Georges BushOn connaît le début de cette phrase, qui évoque la notion d’injustice et d’inégalité sociale mais on en connaît moins la fin et encore moins son origine. A travers les polémiques actuelles, comme les Parachutes dorés, la relaxe dans de nombreux scandales politiques ou plus légèrement le favoritisme de l’Olympique Lyonnais en Ligue 1, on s’aperçoit qu’il fait encore bon vivre d’être puissant. A l’inverse, si vous n’êtes qu’un « misérable », on ne vous aidera pas !

C’est l’inévitable Lafontaine qui, encore une fois, avait vu, en son temps, quels étaient les travers et les ressorts de notre société. Dans sa fable « les animaux malades de la Peste », il décrit avec une pertinence et une justesse pointues les propensions de nos sociétés à décharger nos responsabilités sur les Faibles ou les Affaiblis, à orchestrer les injustices au profit des dirigeants, des Forts. Cette fable d’apparence anodine, trouve dans l’Histoire récente de nombreux échos. Entre auto acquittement ou parodie de procès dans une justice spectacle, les exemples ne manquent pas.

Selon que vous serez puissant ou misérable,

Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir.

La Fontaine met habilement en lumière la mécanique du bouc émissaire qui transforme la victime en coupable, une condamnation de la Justice, de l’injustice, la puissance de la hiérarchie au détriment des Faibles.

Je trouve vraiment que c’est une excellente vision des politiques de cour qui ont encore lieu aujourd’hui dans nos bureaux, nos cercles politiques et ce, quelque soient les sociétés, les cultures.

J’essaierai, dans de prochains posts  d’évoquer d’autres expressions, aux origines méconnues si vous y êtes réceptifs.

Les animaux malades de la peste
Jean de La Fontaine
Un mal qui répand la terreur,
Mal que le Ciel en sa fureur
Inventa pour punir les crimes de la terre,
La Peste (puisqu’il faut l’appeler par son nom)
Capable d’enrichir en un jour l’Achéron,
Faisait aux animaux la guerre.
Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés :
On n’en voyait point d’occupés
A chercher le soutien d’une mourante vie ;
Nul mets n’excitait leur envie ;
Ni Loups ni Renards n’épiaient
La douce et l’innocente proie.
Les Tourterelles se fuyaient :
Plus d’amour, partant plus de joie.

Le Lion tint conseil, et dit : Mes chers amis,
Je crois que le Ciel a permis
Pour nos péchés cette infortune ;
Que le plus coupable de nous
Se sacrifie aux traits du céleste courroux,
Peut-être il obtiendra la guérison commune
L’histoire nous apprend qu’en de tels accidents
On fait de pareils dévouements :
Ne nous flattons donc point ; voyons sans indulgence
L’état de notre conscience.
Pour moi, satisfaisant mes appétits gloutons
J’ai dévoré force moutons.
Que m’avaient-ils fait ? Nulle offense :
Même il m’est arrivé quelquefois de manger
Le Berger.
Je me dévouerai donc, s’il le faut ; mais je pense
Qu’il est bon que chacun s’accuse ainsi que moi :
Car on doit souhaiter selon toute justice
Que le plus coupable périsse.

– Sire, dit le Renard, vous êtes trop bon Roi ;
Vos scrupules font voir trop de délicatesse ;
Et bien, manger moutons, canaille, sotte espèce,
Est-ce un péché ? Non, non. Vous leur fîtes Seigneur
En les croquant beaucoup d’honneur.
Et quant au Berger l’on peut dire
Qu’il était digne de tous maux,
Etant de ces gens-là qui sur les animaux
Se font un chimérique empire.
Ainsi dit le Renard, et flatteurs d’applaudir.
On n’osa trop approfondir
Du Tigre, ni de l’Ours, ni des autres puissances,
Les moins pardonnables offenses.
Tous les gens querelleurs, jusqu’aux simples mâtins,
Au dire de chacun, étaient de petits saints.

L’Ane vint à son tour et dit : J’ai souvenance
Qu’en un pré de Moines passant,
La faim, l’occasion, l’herbe tendre, et je pense
Quelque diable aussi me poussant,
Je tondis de ce pré la largeur de ma langue.
Je n’en avais nul droit, puisqu’il faut parler net.
A ces mots on cria haro sur le baudet.
Un Loup quelque peu clerc prouva par sa harangue
Qu’il fallait dévouer ce maudit animal,
Ce pelé, ce galeux, d’où venait tout leur mal.
Sa peccadille fut jugée un cas pendable.
Manger l’herbe d’autrui ! quel crime abominable !
Rien que la mort n’était capable
D’expier son forfait : on le lui fit bien voir.

Selon que vous serez puissant ou misérable,
Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir.

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  1. ma fable favorite : le chien et le loup 🙂

    quand on a compris ce texte, on a compris beaucoup de choses. Trop fort ce LaFontaine. Continue cette série, tu as tous mes encouragements !

  2. @very
    Un encouragement!

    Je continuerai donc pour toi fidèle lecteur 😉

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