« [La pin-up] attend, la pointe des seins braquée vers le ciel à un angle de DCA, la taille réduite à sa plus étroite expression, et la croupe généreusement bombée, bien fendue ; ses cheveux retombent, en vagues brillantes, sur des épaules dénudées mais chaudes – ça se sent – dont une étoffe transparente dessine la rondeur avec précision. Quand on les voit, les jambes sont longues et lisses, et l’intérieur de la cuisse souvent apparent, malgré l’interdiction de la censure américaine [...]
Ceci n’est qu’un modèle de pin-up girl. Ils en font de tous les genres. Je ne vais pas vous les décrire, ce journal se refuse en général à insérer des textes très pornographiques, et il faudrait, pour être complet, que je vous décrivisse aussi mes réactions. »
Eccéité de la pin-up girl par Boris Vian La Rue, numéro 11, 20 Septembre – 4 octobre 1946
Histoire de la pin-up
La première pin-up fut imprimée dès 1897 dans le magazine américain Life. Dès le début, les pin-up girls connurent un succès auprès des hommes aussi bien que des femmes. Celles-ci incarnaient en effet une nouvelle représentation de la Femme, sophistiquée et libérée.
La popularité des pin-up augmente au début du 20e siècle, notamment après la première guerre mondiale avec l’apparition des Pulp Fictions, ces romans sur papier bas de gamme dont la couverture mettait souvent en scène des pin-ups. Dans les années 30, Alberto Vargas peint à l’aérographe des pin-up pour le magazine Esquire. Il connaît un succès mondial avec ses filles qui illustraient les articles de ce magazine largement distribué.
Mais l’apogée de la pin-up a lieu dans les années 50. La deuxième guerre mondiale a permis l’expansion du phénomène grâce aux GI qui emmenaient leurs pin-up préférées dans leur paquetage. Certains pilotes ornaient même leur avion de ces splendides créatures de peinture (nose art).
La pin-up fit également beaucoup vendre : calendriers, cartes postales, boîtes d’allumettes…tout support imprimable était bon pour accueillir une demoiselle peu vêtue. Nul doute d’ailleurs qu’une partie du succès commercial de Coca-Cola provient des premières campagnes publicitaires jamais avares de jolies pin-up.
Les années 70 voient arriver un changement de taille : la généralisation de l’utilisation de la photographie. Les pin-up jusqu’alors peintes à l’aérographe prennent vie et offrent le statut de star aux plus célèbres des modèles : Ann Sheridan, Veronica Lake, Rita Hayworth …
L’apparition de magazines comme Playboy aura finalement raison de la pin-up : et oui, le consommateur masculin préférera l’anatomie dévoilée des mannequins plutôt que le coquin suggéré des pin-up.
Le fantasme :
Comme le dit Boris Vian, des pin-up, il y en a de tous les genres. De la femme fatale à la « Girl next door », la pin-up explore le subconscient masculin et lui livre tous ses fantasmes. Provocante mais jamais vulgaire, elle incarne un idéal féminin qui séduit l’homme sans se mettre à dos les femmes qui voient en elle un modèle et non une rivale.
La pin-up à travers ses différentes représentations au cours des années retranscrit également l’évolution des mÅ“urs, notamment en termes de sexualité et de représentation de la femme.
La pin-up se couvre et se découvre en fonction du contexte culturel et moral ; elle est mise en scène comme Housewive qui fait tomber sa culotte ou en soutien de guerre drapée du drapeau américain. Sous le pinceau des artistes « cheesecake » (autre nom du genre) l’image de la femme ne fait que renvoyer le regard que l’homme porte sur elle.
Inaccessible, candide, fraîche, et pleine de promesses, ou encore fatale et ensorcelante, la pin-up a su conquérir pendant près d’un siècle la faveur du public. Mais avec le développement du porno dans les 80’s, la pin-up est tombée en désuétude. Pourtant…
Le retour des pin-up
On assiste depuis la fin des années 90 à un revival discret de l’imagerie pin-up. Aujourd’hui le mouvement, bien qu’encore marginal n’est plus négligeable.
