Raz Ohara and the Odd OrchestraAvec la grisaille ambiante, je me suis mis à la recherche de disques échappatoires, brumeux mais tendant vers la lumière. Et ma quête n’a pas été vaine puisque je reviens avec une pépite dont je ne reviens toujours pas.

Derrière Raz Ohara se cache Patrick Rasmussen, musicien danois qui s’est fait repérer à la fin des années 90 en fusionnant funk, electro, hip hop (Realtime Voyeur) puis en lorgnant sur une folk dépouillée (The Last Legend). A l’écoute de ces différents essais on ressent bien qu’entre ces deux directions son cœur balance.

Mais après tout pourquoi choisir, l’homme, après s’être exilé à Berlin a su s’entourer pour devenir Raz Ohara And The Orchestra Band et délivrer l’année dernière, à travers un album éponyme une synthèse aboutie des 2 styles, en accentuant l’orchestration. Pourtant on sentait qu’il en avait encore sous le pied, notamment en écoutant ses collaborations avec Apparat (et oui c’est lui qui susurrait « Hailin from the edge » ou « Over and Over » sur l’essentiel Walls) et la toute fraîche parution du chapitre « II »  ne fait que confirmer cela.

Ceux qui connaissent Apparat auront immédiatement cerné la voix de Raz Ohara mais pour les autres cela donne quelque chose entre Prince et Tunde Adebimpe (TV On the Radio).

Musicalement on retrouve tout au long des dix titres (7 chansons parsemés de 3 interludes), à la manière d’une nature automnale colorée, une immense palette folk électronique complètement habitée et mélodiquement sensationnelle.

« The Burning (Desire) » est la démonstration même que la quête de la simplicité est des plus complexe ; les couches d’instruments (guitares sèches, violons), les samples et la voix de Mister Rasmussen se mêlent, s’entremêlent et alternent sans jamais s’altérer et toujours au bénéfice de la mélodie, pour finir sur un crescendo orchestral digne des plus beaux morceaux de Sigur Ros. La chaire de poule guête !

« Losing My name » est un morceau basé sur quelques notes de guitare et une rythmique plus organique avec des beats répétitifs. Le chant de Raz est toujours aussi plaisant, léger, chaud et on se laisse facilement bercer, telle une feuille au vent.


Raz Ohara

« Varsha » est un abîme de mélancolie, guitare sèche plus présente, clapotements électroniques ; les sentiments sont confondants, entre magnificence d’une telle chanson et la décharge d’émotion qu’elle provoque. Un peu comme lorsque la pluie s’abat sur les carreaux de son home sweet home et que la tristesse du temps se confronte à la joie d’être au chaud.

Sur « Wildbirds », le chant est à l’arrière plan, en forme de chœur, noyé par les boucles électroniques hypnotiques et quelques notes d’accordéon; l’évasion est totale.

Comme si cela ne suffisait pas, « The Day You Suffered Helpless Out Of Reach And All Lines Were Dead » est un nouveau zenith. Sur les premières minutes, la brume laisse entrevoir le ciel bleu et l’envie de traverser les vapeurs pour atteindre la lumière est à son paroxysme. Et lorsque le décollage tant attendu arrive, sur la fin du titre, on ne peut que s’émerveiller devant la beauté incommensurable des paysages, liseré de neige sur couleurs flamboyantes.

« Kingdom » quant à elle, pourrait s’apparenter à une inquiétante traversée de forêt, voix ensorcelante, xylophone et samples déstructurés à l’appui.

« Praise The Day » est comme son nom l’indique un hymne à la vie. Le morceau est plus dépouillé que les autres, plus enjoué aussi ; signe que la mer de nuages s’est définitivement évaporée. Le titre clôt l’album mais un code de téléchargement est fourni avec l’album pour obtenir une cerise sur le gâteau : « Miracle », chanson la plus pop et la moins transcendante du lot mais qui donne une bonne idée de la direction musicale du groupe.

Toujours juste et inventif, Raz Ohara And The Odd Orchestra a réussi sur « II » la symbiose instrumentale parfaite. Cordes et machines font corps autour d’un lyrisme exacerbé. Les paysages explorés sont infinis et à couper le souffle.

L’album est une ode à l’expression corporelle des sentiments, à l’ouverture sensorielle et à la liberté émotionnelle.

Un disque bouleversant et vital, un chef d’œuvre quoi.

« Miracle » en écoute :

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Bon à savoir : l’album est paru sur le label allemand Get Physical et est distribué en France par La Baleine. Il n’est pas encore disponible dans les magasins des grandes enseignes mais est disponible sur le site de La Baleine ainsi que chez Colette pour les parisiens.

Pas chroniqué mais vivement conseillé :

- Dawdlewalk par Sourya : la nouvelle hype anglaise est française… et oui on est toujours les derniers à découvrir nos bons groupes ; new wave, pop rock, electropop, le groupe excelle sur chaque aventure, un grand disque. (En écoute « Anatomy Domine »)

- Hospice par The Antlers : pas évident de résumer un tel album tant il est énorme. Les morceaux sont de véritables miracles, cathédrales oscillant entre Arcade Fire et Bon Iver (En écoute : « Two »).

- Phazes for The Young de Julian Casablancas : premier album solo pour le chanteur des Strokes qui ajoute ici des synthés rétros à la palette développée par son groupe. Julian fait preuve de funambulisme sur chaque morceau et évite de tomber dans le kitsh. Ouf ! (En écoute : « 11th Dimension »)

- Night Music de Etienne Jaumet : moitié de Zombie Zombie, Etienne Jaumet abandonne son acolyte  pour évoluer vers une électronique sensible façon Laurent Garnier / Unreasonable Behaviour (En écoute sur deezer).

- Ep de Alan Corbel : Encore un français, et un superbe premier EP, fait de mélodies empreintes de romantisme. Entre Elliott Smith et Jeff Buckley, Alan Corbel a sa propre identité et ne peut que séduire les amateurs du genre (En écoute : « Endless »).

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Playlist: Sourya / The Antlers / Julian Casablancas / Alan Corbel