Vendredi commence l’Euro de football, ca n’aura échappé à personne. En France, ce sport, même s’il demeure le plus populaire, véhicule toujours une mauvaise image, qu’il s’agisse de ceux qui le pratiquent comme de ceux qui le regardent. La situation est simple, le football est un sport de beauf joué par des imbéciles surpayés. Un constat qui reflète parfaitement les contradictions françaises et le manque de culture sportive du pays.

Le rugby c’est mieux

Qui n’a jamais entendu le fameux discours « je déteste le football. De toute façon, les joueurs sont trop payés pour taper dans un ballon. Et puis, ce sont des comédiens. Moi je regarde le rugby, ça c’est du sport ! Un sport de voyou joué par des gentlemen alors que le foot c’est un sport de gentlemen joué par des voyous ! Et puis ils ont qu’à mettre la vidéo, ça réglera les problèmes de hors-jeu ! Ils l’ont fait au tennis, ça marche très bien ! »

Footix, argent, inculture

Ces quelques lignes résument tout ce que beaucoup de Français pensent du sport le plus populaire au monde. Elles symbolisent le rapport compliqué qu’ils ont avec l’argent. Tout le monde aimerait en avoir, personne ne doit savoir qu’on en a. Personne ne veut comprendre que le football est un sport mais aussi un business, un spectacle, un divertissement sur un marché mondial et qu’une star mondiale, ça gagne de l’argent et ça en rapporte à tout le monde (sauf, souvent, aux propriétaires de clubs). Il était bon le temps de l’amateurisme, des footballeurs en shorts trop longs et aux maillots trop larges, qui jouaient pour le club de la ville et qu’on avait vu grandir. Une vision passéiste que beaucoup n’ont pas connue mais dans laquelle il est tellement confortable de se replier. C’était mieux avant, ne changeons rien !
Et puis le foot, au lieu de n’être qu’un sport, de la tactique et du jeu, en France, c’est intégration, couleur de peau et l’espoir d’un pays. Pas facile de fédérer autour de ces valeurs… En témoigne le spot TF1 pour l’euro 2016…

footix-peno

En France, on a un terme qui définit le supporteur occasionnel de football : le Footix !

Oui, il s’agit bien de la mascotte de France 98, ce coq au sourire stupide. Le symbole des Champions du Monde est une insulte à la culture footballistique. Il désigne tous les supporteurs de la 25ème heure, ceux qui sentent la ferveur monter autour d’une équipe et qui veulent participer à la joie collective, comme s’ils avaient été là dès les premières heures, répétant les banalités entendus au 20h ou à la machine à café.
Ce sont ces mêmes Footix qui se déclarent fans de rugby dès lors qu’ils ont vu leur premier match, en quart de finale de Coupe du Monde. Qu’importe la manière, les règles, ces joueurs inconnus sont humbles et n’ont pas la grosse tête des footeux. Regarder un match de Top 14, non merci.
Je ne leur jette pas la pierre car il s’agit d’une réflexion liée avant tout à un manque de culture sportive, généralisé en France, quelque soit la discipline.

Le sport y est considéré comme un passe-temps, un loisir source de sacrifices et non de plaisir. En partant de ce principe, ce n’est plus la performance qui est valorisée mais l’exploit, ce qui explique également l’amour inconditionnel des Français pour les petits poucets, les perdants magnifiques, les Poulidor, les outsiders. Ceci explique également le manque d’infrastructures sportives, le statut des sportifs de haut niveau, ceux qui brillent aux JO tous les 4 ans mais qui mendient le reste du temps. On est contents quand ils gagnent des médailles d’or mais dans le fond, pourquoi devrait-on payer un mec pour faire du saut à la perche ou du kayak alors qu’on n’est même pas sûr qu’ils vont gagner?

Pour en revenir au football, le manque de culture sportive, c’est oublier que les clubs, les nations ont une histoire. Dans ce sport populaire, chaque maillot, chaque stade, chaque supporteur a une symbolique.
Le spot de la BBC montre une image plus en adéquation avec ces valeurs.

Mauvaise réputation

pires-simulations-football-plongeonEvidemment, vous allez parler des joueurs qui font des roulades au moindre contact, guettant d’un œil la réaction de l’arbitre et pleurant de l’autre pour obtenir une faute, un carton jaune ou simplement pour gagner 10 secondes. Vous allez me dire qu’ils ne sont pas très malins mais c’est vrai pour n’importe quelle personne qui quitte l’école à 16 ans ou qui vit en vase clos. Et si vous rajoutez l’argent, un entourage qui perd la tête, les mauvaises connaissances et une surmédiatisation, vous avez un cocktail explosif.
Et puis en 2006, selon Wikipédia, il y avait 38 millions de licenciés et 264 millions de pratiquants. De quoi largement trouver quelques tricheurs, imbéciles, escrocs ou mecs mal attentionnés. Et puis, parfois ca paye, comme dans la vraie vie.

Evidemment, vous allez me parler des supporteurs, ces bêtes saoules qui se battent, violentes et imbéciles sans aucune raison, qui insultent les joueurs et les arbitres quand ils perdent et les vénèrent quand ils gagnent.
Oui, c’est vrai, ça arrive mais c’est parce que le football est un sport d’émotion collective (bonne et mauvaise).

Ensemble, c’est mieux

Imaginer le foot comme une émotion collective partagée et positive, oui ca doit vous faire sourire mais j’en suis convaincu. Que faisiez-vous le 12 juillet 1998 ? Qui n’a jamais entendu parler de la main du diable de Vata, de celle de Dieu, de l’attentat de Schumacher sur Battiston ? Même ceux qui n’étaient pas nés comme moi, connaissent plus ou moins l’histoire, savent comment ce « fait de jeu » a réveillé de douloureux souvenirs, des rivalités franco-germaniques ? Le football est une part de notre histoire collective, encore plus à l’étranger qu’en France (demandez à un Portugais si Abel Xavier a fait une main en 2000 et comment les Italiens ont vécu la finale ?).

Le football c’est un sport aujourd’hui dont on parle trop (pourquoi s’obstine-t-on à interviewer des footballeurs? « Vous êtes contents d’avoir marqué? », « Perdre 6-0 à domicile contre votre rival historique, c’est la faute à qui? ») et dont on voit sûrement trop de matchs pourris (surtout en Ligue 1) mais qui doit garder une place à part dans nos cœurs et ceux qui pensent que ce n’est que pour les beaufs devrait s’interroger sur leur relation au sport, à l’argent ou tout simplement aux autres ! Le foot, c’est bien!