8 février 2010

# Yeasayer : Odd Blood

Yeasayer coverPour ceux qui trouvent Delphic un poil trop parfait, trop intello ou trop politiquement correct, je vous propose cette semaine une alternative décomplexée : Yeasayer. Petite piqure de rappel : originaires de Baltimore Anand Wilder (guitare) et Chris Keating (claviers) s’exilent rapidement à New York, et plus précisément à Brooklyn où ils enrôlent le batteur Luke Fasano et le batteur Ira Wolf pour former Yeasayer en 2006.
Le goût de l’expérimentation du quatuor  fait rapidement merveille et dès 2007, leur premier album « All Hour Cymbals » est très bien accueilli par la critique, remarquant à juste titre l’avènement d’un groupe au potentiel indéniable. Reconnaissance supplémentaire, l’apparition l’année dernière d’un nouveau titre : « Tightrope » sur la magnifique compilation Dark Was The night regroupant le gratin de l’indie-pop.

Sur « Odd Blood », le groupe est clairement plus percutant, incisif et gomme largement les oscillations entre l’excellent et le moins bon perçues sur son prédécesseur. L’album se présente comme un nouveau trip, plus électronique où l’expérimentation toujours omniprésente n’est plus une obsession mais mise au service de mélodies pop accrocheuses.

YeasayerL’entame « The Children » est un entrechoquement sombre de synthétiseurs avec une voix trafiquée à l’extrême et quelques délicates apparitions de piano et de cuivre; le rendu, inquiétant au possible,  pourrait s’apparenter à un remix de The Knife sous extasie.
Heureusement « Ambling Alp », 1er single sensationnel prend le relai sous la forme d’un immense tourbillon de percussions libérateur. On découvre à ce moment là les aspirations du groupe à faire danser l’auditeur sur une pop futuriste et entêtante. « Madder Red » poursuit sur des sonorités 80’s débordantes de chœurs et teintées d’une guitare électr(on)ique démentielle.

Globalement Yeasayer propose sur chaque titre où pourrait poindre l’ennui une parade venue d’ailleurs et qui renverse la vapeur; cette impression que le groupe s’est mis à la place de l’auditeur et est capable de renaître de ses cendres sous une forme différente au sein d’un même morceau est suffisamment rare pour être signalée.

… parfait pour entrer en transe

« I remember » est une comptine électronique magnifiée par les prouesses vocales de Chris Keating, tout en nuances. Vient ensuite le nouveau single « O.N.E » qui semble puiser son essence dans les cultures des quatre coins du globe, fourmillant d’idées toutes canalisatrices d’énergie corrosive. « Love Me Girl » enfonce le propos, vocoder au fusil avec un ambitieux enchevêtrement de beats agressifs, de hurlements venus d’ailleurs et un piano totalement incontrôlable…parfait pour entrer en transe !
Le voyage intergalactique continue sur le groovy « Rome » et sur le rock funky et chaloupé de « Mondergreen » pour se terminer avec l’hymne organique « Gridzella ».

Yeasayer2Déjantés, imprévisibles, défricheurs de sons, Yeasayer est avant tout une formidable machine à tubes et désormais un groupe incontournable.
« Odd Blood » est un patchwork d’addictions dont on ne ressort pas indemne, infiltrant, contaminant chaque partie de notre être à mesure des écoutes.

Après avoir été exposé à de telles bombes, tout devient alors évident : le sang qui coule dans les veines de ces gars là n’a rien de commun.

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Pas chroniqué mais vivement conseillé :

Baby Darling Doll Face Honey par Band Of Skulls: le disque rock de ce début d’année, pas moins que ça. Le trio anglais réussit la prouesse en moins de 45 minutes à nous balancer en pleine figure un rock brillant, crade façon White stripes doublé de tribulations sexy à la sauce The Kills. De quoi faire monter la température !

One Life Stand par Hot Chip: nouvel album des sautillants anglais dans la continuité du précédent côté musicalité mais avec ce supplément de constance à un haut niveau électronique. Alors  Ready For The Floor ?

Vexations par Get Well Soon: on ne présente plus Konstantin Gropper, petit génie multi-instrumentiste allemand ; Vexations, sa nouvelle œuvre est une symphonie de pop orchestrale magistrale, d’une intensité poétique à couper le souffle.

