Dans un futur proche, post guerre nucléaire, l’Angleterre est dirigée par un gouvernement totalitaire, que l’insécurité a amené au pouvoir. Censure, arrestations, propagande, morale et couvre-feu sont devenus les instruments du gouvernement.

Un homme masqué se faisant appeler « V » use de méthodes terroristes pour inciter le peuple à se soulever. Il emmène dans son entreprise une jeune femme du nom d’Evey, qui si elle comprend le combat de V, ne cautionne pas la violence dont il use.

« V pour vendetta » est l’adaptation du comic du même nom. Dans son contexte original, cette bande dessinée est une critique du gouvernement Tatcher.

« V » est une sorte de super héros, portant un masque de Fawks, figure anglaise historique, acteur de la « conspiration des poudres ». Le personnage de V est manichéen : cultivé, raffiné, il adore le Compte de Montecristo et écoute en boucle Cry Me a River ; violent et extrémiste, il supprime méthodiquement et sans pitié ses anciens bourreaux, détruit des monuments historiques qui ne sont pour lui que des symboles.

C’est cette personnalité qui effraie et fascine la jeune Evey. Cette dernière, fille d’activistes démocrates déportés et tués par le gouvernement, suivra une véritable initiation.

La trame, qui fait penser à 1984 deOrwell avec un soupçon de Batman, tourne autour des thèmes de l’idéal, de la symbolique, de la liberté, du questionnement de la légitimité de la violence quand elle sert de justes desseins.

Les frères Wachowski (Matrix), scénaristes du film, détournent l’œuvre initiale au profit d’une critique ouverte du gouvernement Bush, même si l’action se passe toujours en Angleterre : guerres au Moyen- Orient, puritanisme et religion.

Le film se voudrait polémique, amène un début de réflexion, mais ne va pas suffisamment loin dans le discours pour en faire un film réellement polémique.

On ne se pose finalement pas la question de savoir si utiliser des moyens terroristes pour défendre la liberté individuelle est légitime, puisque le régime est totalitaire, manipulateur, fasciste. On se rallie donc facilement à la cause de V. Le film ne crée pas le débat.

Par ailleurs, pour moi, français moyen, Fawks n’évoque que peu de chose, et les quelques recherches faites à ce sujet, n’éveillent pas en moi le sentiment d’un héros luttant pour une noble cause, un exemple.

Enfin, si la critique du gouvernement Bush se lit facilement, on a du mal à lire comment les évènements cités ont traversé l’océan pour mettre en place un gouvernement fasciste en Angleterre. Une analyse plus poussée relèverait certaines incohérences, certains raccourcis, et un parti pris un peu trop démagogique.

Il n’en demeure pas moins que « V pour Vendetta » est un bon film. A aucun moment, je n’ai trouvé le film caricatural. Ce n’est pas un film de super héros, ni un film d’action à proprement parler. Il y a bien sûr une scène matrixienne où les balles sont remplacées par des poignards, mais cela ne dessert en rien le propos. J’ai également apprécié le soin apporté aux deux personnages principaux, Evey et V, dont les répliques théatrales de ce dernier sont exquises, en particulier la tirade d’introduction.

« V pour Vendetta » est un bon film dans l’ensemble. Il rate de peu le statut de film « culte ».

Morceau : Cry me River, Julie London, 1955

[UPDATE DU 26/04] :suite au commentaire de Mathilde, vous pouvez trouver une analyse intéressante du design des affiches de V et notamment la référence évidente aux affiches de propagande communiste : la boite à image

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