porno-couverture Plus de 10 ans après le carton du film inspiré du roman Trainspotting, Irvine Welsh redonne vie aux personnages de Renton, Begbie, Spud et Sick Boy. La bande d’Edimbourg se reforme pour donner corps à un projet « intéressant » : « Et si on faisait Le film porno du siècle ? ».

Trainspotting m’avait fait forte impression en 1997. Je l’ai revu juste avant d’écrire cette note et le film m’a paru fade. Il faut dire qu’entre temps sont passés Fight Club et Requiem for a Dream…deux mastodontes contestataires sur la société de consommation et la prise de stupéfiants.

Il n’en demeure pas moins que parmi les bouquins empilés sur les tables du Virgin, « Porno » réunissait toutes les caractéristiques pour finir sur ma table de chevet : Une jaquette d’inspiration Pop Art à la Warhol, le mot PORNO jeté froidement sur la couverture et le racoleur bandeau « la suite de Trainspotting ».

10 ans se sont écoulés depuis que Marc Renton s’est exilé à Amsterdam avec l’argent d’une combine … et la part de ses potes. Begbie a passé tout son temps en prison, Spud continué à « vivre » une existence de junkie, tandis que Sick Boy faisait le mac et bossait pour la mafia locale. Il y a 10 ans, Nikki n’avait que 15 ans et n’était pas cette magnifique jeune femme obsédée par la peur de voir sa beauté se faner.

trainspotting

10 ans après Trainspotting, Sick Boy revient à Leith, tombe fou amoureux de Nikki et décide de produire le meilleur porno de tous les temps. Autour de ce projet, les anciens amis se retrouvent avec plus ou moins de plaisir, les souvenirs et les rancœurs réssurgissent.

Porno c’est le récit d’une classe prolétaire qui s’ennuie et qui stagne. Pour les hommes, c’est bière, pub, foot, chômage. Pour les femmes, c’est mioches, poussette, rêves brisés et claques dans la gueule. Sauf pour nos héros qui tentent de s’extirper de leur condition à travers la réalisation d’un film X.
Pour certains c’est l’occasion d’atteindre la reconnaissance de leur talent, pour d’autre une manière de laisser son empreinte, un moyen de faire de l’argent, de réaliser ses fantasmes.

Le porno comme moyen de réalisation voilà qui paraît surprenant. Mais n’est ce pas un moindre mal quand on sait que 10 ans auparavant, nos héros prolos n’échappaient à la réalité qu’à renfort d’héro et de cocktails chimiques ?

Le porno apparaît ici aussi comme le paroxysme d’une société consumériste : l’industrie du cul devient quasi aussi lucrative que celle de la drogue, les risques et l’investissement en moins. Avec une caméra DV et quelques boniments à une starlette en herbe, même un « chav » peut se retrouver sur la croisette.

Le porno est définitivement entré dans la culture de masse par la grande porte avec la démocratisation d’Internet, une façade glamour dressée par la pub et le porno-chic. Les grands médias se sont emparés du phénomène à grands coups de reportages alarmistes sur ses côtés les plus sombres (misogynie de l’industrie, esclaves du sexe, affiliation aux réseaux proxénètes…). Les gamins, nourris au porn, vont directement à l’éjac fac’ aux pratiques hard sans passer par la case « innocence /découverte & fantasme ».

Le roman de Welsh aborde le sujet avec distance et montre à travers le discours brut de ses personnages comment le porno s’est insidieusement immiscé dans leur quotidien.
Pour Nikki, le seul narrateur féminin du livre, être une star du X devient d’ailleurs le seul moyen d’ancrer son corps dans le réel face aux images de perfection des corps véhiculés par la pub et les magazines. Pour Sick Boy et Renton, le porno est un business facile dans lequel leur sens inné de la magouille peut s’exprimer librement.

Alors que la drogue était une façon de s’extirper d’une réalité pour les héros de Trainspotting, le porno est devenu le moyen de raccrocher les wagons à une société qui ne jure que par la réussite et la réalisation de soit. Selon Welsh, c’est ce qui caractérise l’évolution entre la société thatchérienne et la société Blayriste.

Danny Boyle devrait vraisemblablement adapter le roman avec le même casting que Trainspotting. Si c’est le cas, il est évident que l’on peut s’attendre à un succès porté par le premier opus et le côté racoleur du titre, un peu facile. L’ouvrage papier, lui se dévore. L’intrigue se construit au fur et à mesure des pages, et on se plait à détester / prendre en pitié les personnages. On les voit se débattre avec leur condition, on jubile lors du dénouement. On repose le livre et vient le temps de la réflexion. Mine de rien, à travers l’argot et les pensées embuées de ses personnages, Welsh est très fort pour livrer une réflexion sur la société actuelle.

Porno – Irvine Welsh
Editions Au Diable Vauvert