hipster dog
10 août 2011

# Le paradoxe hipster

Qui sont les hipsters et comment les reconnait-on ? C’est assez simple car les codes sont facilement identifiables. Ces jeunes citadins qui refusent la culture mainstream, sont dans une quête effrénée du prochain truc « pas-à-la-mode », de l’anticonformisme intellectuel, musical et vestimentaire. Une quête sans fin et excessive, entre créativité et excentricité, qui va bientôt les pousser vers la schizophrénie.

C’est quoi un hipster ?

A l’origine, les hipsters sont les jeunes blancs américains qui imitaient les noirs issus de la culture jazz dans les années 40-50. Ces « rebelles » qui aspiraient à l’attitude cool, décalée des jazzmen ont alors adopté leurs codes vestimentaires et linguistiques.
Le terme est revenu il y a une dizaine d’années environ pour désigner les jeunes (souvent bourgeois) issus des grandes mégalopoles (New-York, Londres, San Francisco, Paris…) qui s’opposaient à la culture mainstream, mélangeant les genres et les époques, remettant au goût du jour le vintage, le fluo, le rock indépendant, la moustache, les jeans slims ou les Doc Marteens.

Famille hipsterLes hipsters de 2011 sont facilement reconnaissables.
Les filles portent très souvent des jeans slim noir avec des fringues et des accessoires vintage. Sac rétro, Converse, sandales ou bottines, bas jusqu’aux genoux et grosses ceintures leurs donnent un look singulier inimitable. Ca tombe bien, c’est ce qu’elles cherchent.
Pour les hommes, le skinny noir est également de rigueur, qu’il faut porter avec un t-shirt rétro ou ironique. Tout ce qui est lié à la culture des années 80 ou 90, films, jeux ou séries est une référence à la pop culture bonne à exhiber.
L’ensemble doit être coloré, flashy, décalé. Les jeans roses, les t-shirts vert pomme et les chemises à carreaux de bucheron doivent se porter fièrement.
La touche finale et quasi-indispensable, devenu le symbole universel des hipsters : la paire de Ray Ban Wayfarer comme lunettes de vue. N’importe quelle monture noire et imposante convient également. Si vous n’avez pas de problèmes de vue, vous devez quand même porter des lunettes. Et surtout n’oubliez pas les lunettes solaires dès qu’un rayon de soleil se pointe. Oui, solaires, car on ne dit pas les choses comme tout le monde non plus.

Pourquoi être un hipster ?

hipster dogEtre un hipster, ce n’est pas qu’une culture vestimentaire. C’est la recherche absolue de tout ce qui est underground, inconnu du grand public, voire élitiste.
Il faut donc écouter sa musique en vinyle, de préférence des groupes inconnus des années 70 et se déplacer toujours en vélo d’occasion, de préférence sans rétropédalage.
Le hipster revendique une façon de vivre non-mainstream, basée sur des livres, des films, des hobbies inconnus. La créativité, le vocabulaire et l’humour décalé permettent de se différencier des masses ignorantes et incultes qui font les belles audiences de Secret Story. On dit parfois que le hipster est « tellement au top, qu’il écoute même des groupes qui n’existent pas ».
Voici l’essence de cette contre-culture, se démarquer de tout ce qui est populaire, traquer l’unicité, banalisée par les mass médias afin de ne surtout pas être identifié comme M. Tout-le-monde. Une bonne chose si les excès ne dénaturaient pas le propos.

On est toujours le hipster de quelqu’un

Caricature hipsterRevers de la médaille, les hipsters ont bénéficié d’une couverture médiatique assez importante et sont donc devenus facilement identifiables. Les people ont également intégré ou mis en valeur des éléments de cette contre-culture au point d’en faire des codes de la culture mainstream comme la barbe, le bonnet, la moustache, les accessoires improbables…. Petit à petit, la course à l’originalité s’est transformée en grand n’importe quoi et tout le monde l’a remarqué.
Les hipsters sont alors devenus une cible parfaite pour la culture mainstream : de faux geeks, intellos, un peu snob, décalés et marginaux qui ne prendront pas la peine de relever les attaques. A chaque fashion week, le Petit Journal se régale à l’entrée des défilés.
Sur Internet, il est devenu un meme, le personnage universel et ridicule, toujours avec des Wayfarer, capable de troquer son macbook air, devenu too mainstream, contre une machine à écrire.

Finalement le hipster est au beauf ce que le beauf est au hipster : des êtres fiers de leurs cultures, revendiquant leur culture et leur mode de vie, cibles de moqueries quotidiennes. Des jumeaux, symétriquement opposés mais qui pourraient finir par se rejoindre dans leur quête du non-mainstream.

« Being a hipster is too mainstream »

Hipsters trapLe paradoxe du hipster, c’est qu’à la manière des bobos, il est entré dans la culture populaire, identifié et catalogué comme l’incarnation d’une pseudo-élite intellectuelle, systématiquement à contre-courant, par principe.
C’est ce qu’il le rend d’ailleurs si détestable : l’opposition pour l’opposition, le refus des choses simples, l’éternelle volonté de ne pas être comme vous et de ne jamais vous ressembler.

Les trois premières photos de la galerie sont de Julia Vallelunga.

Join the conversation! 3 Comments

  1. Très bon billet (icônesque).

    Je peux enfin mettre un nom sur les personnes décrites précédemment et que l’on croise régulièrement dans les rues de Paris.

    Je connaissais quelqu’un à l’époque, il y a 10 ans, qui avait une devise : « Toujours être dans la tendance de l’anti-tendance » ; probablement un hipster qui s’ignorait déjà.

    Personnellement, je préfère le modèle Club Master de Ray Ban :)

  2. Merci beaucoup!
    Le modèle Club Master de Ray Ban n’est pas très prisé des hipsters car il n’a pas de montures assez épaisses sur la partie inférieure.
    De plus, les lunettes ne sont pas faites pour protéger du soleil (malheureux!) mais pour avoir avoir l’air intelligent ou différent.

  3. Bravo Antho ! Super article , je me suis surpris à rigoler tout seul en réalisant qu’un de mes potes était un hipster sans qu’il le sache lui même …

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Société

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