29 avril 2016

# Putes à clic

Vous êtes un consommateur. Depuis mon dernier article sur la contre-offensive de la publicité, vous savez à quel point, vous êtes une cible pour la publicité en naviguant sur le Web. Tout est bon pour vous attirer sur une news, à lire, à rester le plus longtemps possible. Pour vous attirer le plus possible, certains sites ont choisi de devenir des « putes à clics ».

Articles sur le trottoir

Figaro NabillaJ’en avais marre de voir tous ces articles sur Nabilla, son livre, sa vie, son oeuvre, ses révélations, son règlement de compte avec Maïtena Biraben. Ca me saoulait mais en même temps, j’avais envie de savoir, j’avais 3 minutes à perdre et puis j’aurais eu l’air moins bête à la machine à café. Mais je me suis abstenu.
L’expression est moche mais elle désigne les sites ou les articles, qui à travers des titres racoleurs ou des sujets légers, frivoles vous invitent à cliquer pour être lus. Plus vous êtes nombreux à cliquer, plus vous générez du trafic et plus la publicité rapporte et plus on continue.
Vous l’avez compris, on n’est plus dans la curiosité, ni le teasing mais dans le racolage. On racole pour avoir des clics, d’où le nom de « pute à clic ». Elle ne concerne pas les sites coquins mais tous les médias plutôt sérieux, ou qui l’étaient, mais qui ne se le permettraient pas dans une version papier.
C’est bien connu, il est plus facile de se prostituer sur Internet que d’assumer sur le trottoir du kiosque à journaux.

Pour repérer les médias qui s’adonnent à la pratique, il suffit de lire les titres.
Exemples de putes à clics : Le Figaro propose un quizz sur Nabilla ou des extraits sur sa love story avec Romain Vergara.
corset elodie fregeLa Dépêche qui fait un article sur Elodie Frégé qui perd son corset en direct!
Plus récemment, c’est le clash/fight entre Joey Starr et Gilles Verdez avec Cyril Hanouna en arbitre qui vous draguait.
Les nouveaux journalistes ont bien appris leur leçon. Un bon titre, ce sont des mots clés qui font du clic!

Souvent ces articles s’adressent à vos instincts primaires. En titillant votre curiosité naturelle pour le sexe ou la violence, vous allez facilement cliquer, parce que c’est un moment de détente, que ca ne fait de mal à personne et qu’en plus, ca vous fera un sujet de discussion avec les collègues à la machine à café.
Mais il n’y a pas que le sexe dans la vie. Vous trouvez également des articles « putes à clic » sur les sites de sport.

Par exemple, sur Eurosport, les articles sur le PSG, l’OM, quel que soit le contenu, génère beaucoup de trafic. Donc souvent, les journalistes utilisent ces sujets sans réel contenu pour générer du clic.
La période de transferts est également le moment idéal pour lancer des rumeurs que personne ne vérifiera et qui feront le buzz. « Le cirque Pinder prêt à payer 20 millions d’euro pour Zlatan ! ». Whaou !

Transferts Zlatan

L’article « pute à clic » c’est donc simplement la vidéo qui fait le buzz, cet article de 100 mots qui ne vous apprend rien, cette petite fenêtre voyeuriste que vous avez ouvert et que vous avez vite refermé. Mais si vous pensez que cela était sans conséquence, vous vous trompez.
L’article « pute à clic », c’est comme le spam: ça ne coûte pas cher et ça peut rapporter gros.
En 2008, une étude montrait que les spams étaient rentables. Une équipe de chercheurs, qui avaient envoyé 350 millions de spams pour des faux produits pharmaceutiques avaient généré 2700$ de revenus.
Avec les 28 imbéciles qui avaient passé commande, soit 1 personne sur 12,5 millions, l’affaire était devenue rentable.

Naviguez responsable

Aujourd’hui, rien n’est laissé au hasard. Et la navigation sur le Net est quelque chose d’extrêmement facile à tracer, chiffrer, suivre et piloter. Quand vous cliquez sur ce genre d’articles, vous générez du trafic, vous avez vu de la publicité, vous avez donné de votre temps et de l’argent pour ça.
A votre échelle, tout cela semble anodin mais à plus grande échelle, tous ces clics, tout cet argent amassé facilement grâce à un contenu peu qualitatif encourage leur production.

Comme dans votre vie non numérique, la consommation de fast-food, de magazine people, d’émissions télé débiles, de vêtements jetables, toutes vos actions ont un impact. C’est la loi de l’offre et la demande. Et à chaque fois, la phrase de Coluche prend d’autant plus de force « Quand on pense qu’il suffirait qu’on n’achète pas pour que ça ne se vende plus ».
Donc la prochaine fois que vous surfez et que vous verrez un article un peu racoleur, que vous soupçonnez l’arnaque, abstenez-vous, résistez, cliquez responsable !

Join the conversation! 2 Comments

  1. 😉 C’est tellement vrai: j’ai très vite appris à repérer ces liens qui renvoient vers parfois directement vers des sites purement publicitaires ou d’autres avec si peut de contenu et tellement de pub que ça en devient pénible, mais c’est vrai que parfois on craque.
    Il y en a actuellement énormément sur Pinterest à tel point que cela gâche beaucoup le concept.
    Pour info, Fiston désigne également de « pute à clic » les youtubbers qui glissent plus ou moins discrètement et de façon plus ou moins avouée de la pub pour des produits dans leurs vidéos. Alors abus de langage? déclinaison?

  2. @Cleanettte – On désigne effectivement des blogueurs, des youtubeurs de « putes à clic » qui, avec de plus ou moins grosses ficelles, font régulièrement des articles ou des vidéos sponsorisés sans le dire explicitement. Ca nous arrive tous plus ou moins mais quand ça devient flagrant, c’est gênant.

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Société

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