social de la société postmoderne, celle que nous vivons.

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  1. Mais non ils sont pas mort… on va nous les ressortir prochainement dans un revival cyber punk …

    Plus serieusement, je penses que ces auteurs et artistes ont fait plus qu’anticiper, ils ont meme parfois influencé les milieux de la science.
    http://www.visionarymarketing.com/articles/deschampsavantveille.html

  2. Article extrêmement interressant. En fait, il n’est pas mort au sens strict, je dirai plutôt qu’il est né au réel.

    En effet, le mouvement cyberpunk a largement alimenté les geek et les nerds qui font aujourd’hui la science que nous utilisons. Du coup, il revêt une forme auto-accomplissante.

    Pour continuer un peu sur le sujet, la mouvance cyberpunk s’est mâtiné d’écolo fiction ces derniers temps. On en trouve de très beaux exemple dans le roman de MG Dantec Babylon Babies (que je recommande chaudement) ou encore les romans de Neal Stephenson et encore plus Bruce Sterling (avec le magnifique les mailles du réseau).

    Au final, j’attends toujours de pouvoir me pluger en direct mais je me dis qu’on a jamais été aussi proche de franchir une des dernières frontières : celle qui sépare le biologique de l’électronique pour voir emmerger l’homo silicium ^^

  3. @ tous:
    Oui, vous avez tout à  fait compris le sens de ma conclusion. Ces auteurs ont tous créé le présent par médiation culturelle. De la même façon, Léonard de Vinci a inventé l’hélicoptère. Mais le plus intéressant, ce n’est pas qu’un objet, c’est une société.

  4. Voir aussi le manga « Blame ! » de Tsutomu Nihei

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