Si vous habitez dans le nord de la France, vous avez peut-être regardé mercredi 13/12 ce que la presse appelle dorénavant le « canular de la RTBF ».
Pour ceux qui ne connaissent pas l’ « Affaire », la chaine belge RTBF a diffusé une émission sous forme de journal télévisé exceptionnel pour annoncer la mort de la Belgique telle que nous la connaissons actuellement. La Flandre et la Wallonie deviendraient des états indépendants à l’initiative de la Flandre. Mais tout ça n’est que fiction, comme le précisait le bandeau apparut après 30 minutes d’émission en bas de l’écran.

Rapidement, le standard de la RTBF dimensionné pour accueillir 600 appels a été saturé. Il est vrai que l’émission reprenait tous les codes des journaux télévisés exceptionnels qui font suite à une catastrophe : journalistes dépêchés aux points stratégiques pour recueillir une information à chaud, brodant un maximum faute d’informations valables, analystes pressés de faire des commentaires et projections de scénarios plus ou moins catastrophes.
Il faut dire que depuis plusieurs années la Belgique vit au rythme d’une séparation annoncée et sollicitée par quelques partis « extrémistes » de Wallonie et de Flandre. Si la majorité de la population est hostile à ce projet, elle n’en demeure pas moins « activement passive » devant les débats qui touchent à ce sujet. D’où le projet de la RTBF.
Depuis 2 ans, la RTBF préparait à l’initiative du producteur de l’émission belge « Strip Tease » ce projet tenu secret, et faisant intervenir acteurs de la vie politique, artistes, journalistes … au total plus de 150 personnes mises à contribution. Un projet à vocation pédagogique qui devait faire prendre conscience à la communauté francophone des implications dans le quotidien d’une séparation de la Flandre et la Wallonie.

Le programme a été très vivement critiqué par des téléspectateurs sous le choc et plusieurs membres du gouvernement qui sanctionnent la RTBF pour son irresponsabilité.

J’ai regardé le programme dans son intégralité et j’ai trouvé formidable cette initiative. C’est une chose irréalisable en France et j’admire les dirigeants de la chaîne belge qui ont eu le courage de soutenir ce projet audacieux.
En premier lieu, si la méthode est radicale, le format retenu est hautement pédagogique, puisque les reportages illustrent parfaitement tous les aspects de la vie touchés par une cession de la Flandre (frontières absurdes, moyens de transport, télécommunications, exemple donné à des communautés telles que Catalans, Corses etc…). Elle fait comprendre au citoyen, que ce que certains considèrent comme des bavardages politiques trouve un écho dans leur vie quotidienne. Elle fait prendre conscience de la responsabilité de chacun dans ses choix politiques et la notion de citoyenneté elle-même. Fut-ce au prix d’un choc émotionnel et audiovisuel…
En second lieu, en utilisant les codes de la télé catastrophe, de la téléréalité, l’émission spéciale de la RTBF fait s’interroger le téléspectateur sur le crédit qu’il porte à la télévision, sur la manipulation de l’information et de l’image.
Imaginez : vous regarder votre journal télévisé habituel au lendemain d’une émission pareille. Ne remettriez vous pas en cause la véracité de l’information ? Ne porteriez-vous pas un regard plus critique que la veille ? Pourtant, c’est ce que nous devrions faire constamment : garder un esprit critique devant l’information et quelle que soit la source.
On a vu par exemple au journal de France 3 des images supposées provenir des caméras embarquées des snipers américains tirant sur des Talibans. Les images avait été récupérées sur YouTube. Il s’agissait en fait d’images provenant d’un DVD de chasse…et les supposés Talibans n »étaient en fait que des lapins et autres coyotes…

Pour ces deux raisons, je félicite la RTBF pour son originalité, son décalage, son audace et sa liberté de ton et son intelligence, chose que nous n’aurons plus jamais en France. Ce qui n’a pour moi rien d’un « canular » était réellement un vent de fraîcheur dans le paysage audio-visuel. Avec son projet « Bye Bye Belgique » la RTBF donne une frayeur indispensable à la prise de conscience. Un peu comme la France qui découvrit au deuxième tour des dernières élections présidentielles, qu’en utilisant le vote de sanction elle avait rendu présidentiable le candidat d’un parti extrémiste…
Seul regret, le débat en Belgique est maintenant de savoir : «  La RTBF est-elle allée trop loin ?», et non sur les questions soulevées par les différents reportages…Dommage.

Voir l’article du monde.fr
Voir le dossier Arrêt sur Image de France5

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