Ouvrages professionnels auteurs américains

J’accorde beaucoup d’importance à l’autoformation. D’une part mes études m’ont peu préparé à mes nouvelles fonctions et avant cela aux outils du blogueur, d’autre part c’est un bon moyen de satisfaire ma curiosité personnelle.
Les deux outils que je privilégie sont Internet et la littérature spécialisée. Dans ce domaine, je considère que la littérature anglo-saxone en général et américaine en particulier est la plus à même de répondre à ce besoin spécifique.

La littérature est généralement abondante sur tous les sujets professionnels. Il suffit de se rendre à la FNAC ou au Virgin au rayon « management » par exemple, pour se retrouver face à un mur d’ouvrages qui peut décourager l’étudiant ou le professionnel en quête d’un complément de formation.

Quand je souhaite approfondir mes connaissances dans la création de sites internet ou dans le webmarketing, je fais mes recherches d’ouvrages sur la base de recommandations ou d’extraits glanés sur le net.
Pour moi, le constat est sans appel : les livres les plus opérationnels et abordables sont écrits par des américains.

Français / anglo-saxons, deux approches différentes

Ces derniers ont en effet une façon différente de nous, français, d’aborder les problématiques et de présenter leur raisonnement. Ils partent généralement d’exemples personnels marquants, d’anecdotes, présentés comme point de départ de leur réflexion. La théorie avancée se veut le fruit d’observations ou d’expériences personnelles. Le lecteur se sent aussitôt impliqué même si le thème du livre est l’intelligence collective.
Vient dans un second temps la phase d’analyse qui permet de décortiquer la mécanique. Dans ce second temps, les exemples sont encore une fois nombreux, ce qui permet au lecteur de se rattacher à une réalité. C’est globalement le principe du storytelling, cette méthode de communication utilisée par les entreprises et les politiques, qui fait couler de l’encre ces derniers mois en France.
Les français, eux, portent l’héritage de Descartes comme un fardeau : la théorie générale est présentée en premier lieu, appuyée d’études et de chiffres. Ce n’est qu’après que viennent les exemples, comme ultime preuve du bien-fondé de la proposition.

Une autre différence est l’organisation des chapitres. Les anglo-saxons vont généralement étirer l’ensemble des idées (rarement plus de sept) sur l’ensemble de l’ouvrage. On retrouvera tout au long des chapitres ces mêmes idées reformulées ou présentées dans un contexte différent. Au final, le lecteur aura largement eu l’occasion d’assimiler le propos.
L’auteur français quant à lui prendra bien soin d’isoler chaque idée dans des chapitres distincts pour éviter toute confusion à son lecteur.

A mon sens, la tradition française, si elle a fait ses preuves par le passé, produit des ouvrages théoriques qui sont très adaptés à un usage scolaire mais peu à des professionnels qui souhaitent des outils opérationnels et adaptés à leur mode de consommation : quelques pages dans le métro ou en rentrant du travail, une lecture souvent interrompue. Ces quelques pages rapidement consommées doivent apporter immédiatement  une réponse ; le lecteur ne doit pas attendre la fin du bouquin pour avoir compris le propos.
Je dois cependant avouer que je constate une transformation du style français qui évolue vers le « prêt à lire » : le guide pratique.

Quand les blogueurs s’inspirent de la méthode US

Ce que j’ai constaté dans les domaines qui m’intéressent, c’est comment les blogueurs francophones  qui proposent des tutoriels, des « how to », ou qui sont simplement spécialisés dans un domaine se sont approprié le style américain. Cela leur permet de proposer en une note une méthode reproductible par le lecteur, mais également de développer tout au long de leur blog la même thématique, renforçant ainsi leur expertise et leur propos.

Lorsque que vous serez en recherche de ce type d’ouvrage, je vous invite à préférer Amazon à votre libraire habituel. C’est l’endroit idéal pour dénicher des livres écrits par des américains qui sont peu souvent référencés ailleurs. Souvent en anglais, de nombreux titres sont toutefois disponibles en français et les commentaires des utilisateurs sont généralement le meilleur moyen de savoir si c’est le livre qu’il vous faut.

