Un jour sans fin Qui n’a jamais eu cette sensation de familiarité vis-à-vis d’une situation qu’il aurait déjà vu ou déjà vécu mais qu’il ne saurait raccrocher à un passé clairement défini? Qui n’a jamais eu l’impression de connaître les paroles d’une personne avant que celle-ci ne les prononce, de reconnaître un geste et de se dire « je savais qu’il allait faire ça ! »? Pour certains, il est agréable de revivre ces moments, pour d’autres beaucoup moins, comme ces malades du déjà vu chronique enfermé dans une boucle temporelle, à la manière de Bill Murray dans un « Un jour sans fin ».

Touchant au moins une fois deux personnes sur trois, le déjà vu apparaît principalement le soir, dans des états de fatigue ou de stress et se raréfie avec l’âge.

Notre cerveau n’est conçu pour ne retenir que sept informations lors d’une nouvelle situation. Cette limitation est nécessaire afin de ne pas le surcharger, de ne pas le polluer avec des détails inutiles. Avec sept informations, vous êtes capables (normalement) de reconstituer l’essentiel d’une situation, d’un événement auxquels venez d’assister. Au cours de notre vie, nous nous confrontons sans cesse à des situations proches de celles que nous avons déjà rencontrées. Naturellement, nous distinguons les nouveaux éléments dans chaque scène afin d’éviter la confusion avec celles déjà rencontrées. Il faut toutefois distinguer le déjà-vu, la reconnaissance troublée de situations proches, et le déjà-vécu, phénomène identique mais qui englobe la personne elle-même dans la situation (« j’y étais »). Ces deux perceptions se réfèrent à deux capacités différentes. La première évalue la familiarité de la situation et la seconde permet de revivre mentalement une scène. Concrètement, c’est la différence entre savoir qu’on a rencontré une personne croisée dans la rue et se souvenir deux minutes plus tard, des circonstances de la rencontre et de son identité.

La mémoire n’est pas uniquement mise en cause dans le phénomène de déjà-vu. Plusieurs hypothèses coexistent quant à la création de cette distorsion. Ainsi, le léger décalage temporel entre la phase de reconnaissance et celle de la cognition (la perception) ou bien l’occultation involontaire de repères mémoriels, seraient des pistes privilégiées pour expliquer la désynchronisation de nos souvenirs. Mémoire et perception se dissocient créant une boucle temporelle redondante non pas avec le passé mais bien avec le présent.

Tous les sens et non pas uniquement la vue, sont susceptibles de vous induire en erreur. Pour preuve, il y a peu de temps, le premier cas de déjà-vu chez un aveugle a été « observé » impliquant chez lui des odeurs, des sons et le toucher.

Le déjà-vu est à la frontière entre la psychologie, la religion, la philosophie et même la poésie. Pour certains en effet, ces moments sont des preuves irréfutables que nous possédons des vies antérieures, ces réminiscences d’un passé oublié ouvrant les séduisantes portes de la réincarnation, échappatoire d’une vie trop triste, trop inutile s’il n’y en avait qu’une seule. Mais l’ensemble des études neurologiques, qui parviennent à « créer des souvenirs » grâce à des impulsions électriques directement appliquées sur le cerveau, mettent à mal ces théories qui relèvent plus de la croyance paranormale que de la science.

Enfin, il existe un autre phénomène encore mal expliqué mais qui peut s’avérer tout aussi troublant et qui concerne l’apparition spontanée d’odeurs. La phantosmie, ce phénomène d’hallucination olfactive,  est une odeur fantôme qui peut s’avérer agréable ou pas. Cette sensation étrange, qu’ il ne faut pas lier à un événement extérieur, la médecine la lie facilement à des troubles neurologiques (épilepsies, lésion du lobe temporal…).

En conclusion, pour la majorité d’entre nous, cette expérience se résume à ressentir une situation familière, qu’il aurait déjà vue ou déjà vécu mais que nous ne pouvons ancrer à un moment précisément déterminé. Le déjà-vu est un phénomène très courant, souvent bénin mais qui fournit d’étranges sentiments, un peu poétiques mais toujours déstabilisants. Le cinéma et la littérature ne s’y sont pas trompés et les références à ce dysfonctionnement sont légion, notamment chez Edgar Allan Poe.