Les années 90 ont vu naître une reprise d’engouement pour une icône underground des 50-60’s : Betty Page. Cette célèbre pin-up a marqué par son physique (notamment sa frange) mais également pour ses clichés fétichistes où l’expression naïve et angélique de son visage contrastait avec la mise en scène parfois glauque des photos. Elle était par ailleurs capable d’endosser le rôle de naïade comme celui de maîtresse dominatrice. Elle a inspiré nombre de dessinateurs et artistes
Le mythe Betty Page est à mettre en parallèle du mouvement néo-burlesque apparu à la fin des années 80. Le new-burlesque rend hommage aux spectacles de cabarets des années 1900 à 1930, mais aussi aux 50’s d’inspiration rockabilly.
Dita Van Teese, danseuse burlesque et icône rock est l’exemple le plus connu de ce courant. Pour l’anecdote, sa liaison avec Marilyn Manson a été le point de départ de sa célébrité. A cette période Marilyn Manson était dans sa période burlesque avec son album « the Golden Age of Grotesque », hommage aux années 30 cabarets (années 30 à Berlin…).
Autre exemple du retour des pin-up, le succès toujours présent des Suicide Girls. Même esprit Burlesque Punk / Rock à la sauce Girl Powa.
Les années 50 célébrèrent une pin-up aérographée, sex-symbol coquin aux jambes interminables, à la taille inexistante qui narguait naïvement l’objectif.
Aujourd’hui, des créatures ultra-photoshoppées et assexuées s’étalent sur les magazines, tandis que des clones de Barbie siliconés s’agitent devant des caméras numériques pour finir dans les archives d’un site de porn.
Avec les pin-up a disparu notre capacité à fantasmer et à imaginer. Un petit quelque chose de la Féminité peut-être aussi. Moi, je suis un peu nostalgique de cette période que je n’ai pas connu.
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Super article … c’est fou mais j’ai l’impression que dès que tu (tu pas toi, tu tout le monde) te fais vraiment chier à  bosser un sujet, les gens commentent pas…
Le fond et les blogs, c’est possible ?
Merci Adrien,
Je sais par expérience que ce genre de note est peu commentée mais souvent appréciée. Mon but est que nous apprenions tous quelque chose! Pour moi c’est plus important qu’un commentaire, mais merci pour le tien
on doit voter pour les pin up ?
Jette un Å“il aux filles de la double page des Playboy des années 60, un charme désuet. Tu dois trouver çà  sur Google, sinon j’ai tout çà  sur mon MacBook Pro…
[...] le précédent article consacré aux pin-up, je vous ai introduit, si vous ne le connaissiez pas, le personnage de Bettie Page. Les Marilyn [...]
bravo pour l article, un rafinement feminin , rare aujourd hui, je vie ce style le plus souvent possible pratiquement tout les jours,nostalgique aussi de cette periode , j aime les jupes au genoux et les vrais bas nylons sont presque impossible a trouver dans le commerce!!alors quand on parle de retour ,j ai un doute’? , car autour de moi la plupart des femmes ne savent pas ce q est un vrais bas nylons ,ni l art de les porter?je ne vois jamais non plus de bas nylons coutures dans les rues! mais bravo encore peut etre de faire decouvrir qu une autre feminitèe est encore possible
natacha
[...] parfum masculin# Lancement de la gamme Parfums et Déodorants Airness Instinct avec L’Oréal# Pin-up: des filles qu’on épingle (1/2)# Les séries télé des années 90# Sommes-nous les enfants de la mode des années 90 [...]
Cela fait plaisir de trouver un article bien fait sur la pin-up.
Mais non, la pin-up n’a pas disparu :
Patrick Hitte, un artiste peintre français contemporain continue à explorer ce thème avec talent.
[...] en parlait il y a quelques mois, les pin-up sont de retour. Le phénomène prend de l’ampleur notamment depuis que Dita von Teese est la nouvelle [...]
[...] de groupe alternatif, le roller derby touche toutes les communautés de femmes, et s’inscrit dans toutes les couches de la société américaine même si l’univers [...]
[...] peint Hubert ? Des pin-up ! Il est intéressant de remarquer le regain d’intérêt pour la pin-up. Alors que les Suicide Girls proposent une version trash de la pin-up (photographies saturées, [...]