Je n’aime pas trop commenter l’actualité à chaud, même avec beaucoup de réserve et avec une approche très pragmatique, mais j’ai assisté à des débats tellement passionnés voire violents sur le forum d’Over-blog hier soir que je n’ai pu m’empêcher de rédiger cet article.

Ah la polémique ! Des caricatures du prophète publiées par des journaux occidentaux…un manque de respect envers les croyances individuelles, une religion et ses fidèles…Dans l’autre camp, on brandit l’étendard de la liberté de la presse, de la liberté d’expression tout court.

Replaçons les choses dans leur contexte. La parution des caricatures date de septembre 2005 et étaient une réponse des 12 illustrateurs à un auteur se plaignant de ne pas trouver de dessinateurs pour illustrer son ouvrage sur Mahomet. Ceci s’expliquant par une certaine frilosité des médias après l’assassinat d’un cinéaste néerlandais ayant réalisé une critique de l’Islam radical.

Ces caricatures ont été reprises dans le cadre d’un article sur l’autocensure et la liberté d’expression le 10 janvier 2006 dans un journal danois.

Est-il interdit de représenter Mahomet ? En guise de réponse les propos de Abdelwahab Meddeb, professeur et auteurs de nombreux ouvrages : « La vie du prophète est intégralement illustrée (…) dans un manuscrit de Hérât du XIVe siècle ». Il ajoute « Ce n’est que par la force de la coutume que la représentation du prophète est devenue tabou. Mais elle l’a été surtout dans le monde arabe et ne l’a jamais été dans l’espace turc ou en Asie centrale. »

Peut-on publier ce que l’on veut ? En France : « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’Homme : tout Citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre à l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi. » (Déclaration Française des Droits de l’Homme et du Citoyen). Le droit français désigne comme responsable en cas de diffamation ou d’injures, le Directeur de la Publication. La diffamation n’a pas lieu si l’auteur peut prouver ce qu’il avance.

Doit-on s’autocensurer vis-à-vis des religions? En France, le blasphème a été aboli en 1789 lors de la Révolution Française.

Etait il judicieux de publier ces dessins? Au regard des éléments apportés ci-dessus, rien n’empêchait les journalistes de le faire. Néanmoins, nous savons que tous que le climat international n’est pas favorable à des provocations manifestes. Si l’ensemble des musulmans est assez intelligent pour comprendre qu’il s’agit là d’humour, une poignée d’extrémistes n’est pas de cet avis, et malheureusement, c’est cette majorité qui est visible. Mais si l’on doit s’en tenir au politiquement correct pour ne pas froisser les susceptibilités de tous horizons, nous arriverons à un nivellement des opinions exprimées. Il est par ailleurs inconcevable de ne pouvoir émettre de critique (au sens large) sur telle ou telle communauté, religion, groupe, nation sous prétexte qu’une minorité d’individus  menace de représailles.

Pour conclure, je dirai que selon moi, à défaut d’être un débat sur la liberté d’expression, cette affaire :

–          -c’est une opportunité d’instrumentation d’une minorité extrémiste

–          -c’est une opportunité médiatique