There Is Love In You par Four Tet: pour ceux qui ne connaissent pas l’anglais et ses bidouillages électroniques grandioses, cet album est l’occasion parfaite pour découvrir son univers atypique. Le disc d’electro rêveuse de ce début d’année.

Join the conversation! 9 Comments

  1. Bonjour David,

    Le magazine « magic » fait également une chronique sur ce nouvel opus. Ils ont également un site web avec le même article (plutôt court) de Philippe Richard dont la plume est assez intéressante.

    Cette revue (pour celles et ceux qui la feuillettent) est un peu différente de Rock&Folk avec à la barre un « Philippe Manoeuvre » qui gâche et consacre une colonne au dernier album de … Diam’s

  2. Bonjour Donovan,

    Je connais très bien Magic et j’avais déjà lu la chronique de Philippe Richard sur Odd Blood, très bonne. Je partage complètement son analyse sur le côté expérimentations au service de la pop mais de mon côté je reviens toujours avec plaisir à « All Hour Cymbals », moins pop mais avec des perles indies intemporelles.
    Un mix des deux albums et on obtient un album qui côtoie la perfection.

  3. Bingo ! J’allais justement te revenir sur All Hours Cymbals et non sur Odd Blood / ta chronique initiale.
    Je ne suis, à la base pas très sensible à l’Electro en général ni aux Musiques du Monde ; mais j’en écoute. Étonnamment, ma préférence se porte sur AHC notamment pour l’ambiance, la musicalité, les sonorités « transfrontalières » … issues du « courant Afropop » (Il faudra que je réessaye la J-pop, un jour peut-être…).
    L’album est légèrement inégal mais c’est tant mieux ! On ne se retrouve pas avec un bloc homogène de type ACDC qui nous ressert 15 fois d’affilé(e) la/le même chanson/album en changeant juste la pochette de ce dernier à chaque sortie.
    Je ne sais pas pourquoi, je suis littéralement resté scotché à l’écoute de Wait for the Summer.
    Tim Chester du NME les « salue » également.

    @ bientôt

    Donovan

  4. Tout à fait d’accord avec toi et le début de All Hour Cymbals atteint vraiment des sommets d’intensité: Wait For The Summer est effectivement assez incroyable tout comme Sunrise ou encore 2080; le reste est plus inégale.
    Pour ma part je trouve Odd Blood tout en équilibre et épatant de justesse… mais c’est peut être aussi son petit défaut.
    Pour AHC c’est quasiment l’inverse mais du coup ça le rend moins « lisse » et sa personnalité ressort plus affirmée

  5. Les 3 premières secondes de Sunrise, je pensais écouter du Fleet Foxes ; la suite, rien à voir… forcément.

  6. Ils passent dimanche à la « Manchester Academy », ça risque d’être juste pour s’y rendre et c’est probablement complet vu la salle. A quand la France ?

    Les live dispo sur Internet sont pas mal. Un décor minimal (studio) et sans artifices, les membres de ce groupe « coolos », une prestation de WFTS intéressante (les posts d’auditeurs font également la semi-comparaison à Fleet Foxes, et « disent » que cette chanson est peut-être la plus sous-estimée de leur répertoire).
    Leur look : le chanteur porte une chemise de bucheron améliorée, sorte de Ben Sherman ricain comme en portent les anglais actuels, le bassiste : un pompiste du Texas – ce n’est pas péjoratif (le Jacky, la 40aine), le type au platine : un employé d’un labo de Sibérie.
    Je me suis un peu égaré…bon visionnage sur YT.

  7. Pour la France, le groupe devait initialement se produire au Point Ephemere mais le concert a finalement été transféré au Trabendo, toujours à la même date: le 19 mars prochain.
    Avis aux amateurs

  8. Merci David.
    Place achetée ya 2mn, j’avais vu St. Vincent la-bas.

  9. […] s’annonce comme un grand cru en terme de musique atmosphérique tranchante. Après Delphic et Yeasayer voici venir la galette du groupe le plus buzzy de ces dernières semaines : Tourist History des […]

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Culture

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