Les mécaniques du Web sont parfois obscures et certains phénomènes apparaissent sans qu’on ait pu les anticiper. On se souvient de l’effet Barbra Streisand. En souhaitant à l’origine dissimuler, censurer ou restreindre une information, une image, un site, on produit l’inverse et on les popularise, diffuse et multiplie. Le Slashdot effect fonctionne sur le même type de mécanique et très récemment c’est la Cnil qui en a été victime.Google Cnil

Rappel des faits

En janvier dernier, la Cnil (Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés) condamnait Google à payer une amende (symbolique) de 150 000€ pour non-respect des règles européennes en matière de protection des données privées. Petit plaisir personnel ou volonté d’informer le public, elle demande également que la condamnation soit publiée pendant 48h sur sa homepage Google.fr. Ce qui devait arriva. Google et ses 15 millions de visiteurs ont amené un afflux massif de visiteurs sur le site de la Cnil qui n’a évidemment pas pu supporter la charge. Résultat, pendant presque 15 heures, il est resté inaccessible ou visiblement ralenti. Les visiteurs ne pouvaient donc pas voir le motif de la condamnation.

Slashdot Logo

Le slashdot Effect ou Slashdotting

Découvert en 2005, ce phénomène se produit, vous l’aurez compris, quand un site populaire met un lien vers un site plus petit causant une augmentation massive de trafic. La surcharge de requêtes sature les serveurs, ce qui ralentit le site ou même le rend temporairement inaccessible. Il a été observé « la première fois », quand le site populaire de « news nerd » Slashdot (dont l’url se lit h-t-t-p-colon-slash-slash-slashdot-dot-com, humour nerd…) crashait les sites vers lesquels il pointait.

Google Cnil 2Si aujourd’hui le phénomène tend à se raréfier avec les architectures modernes, on l’observe encore parfois à cause d’afflux massifs venant de Twitter ou de Reddit, notamment lors de campagnes de crowdfunding.
Fait amusant, on observe parfois un « double slashdot effect ». La première fois, le site crashe dû à l’afflux de visiteurs. L’information du crash en lui-même circule et les Internautes, curieux de l’observer, continuent d’affluer alimentant les perturbations. C’est ce qui s’est passé avec la Cnil.

Anticiper la téléportation

TeleportLe terme le plus approprié est en fait le Flash Crowd. Inventé en 1973, il provient d’une nouvelle éponyme écrite par Larry Niven, un auteur de science-fiction qui dans une saga, anticipe toutes les conséquences probables d’une téléportation gratuite et démocratisée sur Terre.

Ainsi, il y décrit que, lors d’événements importants, des dizaines de milliers de personnes pourraient se téléporter et affluer simultanément (y compris des criminels) en un même lieu, créant et ajoutant du désordre et de la confusion. Beaucoup d’autres aspects annexes seraient impactés par le Flash Crowd comme le tourisme, la gestion des déchets, l’agriculture, les ressources naturelles ou la criminalité.

Victime de son succès

kaminiIl existe de nombreux exemples qui montrent que la médiatisation ou la surfréquentation d’un lieu, d’une cause ont tendance au final à la desservir (la grotte de Lascaux, les dons pour le tsunami, Kamini*…). Si bien qu’on doit toujours réfléchir à deux fois avant de devenir trop populaire.

 

 

 

* Plusieurs milliers d’euros avaient été réclamés à Kamini, le rappeur de Marly Gomont en 2006, par son hébergeur. Face au succès et à l’affluence sur son site, de nouvelles ressources lui avaient été dédiées et facturées…