Il y a eu une prise de conscience relative sur le danger de brader notre langage et le vocabulaire, notamment sur internet avec les protestations contre le « langage SMS ».
Il reste encore des combats à mener pour maintenir la richesse de notre langue. D’autant plus que notre langage reflète notre façon de penser, d’être.

Lorsqu’à la télé on interroge des passants pour leur demander leur avis, je suis toujours effaré par la pauvreté des réponses. « Les gens » ont désormais beaucoup de mal à exprimer ce qu’ils ressentent, à donner une opinion nuancée, à exposer un raisonnement de façon synthétique*.

Aujourd’hui plus de demi mesure : on adore ou on déteste : les frites, les sports d’hiver, le dernier film de Woody Allen, la dernière collection printemps/été, son club de foot, la dernière série télé, son conjoint…
On n’apprécie guère, on n’aime plus bien, on n’admire plus, on n’estime pas, ni n’idolâtre d’ailleurs, on ne s’émeut certainement pas, on ne raffole jamais, on n’est pas porté sur et on n’y prend pas de plaisir, rien ne nous plaît, on ne s’attache pas …non aujourd’hui on adore ou déteste. Pourtant quelle est large la palette de nuances…sympa pour l’ami(e) placé(e) sur le même plan que les dernières Nike…
L’absence de nuance dans nos propos masque la pauvreté de notre vocabulaire, et le vide de notre capacité à nous situer dans un environnement.
Par ailleurs, tomber dans les extrêmes (adorer, détester, c’est top) nous affranchit de justifier un point de vue. Si l’on se place dans la nuance, cela sous-entend de préciser quels sont les points positifs, les points négatifs, les axes de progrès éventuels. Si c’est « hyper bien », le sujet est clos, tous les indicateurs sont au vert, on n’a pas besoin d’argumenter d’avantage.

Et ce « on », qui représente-t-il ? Celui qui frappe à la porte (réminiscences du cours primaire…) ? Faut-il y voir là aussi une modification de notre conception des choses ? Le « nous » impliquait (je+ les autres) et nous prenions position. Le « on », c’est les autres c’est sûr, mais moi « j’y suis p’tet, p’tet pas ! ». Marque d’une certaine indifférence ou distance.

On pourrait avec un peu d’audace faire un parallèle simpliste entre nos habitudes de communication et notre société : un individualisme marqué par l’indifférence à l’environnement extérieur et un manque d’implication – une omniprésence des extrêmes, une absence des nuances qui met en exergue la dichotomie et le manichéisme de notre société (riche/ pauvre ; « français » / étrangers ; hommes /femmes …).

PS : merci à mes parents pour m’avoir donner le goût de la lecture, et à mes instituteurs de primaire qui faisaient partie de cette génération qui considéraient que la maîtrise de la lecture et de l’écriture sont des fondamentaux.

*Top 10 des phrases des interviewés : « c’est excellent » / « c’est trop bien » / « génial » / « enfin vous voyez » / « je sais pas comment expliquer » / « je suis trop content » / « j’adore » / « je déteste » / « je ne sais pas quoi dire » / « voilà,  quoi ! »

tags technorati :