The Tipping PointAfin d’illustrer moi aussi mon propos, je vous recommande la lecture de The Tipping Point (Le Point de bascule), qui est un exemple parfait de cette écriture américaine. Dans cet ouvrage écrit par un journaliste américain, Malcom Gladwell, vous apprendrez comment de toutes petites choses peuvent prendre une grande ampleur : tendances et effets de mode, propagation virale, effet boule de neige – et comment les hommes jouent un rôle dans ce dispositif. Surtout, ce n’est pas un ouvrage théorique mais un vrai guide pratique.

La prochaine fois : why French suck at Powerpoint …

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  1. Natif de Québec, j’ai étudié et enseigne maintenant en français au Canada. Vous savez ce qui a toujours été un problème? Les livres de référence.

    Les livres français sont très conceptuels et , surtout, ancrés dans une conception européenne du monde. Si l,on désire consulter des livres plus pragmatiques et répondant au besoin des nord-américains, il faut se tourner vers les ouvrages américains, lesquels ne sont pas nécessairement traduits. C’est donc dire que les Canadiens-français doivent tout de même connaître l’anglais pour poursuivre desétudes supérieurs.

    Paradoxalement, mais je ne dirais pas que les Français sont plus cartésiens que les Américains. Les deux peuples suivent un logique rigoureuse, qui vient efectivement de Descartes. la différence réside plutôt dans le fait que les Français aiment analyser les cause d’un phénomène, problématique ou non, dans ses moindres arcanes et ramifications conceptuelles. Les Américains, pour leur part, vont plutôt analyser brièvement les causes d’un même phénomène en se basant sur des statistiques et des faits vérifiables puis vont rapidement proposer de solutions.

    Je me considère toutefois chanceux de pouvoir avoir accès aux deux cultures et…je pense que je vais me lancer dans la traduction française d’ouvrages américains!

  2. Je lu pas mal de bouquin de marketing US quand j’ai commencé à bosser, mais au final, les méthodes ne s’appliquent pas toujours à la clientèle européenne et j’ai fait quelques bourdes en voulant trop recopier les bonnes idées.
    De plus aujourd’hui, le problème de l’édition, c’est son manque de réactivité. Par exemple, les bouquins sur la com. et le marketing via twitter. sortent seulement maintenant (aux USA, comptons un an de plus pour chez nous ^^) alors que les marques qui ont une longueur d’avance, utilisent déjà les twit depuis un an.
    Je pense que le bon web-marketeur d’aujourd’hui doit être un boulimique du surf sur la toile et plein d’imagination…. et ça, ça ne se trouve pas dans les bouquins…

  3. Il y a une différence non évoquée :
    Parce que les ouvrages anglo-saxons sont plus basés sur des observations, ils sont aussi plus enclins à l’erreur (d’observation, d’interprétation) qu’un livre dans la tradition latino-cartésienne qui cherche à tout prouver.

    @Franck : je connais beaucoup d’acadiens de Moncton qui ne parlent pas anglais et qui s’en sortent très bien dans une province à majorité anglophone.

  4. Entre la façon plus libre d’écrire — une communication plus divertissante recherchée — et un canal de distribution plus immédiat (aux aeroports, Borders, Barnes & Noble, Amazon…), l’art du « business book » à l’américaine (même anglo-saxonne) s’approche d’écriture des actualités. Ils ont un coté « jingles » dans la recherche de terminologie et, dans une recherche de lectorat, poussent souvent à l’extrême. Avec l’accompagnement du mass média (dare I say Mainstream), ceci a le mérite de provoquer quasiment en temps réel des effets de masse. De plus ces livres sont très souvent assez court, permettant une lecture rapide — plutôt adapté au trajet du « commute » au travail en train (ou bien dans l’avion). C’est vrai que, comme dit qyrool, le contenu est souvent très orienté Américain/local, mais il y en a beaucoup qui pourrait, avec un peu d’interprétation intelligente, avoir tout son sens ici. Je citerai parmi mes préférés ces dernières années (mais qui ont toujours du sens): Whole New Mind (2005, D Pink) et Freakonomics.(2005; Levitt/Dubner), The World is Flat, release 3.0 (T Friedman) et Join The Conversation (2007, Jaffe).

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