Summer in the city

La peinture a toujours été un moyen de reproduire ou de représenter la réalité. Chaque peintre essayait alors de donner sa propre vision en fonction de sa sensibilité. Lorsque la photographie peut être considérée comme une copie exacte de cette vision de la réalité. L’avantage de la peinture c’est qu’elle peut altérer la réalité et donc raconter une histoire, celle du peintre. En reproduisant à l’identique les peintures d’Edward Hopper, Laetitia Molenaar a choisi de rendre hommage à l’Américain, quitte à raconter une autre histoire.

Hopper

Au Grand Palais

L’exposition Edward Hopper est actuellement au Grand Palais à Paris jusqu’au 28 janvier et rencontre un très grand succès. Hopper s’est rendu célèbre au 20ème siècle pour ses peintures colorées, scènes du quotidien américain des années 50.
Ses tableaux sont très facilement reconnaissables notamment pour ses personnages mélancoliques, emplis de solitudes, la composition et les lumières.
Hopper a eu une réelle influence sur l’esthétisme dans la peinture mais aussi dans le cinéma chez Hitchcock ou la photographie.
Le plus souvent, c’est la peinture qui essaie de ressembler à la réalité comme dans le mouvement hyper-réaliste en peinture ou photo-réaliste en infographie. L’inverse est très rare car le résultat est plutôt mitigé.

Peintu-réalisme

Cette fois-ci donc, la photographie essaie de reproduire la peinture, celle d’Edward Hopper.
Le travail remarquable de Laetitia Molenaar, une Hollandaise est parfois confondant.
Sur les images suivantes, je vous ai mis la photo et la peinture représentée.
Les décors extérieurs ont été reproduits avec des maquettes en carton et la composition a été particulièrement soignée pour coller le plus possible aux œuvres peintes. La volonté de retranscrire précisément les ombres et les lumières a même donné son nom à la série « Here comes the sun ».

Sunlight in cafetaria Molenaar Sunlight in a Cafeteria by Hopper

Sur certaines photos, c’est Molenaar elle-même qui se met en scène.

Sunlight on Brownstones second-story-sunlight

Le risque inhérent avec cette superbe série, c’est de réinterpréter le travail de Hopper.
Par exemple dans Summer in the City ci-dessous, malgré les ombres au sol, il n’est pas possible de déterminer avec certitude s’il fait jour ou nuit. En prenant sa photo, Molenaar était obligé de choisir. Un choix subjectif qui prouve que la reproduction d’une œuvre réelle ou artistique est toujours une réinterprétation.
Summer in the citysummer-in-the-city-by-hopper
Les couleurs, la composition et la lumière sont bien rendus. Les photos sont très jolies et confondantes et pourtant, elles me parlent beaucoup moins que les œuvres originales. Quand les tableaux titillaient l’imaginaire et la sensibilité, la photo a malheureusement tendance à figer la scène.

 Concours photo

Il y a un vrai style Hopper, inimitable. Pour ceux qui veulent lui rendre hommage, un concours est organisé sur Wipplay.
Il s’agit de poster via 6 photos sa vision de l’œuvre de Hopper.
A travers la composition, la lumière ou l’histoire des personnages, les photos doivent rendre hommage à l’univers de l’Américain.
Il prendra fin le 6 février 2013.
Les premières soumissions sont en ligne et certaines sont particulièrement réussies.

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Paradoxalement, j’ai l’impression que la copie d’un Hopper a moins l’âme d’un Hopper qu’une photo lui rendant hommage.
Il ne s’agit que d’un ressenti mais il me semble que l’histoire racontée par une photo ou une peinture sera toujours plus importante que sa technicité. C’est probablement pour cela que nous avons un rapport affectif à l’image et que nous continuons d’aimer des photos moches comme celles que le LOMO ou le OLGA pouvaient prendre…