Pour la plupart des gens, Internet, le Web, Google et Internet Explorer, c’est la même chose. Un espace virtuel connecté à des ordinateurs, des machines ou avec des gens. En tout cas, c’est un truc cool qui permet de réserver son train et de lire Yahoo actualités mais aussi un truc mal sur lequel les gens sont méchants et anonymes. Même si c’est un peu plus complexe que cela, nous ne sommes pourtant pas loin de la vérité. Car il existe un lieu sur le Web, invisible du grand public, profond et sombre, très sombre : le Deep Web.

Difficile pour le grand public de comprendre le fonctionnement d’Internet. Tout est allé trop vite. En 20 ans, on est passé des sites moches style Minitel pour consulter des horaires de TGV en retard à des applications sur téléphones, des objets connectés pour envoyer son rythme cardiaque à ses amis ou contrôler la température du four en rentrant.

Internet est un iceberg

Internet est devenu un Grand tout, sphère omnisciente dans laquelle nous allons évoluer pendant le reste de notre vie.
Mais comme n’importe quelle mégalopole exhibant ses buildings, Internet regorge également de coins peu fréquentables, de bas-fonds sombres et sales dans lesquels on retrouve tous ceux qui ne veulent pas d’une place au soleil. Sur Internet, ces endroits, c’est le Deep Web.

400 à 500 fois le Web de surface

« DeepNet », « Invisible Web » ou « Darknet », « Hidden Web », tels sont les noms de ce que vous ne verrez probablement jamais.
En opposition au « Web de Surface », ces sites web non indexés par les moteurs de recherche traditionnels, utilisent des bases de données dynamiques, sans hyperliens, qui les rattacheraient à une source fixe.

Pour reprendre la métaphore océanique, le Web est un océan et les sites traditionnels sont des ilots près du bord, sans danger et relié les uns aux autres par des liens, qui les raccrochent aussi bien à la côte qu’aux autres sites. Tous les sites forment donc un immense maillage connu et assez bien ordonné, dans lequel Google cartographie et gère la circulation.

Deep web

Le Deep Web, ce sont des sites sous la surface, loin des côtes et qui se déplacent au gré des courants, sans liens fixes avec le reste de la surface. Loin d’être tous reliés les uns aux autres, ce sont plutôt des petits écosystèmes indépendants, créés par des personnes de confiance, pour rester entre soi, loin de la police, du gouvernement, des lois et des taxes.

En 2001, le Deep Web était estimé environ 400 à 500 fois plus grand que le Web de surface. Aujourd’hui, on ne sait pas bien mais on pense que le Web des surfaces ne représente qu’entre 1% et 4%.

La porte d’entrée : Tor

TOR logoTor, « the onion router », est un réseau d’anonymisation, créé en 2002 par la Navy américaine et aujourd’hui encore largement financé par le gouvernement américain, qui s’en sert pour le renseignement et le cryptage de ses informations. De l’autre côté, la NSA traque les gens qui s’en servent (paradoxal? non).
Ce réseau anonyme crypte vos informations et les fait transiter via d’autres ordinateurs, partout dans le monde, de façon aléatoire. En étant basé en France, vous aurez alors à chaque instant, une adresse allemande, puis japonaise, puis colombienne, etc… Il est quasiment impossible de remonter jusqu’à vous. C’est donc naturellement la porte d’entrée vers le Deep Web.

Tor

Tor est utilisé partout dans le monde, principalement aux US et en Europe (Allemagne, France, Italie et Espagne) mais aussi au Moyen-Orient (Israël, Arabie Saoudite, Iran, Syrie). On note ainsi entre 15 et 20 000 connexions par jour en Iran et 6000 en Syrie avant la guerre.

Geographies_of_Tor

Mais que faire dans les bas-fonds ?

Silk Road est depuis longtemps la vitrine du Deep Web. C’est un site connu comme le supermarché noir de la drogue.
Comme sur Amazon, des petites vignettes vous montrent du LSD, du cannabis, de l’ecstasy, des stimulants, etc… que vous pourrez payer en bitcoins. Car non, on ne paie pas ces gens avec un virement bancaire ou en CB.
On estime à 8 millions de dollars par mois (100 millions par an), les ventes de Silk Road. Le chiffre peut paraître énorme mais il demeure ridicule par rapport aux 2 milliards que génèrent la drogue rien qu’en France (320 milliards au niveau mondial).
Silk Road

Pas uniquement de la drogue

Malheureusement on ne trouve pas que de la drogue dans le Deep Web. Tout ce qui est illégal s’y trouve. Si certains cherchent (juste) à voir des matchs de sport gratuitement, à récupérer des logiciels ou des jeux gratuitement, d’autres veulent des faux papiers pour le Canada ou les Etats-Unis. On peut également obtenir des numéros de cartes de crédit volés, acheter des armes comme sur eBay ou même comme sur Contract Killer, engager un tueur à gages. Et puis il y a le porno  avec évidemment la pédopornographie.

Il ne faut pas voir le Deep Web comme une société structurée mais comme des petites zones, dans lesquelles des personnes peu recommandables s’échangent sous le manteau ce qu’ils cherchent. Ceux qui n’y connaissent rien et débarquent pour la première fois, espérant y faire leur courses impunément, ont de grandes chances de se faire arnaquer par des escrocs, commandant un bien ou un service, qu’ils n’auront évidemment jamais mais pour lequel ils auront bien payé. Vous pensiez vraiment recevoir votre sac de coke et votre lance-grenades en Colissimo ?
L’anonymat est à double-sens et votre escroc le sait!

Et c’est pas fini

Tout ceci est évidemment bien triste mais il y a également une face plus lumineuse, peut-être marginale mais qui existe tout de même. Le Deep Web est pour certains citoyens issus de régimes autoritaires, le seul  moyen de communication avec le reste du monde. Ils s’en servent pour faire passer des messages ou des images impossibles à faire sortir autrement.
On sait également que certains lanceurs d’alerte, des écologistes ou des militants communiquent via ce biais et qu’un site miroir de Wikileaks se balade dans les profondeurs. Le grand journal américain New Yorker y cacherait également ses sources les plus sensibles. Et puis il y a toutes les bases de données scientifiques, d’énormes bibliothèques de livres et d’images (gratuit), des informations issues des administrations, du gouvernement…(plein d’exemples à lire ici en anglais)

On trouve tout dans le Deep Web, comme dans un océan où vous pourriez tomber sur un trésor ou sur un requin.

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  1. Vous pensiez vraiment recevoir votre sac de coke et votre lance-grenades en Colissimo ?

    C’est clair, faut arrêter de présenter le deep web comme un endroit où l’on peut trouver tout et n’importe quoi, déjà qu’en achetant de la drogue dans la rue à un mec que l’on ne connait même pas on a beaucoup de chance de se faire arnaquer, alors anonymement sans rencontre c’est évident.
    On trouve Silk Road en quelques clics alors la police…

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