Aussi étonnant que cela puisse paraître, quand Raphaël s’est présenté chez Mac Carthy, il savait pour quel type de job il postulait.
Raphaël est jeune, marié, père de 3 enfants, alcoolique depuis son plus jeune âge, illettré et sans travail. Il vit dans un de ces bidonvilles que l’on trouve en périphérie des grandes agglomérations américaines. Aussi, quand on lui propose 30 000$ pour tourner dans un snuff movie*, il trouve l’opportunité de sortir sa famille de sa condition, au prix de sa vie…


« Raphaël, derniers jours » est un roman fort. En premier lieu parce qu’il s’ouvre sur trois chapitres intenses (« son entretien d’embauche » et la « description du poste » sur la cruauté, la perversion et la cupidité. Ce qui contraste énormément avec la suite du récit. Ensuite parce que les personnages sont ceux que l’on ne voit d’ordinaire pas : les exclus. En racontant les trois derniers jours de l’un d’entre eux, c’est toute une communauté qui nous est présentée, dans toute son humanité et sa dignité .Simplement, sans effets dramatiques, ni injection de bons sentiments, l’auteur dévoile le quotidien des plus démunis : promiscuité, hygiène, alcool, éducation, le quotidien sans eau ni électricité… Mais aussi la capacité à trouver un certain bonheur dans des moments simples : le partage d’un repas, être avec les siens… Là où ces passages prêtent à réflexion, c’est qu’à aucun moment, l’auteur n’appelle la pitié du lecteur. Oui, leur vie est dure, mais ils acceptent leur sort, résignés et sans amertume envers les « gens de la ville ».
C’est aussi une histoire d’abnégation et de sacrifice. Donneriez-vous votre vie, au terme d’une heure de torture, dans l’hypothèse d’offrir une meilleure vie aux votres ? Ce n’est pas innocemment que l’on trouve le héros à quelques heures de sa mort, agenouillé dans une église devant un crucifix, à comparer le sort du Christ au sien…

Enfin, il y a dans cet ouvrage une réflexion sur la condition humaine qui m’a interpellé. Mourir au terme d’une heure de torture pour 30 000$ semble incompréhensible pour la plupart d’entre nous, parce que l’on sait qu’une telle somme ne peut changer notre vie. Certes pour le héros c’est une fortune, mais c’est surtout une revanche sur le destin. Il n’a pu choisir sa vie, mais il s’offre le luxe de choisir sa mort : quand et comment il va mourir. Une ironie quand on sait que les gens riches paient pour retarder la mort et diminuer leurs souffrances…

« Raphaël, derniers jours » de Gregory Mac Donald est un de mes livres préférés de l’été. A lire aux éditions 10/18

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